Comment se débarrasser de l’ex-nouveau management public ?
Billet publié par Stéphane Vincent dans la catégorieTags: admninistration , Innovation

Marjorie Jouen est conseillère à Notre Europe, un think thank dédié à l’unité européenne. Pour elle, qui observe de près l’évolution des politiques publiques européennes, la France est en retard d’une révolution. Dans le prochain numéro de Futuribles, à paraître en décembre, Marjorie signe un article passionnant sur la transformation des services publics, et la fin annoncée du "nouveau management public". On retrouvera cette interview réalisée par Anne Daubrée dans un ouvrage dont nous préparons la sortie pour avril prochain (on vous en reparle bientôt)
Quel bilan peut-on tirer du new public management ?
Marjorie Jouen - Le new public management consiste à appliquer des techniques de l’entreprise dans le secteur public, en utilisant de nouvelles modalités de production, comme la fixation d’objectifs, l’évaluation… Il a abouti à une dégradation de la qualité des services publics, ainsi qu’à un accroissement de l’inégalité d’accès à ces services. Dans le domaine de l’énergie, par exemple, la privatisation a débouché sur une complexité énorme de l’offre. Ce même constat commence à être fait à travers toute l’Europe, y compris par des prix Nobel d’économie et des instances officielles comme l’OCDE. Pire, le new public management a également détruit des valeurs : les services publics qui pré existaient n’étaient pas parfaits, mais de nombreux agents donnaient du temps et de la disponibilité pour palier à ces dysfonctionnements. Aujourd’hui, il n’existe plus de place pour ce type d’ajustements. Des notions comme celle de don et de gratuité sont devenues caduques.
Si plaquer les méthodes du privé ne fonctionne pas, que faut-il faire ?
MJ - Nous devons remettre en cause notre conception de l’intérêt général, ce qui implique de revisiter les processus que nous avons mis en place pour le réaliser. Dans notre héritage des Lumières, l’intérêt général trouve sa traduction dans la loi. Celle-ci est votée par les élus qui représentent le peuple, puis, est appliquée de manière uniforme pour tout le monde. Aujourd’hui, nous continuons d’appliquer ce même schéma. Or, cela ne fonctionne plus ! Il existe de nouveaux sujets transversaux, des lois non appliquées, et surtout, des citoyens plus formés et mieux informés… qui entendent jouer un autre rôle. Ils n’acceptent plus un intérêt général qui « tombe sur ciel », sans explication sur la démarche qui a abouti à tel ou tel résultat. Nous devons donc aller vers des processus de décision publique différents. Il s’agit de passer de la pratique de l’arbitrage à la recherche du consensus, d’un processus linéaire à un processus itératif, en boucle, avec des discussions et des négociations au cours desquelles les citoyens et les pouvoirs publics se considèrent comme des partenaires, chacun doté de compétence, et qui trouvent des solutions ensemble.
Est-ce un changement de valeurs ?
MJ - C’est plutôt une lecture nouvelle de nos valeurs, dans un contexte qui a évolué. La relation à l’autorité évolue. Des principes nouveaux apparaissent et s’imposent, comme celui du partage de l’information, la coopération et la diversité. Il nous faut, par exemple, revoir cette notion. Le pouvoir public doit constamment placer le curseur entre le respect du principe d’égalité et l’exploitation du potentiel que représente la diversité. Jusqu’ici, la manière dont on interprète et concrétise la notion d’égalité a imposé que tout le monde soit soumis au même régime. Or, pour faire fructifier la richesse des particularités, il est nécessaire de tester, d’effectuer des expérimentations sur les territoires. Cette pratique ne fait pas encore partie de la culture. Par exemple, le droit à l’expérimentation, tel qu’il est défini dans la constitution, est cadenassé. Néanmoins, il commence à y avoir quelques pratiques, comme les appels à manifestation d’intérêt, même si ces processus méritent d’être affinés. Bien entendu, il existe des limites à l’expérimentation. Elles sont données par les valeurs : on ne joue pas avec les personnes. Dans le reste de l’Europe, ces pratiques se sont déjà diffusées : cela fait cinq ans que certains pays, comme le Royaume-Uni, ont déjà pris cette autre direction. En France, nous sommes restés sur la mauvaise voie. Il est grand temps de changer de cap.

4 commentaires
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Le 28 décembre 2009 à 17h07
par LY-ANE
» Comment se débarrasser de l’ex-nouveau management public ?
Puisque l’ARF est présentée comme "initiateur du projet" de 27ème Région, peut-être serait-elle bien inspirée de convaincre d’abord ses membres d’oeuvrer pour la disparition de cette sorte de management à l’intérieur même des collectivités adhérentes... Combien de temps s’écoulera avant que ce nouveau management public ne devienne un "ex", quand ces mêmes collectivités continuent à recruter des cadres formés à l’ENA /l’INET (auxquels on continue à apprendre qu’il faut transposer les techniques de l’entreprise au secteur public, sous couvert de rationalisation et de productivité) ? quand je mesure combien est pauvre le dialogue social dans ma collectivité, je suis quasi certain de vivre encore de grands jours sous la férule du Nouveau Management Public !
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Le 2 décembre 2009 à 23h01
par Stéphane Vincent
» Comment se débarrasser de l’ex-nouveau management public ?
A travaux publics : je note précieusement vos références biographiques ; nous manquons de matériaux théoriques (et l’on sait bien à quel point c’est indispensable et complémentaire des pratiques de terrain). L’APUL, pour les non-initiés, c’est l’administration publique locale :-)
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Le 19 novembre 2009 à 22h45
par Travaux PUBLICS
» Comment se débarrasser de l’ex-nouveau management public ?
Mais vous êtes tombés sur la tête ?
Enfin un petit peu de ciel bleu, enfin rose devrai-je dire. J’ai quand un peu de mal à partager votre optimisme. Mais bon j’accepte volontier de me tromper...
Je vous fait part de quelques idées.
Assez d’accord avec l’idée que le modèle centralisé irriguant un territoire est en perte de vitesse et qu’un autre fortement décentralisé émerge au sein duquel les Usagers sont véritablement co-producteurs et non pas seulement conviés à la table. Dans ces conditions on voit très nettement que le contrat n’est pas l’outil adapté, trop incomplet par nature. Il me semble que les travaux engagés par le CRG de Polytechniques (M. BERRY) ou ceux des Economistes des Conventions et leurs travaux sur l’interprétation des règles ou le programme de travail de F. GINSBOURGER peuvent être utiles dans ce travail de recomposition des manières de faire l’APUL. Dans l’immédiat il me semble primordial de restaurer une liberté de parole au sein de nos collectivités afin que l’on puisse recommencer à travailler sur les questions de fond que sont celles de l’organisation du travail. Il faut lever ce qui dans certains cas ressemble davantage à une messe qu’à une réflexion de fond. Je pense qu’une proposition de demande d’inscription de ces questions à l’ordre du jour des instances paritaires seraient bien venue, voire une déclaration en ce sens du Président de l’ARF et de l’ADF (faisant le lien évidemment avec le massacre organisationnel en cours dans d’autres ex-services publics pour illustrer le propos).
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Le 17 novembre 2009 à 21h07
par Yves R.
» Comment se débarrasser de l’ex-nouveau management public ?
Voilà qui a l’air intéressant ! En tout cas, partant pour tout ce qui pourrait contribuer à redonner du sens à la notion de service public. Effectivement, puisque les finalités sont différentes, le secteur public doit inventer ses propres processus de gestion...










