Modernisation administrative et nouvelles technologies : les experts doutent
Billet publié par Stéphane Vincent dans la catégorieTags: admninistration , Innovation , Web2.0
Une équipe du Pew Research Center’s Internet & American Life Project a interrogé en ligne près de 900 acteurs américains des technologies et experts de l’e-government. Les résultats ont été publiés en mars 2010 et sont en téléchargement (336 Ko). En première lecture, près des ¾ pensent que d’ici 2020, les institutions ne pourront pas résister au tsunami numérique, « pas plus que ne résistent aujourd’hui l’industrie du disque et celle des médias », et qu’elles auront alors adopté des formes innovantes de coopération en ligne. Le dernier quart pense au contraire que l’internet ne modifiera pas leur façon de gouverner et d’administrer.
Mais comme le souligne le Pew Research, le paradoxe est que l’opinion des plus optimistes est aussi la plus fragile : la plupart d’entre eux nuancent leur réponse par de très nombreuses inquiétudes sur la résistance au changement : « les grandes entreprises vont se transformer bien plus vite que les agences publiques et para-publiques », « le changement arrivera bien après 2020 », « les changements vont créer des tensions et des décalages », « le changement se produira à côté des institutions, autour de structures alternatives ». Pour certains, « le risque est réel que les administrations utilisent les technologies pour reprendre le contrôle sur les relations avec leurs publics, et revenir en arrière ». Bref, les experts doutent...
Tout autant que les résultats, c’est la posture des experts qui est ici intéressante. Il y aurait donc d’un côté ces experts, porteurs d’une vision forcément positive et démocratique de l’innovation, et de l’autre le système administratif, forcément tourné vers la préservation des acquis et le maintien du système bureaucratique. On peut quand même se demander s’il ne faudrait pas connaître et apprécier un peu plus les agents qui constituent ce système, pour réaliser que les mutations s’opèrent aussi de l’intérieur, et qu’installer des passerelles avec l’extérieur serait sans doute bien plus utile que de prétendre changer le système malgré lui. De plus, quelle est la nature du changement dont il est ici question ? Au nom de l’innovation technologique, tout n’est pas bon à prendre et il faut quelquefois se féliciter qu’au sein de l’administration ou même chez les usagers, des résistances s’expriment et refusent les pratiques les plus liberticides, ou les avancées réservées à une minorité qui n’en a pas réellement besoin...
3 commentaires
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Le 26 mai à 22h28
par Hubert Guillaud
» Modernisation administrative et nouvelles technologies : les experts doutent
Les experts doutent de la capacité de l’administration à s’adapter aux demandes nouvelles : mais cela ne signifie pas que la résistance administrative soit plus légitime que les demandes des usagers - et tu sais mieux que d’autres que ce n’est pas souvent le cas ;-). Pas sûr qu’il soit vraiment question d’innovation technologique pour l’innovation technologique non plus : tu sais mieux que d’autres que passer à des formes plus participatives ne signifie pas nécessairement faire la génuflexion aux nouvelles technos.
Si le 20e siècle était le siècle des institutions mondiales (des Nations Unies aux multinationales), se pourrait-il que le 21e siècle soit celui des systèmes participatifs, s’interroge Putting People First ? C’est ce qu’évoque en tout cas Hillary Cottam de Participle dans le dernier numéro de la Revue internationale de Harvard.
"La question du changement climatique illustre bien ce changement. Les gouvernements ne peuvent pas forcer le changement de comportement, ils ne peuvent pas convaincre les citoyens de baisser leur thermostat ou de prendre l’avion moins fréquemment. Les solutions ne peuvent plus être imposées vers le bas par les gens d’en haut, elles ont besoin d’être tirées vers le haut par les gens d’en bas. Notre architecture institutionnelle existante n’est fondamentalement pas taillée pour accomplir cette tâche. Nous avons besoin de nouveaux systèmes hautement participatifs et distribués si nous souhaitons que le changement se produise à grande échelle.
(...) Les problèmes de relation entre l’élite et la base ont toujours existé, mais ils se sont résolus souvent à la marge. Cela n’est plus possible. (...) Désormais, l’échelle des problèmes nécessite de mobiliser l’ensemble le plus large possible de ressources pour résoudre les problèmes. Deuxièmement, la technologique a mûri et est devenue suffisamment omniprésente pour permettre la résolution de ces problèmes d’une manière sans précédent. Dans un monde 2.0, il est possible de concevoir des systèmes participatifs simples, peu coûteux et hautement adaptatifs."
Qu’on s’entende bien, cet exemple ne veut pas dire que tout doit être réglé par la techno - loin de là. Mais ce point avancé, il me semble difficile de dire pour autant que la résistance au changement de l’institution est bon pour la société, comme tu le dis dans ton commentaire à cette étude. On connait aussi, comme le soulignait Clay Shirky, l’incapacité des systèmes complexes à se remettre en cause.
On voit bien que la participation nécessite de transformer le rapport au politique et à la connaissance et que l’institution qui en est le pilier va forcément être secouée par cela. Pire, comme le dit Latour dans une récente tribune, il va tous nous falloir passer à l’apprentissage.
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Le 26 mai à 21h11
par Stéphane Vincent
» Modernisation administrative et nouvelles technologies : les experts doutent
A Fred : Complètement d’accord. Il manque une vision, et probablement une façon radicalement nouvelle de construire cette ou ces vision(s)...
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Le 26 mai à 19h04
par Fred Maupin
» Modernisation administrative et nouvelles technologies : les experts doutent
Le sentiment exprimé en fin d’article, à savoir la capacité (volontaire ou non) de ne pas suivre le flux des nouvelles technologies pour ne pas en appuyer les écueils, me parait assez logique.
Si la pratique "personnelle" peut légitimement évoluer aussi rapidement que les technologies proposées (et encore faudrait-il évaluer le pourcentage des utilisateurs à même d’en absorber véritablement l’évolution), les institutions publiques ne peuvent tout simplement pas s’adapter faute de réactivité.
C’est une chose d’adopter les pratiques sociales, de promouvoir un certain nombre de techniques mais à défaut de vision prospective, l’adaptation se fera toujours sur un mode de rattrapage.










