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Avr 23 2010

Que faire de l’expérimentation sociale ?

Billet publié par Stéphane Vincent
Tags: expérimentation , Innovation , Politique publique

L’enthousiasme légitime, mais soudain, dont l’innovation sociale fait l’objet depuis quelques temps, ne doit pas faire oublier les débats importants qui existent au sein de ses multiples courants. Parmi ces débats, signalons ceux qui planent autour d’une notion très précise : l’expérimentation sociale. Le 29 mars dernier, à peine ses fonctions quittées au profit de Marc-Philippe Daubresse (nouvellement nommé ministre de la jeunesse et des solidarités actives), Martin Hirsh était à la manoeuvre lors d’une "conférence nationale de l’expérimentation sociale", sous-titrée par la question "réformes contre placebo ?". Mais que venait donc faire là ce mot issu du champ médical ? Pour le comprendre, revenons un instant sur les principes qui fondent l’expérimentation sociale.

L’expérimentation sociale peut être perçue comme un plaidoyer en faveur des expériences de terrain, des solutions inventées depuis toujours par les acteurs locaux. Mais comme le rappelle Marjorie Jouen dans un rapport de 2008, il s’agit avant tout d’expérimenter, c’est à dire de "conduire des expériences placées sous contrôle, en vue de vérifier certaines hypothèses". L’expérimentation sociale peut donc aussi s’entendre comme une forme poussée d’évaluation des politiques publiques, un moyen de tester des solutions en vue de les généraliser.

Or l’une des principales sources d’inspiration de l’expérimentation sociale en matière d’évaluation est l’expérimentation médicale, comme le rappelle Noémi Leko dans un article très critique : "la politique à évaluer est ainsi appelée ‘traitement’, le groupe qui y est soumis est le « groupe de traitement », et – c’est là l’innovation fondamentale - celui qui n’y est pas soumis est le « groupe de contrôle » ; le groupe de traitement et le groupe de contrôle forment l’échantillon et l’expérimentation est une « expérience contrôlée ». Le traitement est alors la cause de la différence de comportement et de résultat des deux groupes.". La conférence, du reste, sera très largement consacrée à valoriser ces méthodes et à en décrire l’utilisation sur une série d’expérimentations, menées avec les projets soutenus par le "Fonds d’expérimentations pour la jeunesse".

On teste donc un dispositif sur un premier échantillon de personnes, on compare les résultats au second échantillon qui n’a pas bénéficié du dispositif, et on en déduit si le dispositif s’avère efficace et si on peut le généraliser. Esther Duflo, illustre promotrice de l’expérimentation sociale, le dira lors de son intervention : "il s’agit d’appliquer à la politique une rigueur scientifique".

Que penser de tout ceci ? Il n’est pas question ici de nier ni l’importance d’expérimenter, ni celle d’apprécier l’impact des politiques publiques. Mais il semble qu’il y ait ici un malaise plus profond, qui tient à la vision sous-tendue par cette évaluation dite "scientifique".

Une première critique est que l’évaluation scientifique ainsi posée, débarrassée du politique, risque d’évaluer en roue libre, en parfaite inconséquence. Ainsi, pendant plusieurs mois, des populations de demandeurs d’emploi ont fait l’objet d’une expérimentation entre Pôle Emploi et des opérateurs privés de placement (OPP). L’une des questions posées par l’expérimentation visait à savoir si "confier 40 demandeurs d’emplois à un agent plutôt que 120 allait améliorer significativement la recherche d’emploi ?". Avait-on vraiment besoin de tester une telle hypothèse ? Et d’un point de vue tout simplement éthique, comment ne pas considérer les demandeurs d’emplois objets de cette expérimentation autrement que comme des cobayes ?

Une seconde critique est que l’évaluation scientifique consacre l’expertise dans son rôle traditionnel, en surplomb, mais cette fois avec la toute puissance de la "vérité scientifique". L’évaluateur scientifique, seul juge de ce qui fonctionne ou ne fonctionne pas. On peut quand même se demander si les bouleversements du rapport à l’expertise depuis quelques années ne rendent pas un peu obsolète une telle vision. Le paradoxe est que c’est un scientifique, Joël Ménard, professeur de Santé publique, qui a rappelé à l’auditoire que les scientifiques eux-même pratiquaient plutôt l’évaluation de pair à pair, avec un certain succès semble t-il...

Une autre critique est qu’au-delà de l’expérimentation, on trouve peu de traces sur les conditions de généralisation de l’expérimentation sociale, pourtant l’objectif déclaré. Il n’est pas dit comment, à partir du test jugé fructueux sur un établissement ou une population, on va passer concrètement à l’échelle, gagner toute une communauté d’établissements, ou un échelon supérieur voire national. Pourtant il faut rappeler combien cette question est centrale et difficile, plus encore à un moment où la médiation sociale est en souffrance un peu partout sur le territoire, entre politiques draconiennes de réduction des dépenses publiques, et recul forcé de la décentralisation. L’idée que l’Etat puisse aujourd’hui assumer à lui seul cette capacité à généraliser laisse un peu sceptique, et fait l’impasse sur le rôle de catalyseurs que jouent déjà, certes imparfaitement, les acteurs locaux dont les régions.

Il ne s’agit pas de condamner d’un bloc tout ce que sous-tend l’expérimentation sociale. Mais l’on peut se demander enfin s’il n’y a pas, avec l’évaluation scientifique, et derrière le souci légitime d’une meilleure compréhension des effets de l’action publique, une énième sous-production du management à l’ancienne. Une culture basée comme souvent sur une certaine culture de la performance, des résultats, du chiffre en somme, mais sans grande modernité en termes de qualité humaine et sociale.

Avr 22 2010

Santé en campagne

Billet publié par Stéphane Vincent
Tags: Aménagement , Auvergne , Politique publique , Santé

Comment aborder différemment le problème de l’exode médical ? Cet hiver 2009, pendant plusieurs semaines, une équipe créative et pluridisciplinaire a travaillé aux côtés des médecins, des habitants et des élus du pays de Pionsat, en Auvergne, et a réinterprété avec eux une idée déjà ancienne et souvent mise en échec : la maison de santé. L’opération était soutenue par la Région Auvergne, et l’équipe était composée de Gisèle Bessac, entrepreneure sociale, Marie Coirié, designer, Fanny Herbert, sociologue, et Julie Bernard, architecte. Au terme de cette collaboration, l’équipe a transmis aux habitants des outils d’échanges pour poursuivre ce travail, mais aussi l’esquisse de trois chantiers : la mallette du nouveau médecin, le kit de vie à domicile, un dispositif de coordination des professionnels de santé, trois projets de chartes. Revivez cette immersion en lisant le livret publié par l’équipe au terme de la résidence. A lire ci-après ou à télécharger ici (13,3 Mo).

Avr 18 2010

Scénarios d’avenir en milieu péri-urbain

Billet publié par Stéphane Vincent
Tags: Développement local , Innovation , Nord Pas de Calais , Politique publique

Dans une enquête publiée en février sur l’urbanisme à la française, Telerama se demandait "comment la France avait pu devenir aussi moche". Pression à la propriété, mitage des terrains agricoles, réduction de la mixité sociale et intergénérationnelle, engorgement des transports, campagne dortoir... Comment traiter tous ces dysfonctionnements, et quel travail "d’acupuncture territoriale" permettrait d’améliorer le quotidien de l’habitant du péri-urbain ?

François Jégou, directeur de l’agence Strategic Design Scenarios à Bruxelles, et directeur scientifique de "Territoires en résidences", organisait la semaine du 15 mars un workshop avec une vingtaine d’élèves de l’Ensci, en partenariat avec la Région Nord-Pas de Calais, le syndicat mixte du Grand Douaisis et la 27e Région. Terrain de jeu : l’agglomération de Douai. Le résultat prend la forme de 24 scénarios d’innovations sociales et de services collaboratifs "nouvelle génération", autour de la gare, des nouvelles activités locales, des systèmes d’informations localisés, des relations de voisinage, du tourisme local, de la mobilité de proximité, ou encore des circuits alimentaires courts. La vidéo ci-après présente la synthèse de ce travail, décrit plus en détails et à l’aide d’autres vidéos sur le site de Sustainable Everyday Project, le programme animé par François Jégou.

Trailer ENSCI from Strategic Design Scenarios on Vimeo.

Avr 14 2010

"Design des politiques publiques" à la Cantine le 6 mai à 10h30

Billet publié par Stéphane Vincent dans la catégorie 27e Région
Tags: Design , Innovation , Politique publique

Présentation publique le 6 mai à la Cantine

A l’occasion de la sortie de Design des politiques publiques, nous vous convions le 6 mai de 10h30 à 12h30 à la Cantine à une présentation de l’ouvrage et à une table-ronde sur le thème : "Peut-on (re)designer les politiques publiques ?" avec Christian Paul, Région Bourgogne, Stéphane Vincent, la 27e Région, François Jégou, Sustainable Everyday Project...

Inscrivez-vous (nombre de places limité) : infos@la27eregion.fr

L’ouvrage

A l’heure de transformations sociales, technologies, économiques et environnementales majeurs, la 27e Région, "labo de transformation publique" initié par l’Association des Régions de France, explore depuis 2008 de nouvelles façons d’innover au sein des politiques publiques. Les premiers enseignements de ce travail sont aujourd’hui rassemblés dans cette première édition. Publié à la Documentation française, Design des politiques publiques a été présenté en avant-première au 30e Salon du livre et à la 19e Journée du livre politique.

Design des politiques publiques est en vente au prix de 18 euros. Disponible depuis ladocumentationfrancaise.fr, amazon.fr, etc.

Presse

Contacts : marie-therese.even@dila.gouv.fr, johanna.obyrne-burel@wanadoo.fr, vroutin@fing.org

Dossier de presse à télécharger.

Design graphique : g.u.i et Unefois2. Responsable de rédaction : Anne Daubrée. Rédacteurs : Anne Daubrée, Stéphane Vincent. Avant-propos, préface : Stéphane Vincent, Romain Thévenet, Christian Paul

Avr 14 2010

Territoires en résidences : retour sur site

Billet publié par Romain Thévenet

Le postulat des résidences que nous conduisons depuis début 2009 est qu’il est possible, en quelques semaines, d’aider les habitants à produire des solutions originales à des problèmes complexes. Mais quand ce travail avec la communauté locale se termine, que se passe t-il ? La situation se transforme t-elle vraiment ? Presque un an après la toute première résidence menée par nos soins, nous étions de retour mardi 23 mars dans le lycée Jean Moulin de Revin, en Champagne-Ardenne. L’occasion de dresser un état de la situation avec le proviseur, Jean-Louis Bruley, de mesurer les évolutions et de rencontrer des personnes présentes l’année dernière. La grève nationale limitant ce jour là le nombre de rencontres possibles, nous avons quand même pu nous entretenir avec différents élèves et professeurs. C’est aussi l’occasion de revisiter cette expérience alors que deux autres résidences sont en cours dans des lycées : au lycée professionnel Croix Cordier de Tinqueux (Champagne-Ardenne) et au lycée Gabriel Fauré à Annecy (Rhône Alpes).

A l’issue de la résidence, nous avions conçu une douzaine de projets avec la communauté du lycée. Nous les avons passé en revue un par un pour faire le point sur leur avancée.

Un projet phare qui tourne : Le campus wall

Le projet est pérenne : deux grands écrans ont été installés et l’organisation s’est consolidée. Un carter et des stickers seront prochainement livrés pour « habiller » les deux installations et terminer le projet. Il est piloté surtout par Sébastien Ossent, le "monsieur informatique" du lycée. Le dispositif fonctionne bien. Un nouveau "club campus wall" a été créé, et Sébastien leur a donné la charte de fonctionnement mise en place par les résidents. Les nouvelles annonces arrivent certes au compte-goutte mais les plus anciennes sont bien retirées lorsqu’elles perdent de la pertinence.

Des projets qui suivent leur cours

Nous avions appelé "rencontre avec l’architecte" le projet qui consistait à impliquer les lycée dans la conception du nouveau lycée. Depuis la résidence il y a eu une nouvelle rencontre avec l’architecte Duncan Lewis. Les vues en trois dimensions du lycée on été imprimées et affichées dans le lycée. Tout le monde est désormais au courant de la construction du nouveau lycée, et personne ne remet plus en cause la véracité du projet… Par contre le blog qui permettait d’échanger entre l’architecte et les lycées n’a pas été mis en place.

Nous avions appelé "Parcours sportifs thématiques" le projet consistant à découvrir le patrimoine local à travers des excursions sportives. La section "sports" a été mise en place comme prévu. Les élèves font désormais du VTT, du kayak en piscine puis en rivière et de l’escalade. Les parcours d’orientation vont commencer, et un travail va être effectué avec un prof de SVT (sciences de la vie et de la terre) pour identifier des curiosités géologiques ou biologiques.

La rencontre que nous avions provoqué entre les animateurs de la web TV de Revin et les élèves de communication avait été appelé "Mon cours de comm’ en vidéo". Depuis certaines formations ont eu lieu, et des expériences de personnes âgées de Revin ont été filmées et montées par des lycéens.

Des projets transformés

Le lycée engage une réflexion sur l’ "éco-école". Ce qui lui a permis de transformer deux propositions de projet. Le "Club HQE", consistait à mettre en place un groupe d’élèves qui allait suivre le chantier et servir de guide pour des publics extérieurs intéressés par cette thématique. Cette question concerne désormais différents élèves dans le cadre du programme "éco-école" Le "J-1000" qui, lorsque nous nous étions quitté, devait être un écran produit par les filières électro-techniques, et devait décompter le nombre de jour avant la fin du chantier a pris une toute autre tournure. C’est désormais un écran affichant la consommation énergétique du lycée qui devrait sortir des ateliers. Et il sera ainsi facile de comparer la consommation du "vieux" lycée avec celle du "nouveau"…

Des projets abandonnés pour l’instant mais qui pourrait être relancés après notre "piqûre de rappel"

Les autres projets n’ont pas particulièrement évolué. > soit par manque d’intérêt, comme le "jardin aromatique" que nous avions proposé, mais qui sera peut être relancé suite à cette nouvelle visite. Nous avons croisé Cyril Berton, le chef cuisinier à qui nous avons reparlé de l’idée, et en revoyant la "verrière" entre les cuisines et les salles de restauration nous avons évoqué l’idée de l’installer ici. > soit parce que les porteurs de projets que nous avions identifiés ont quitté le lycée. Mourad Ighzernali par exemple, le CPE qui voulait monter le projet "pique-nique autour du carnet de correspondance" a été affecté dans un autre établissement.

D’autres projets ont vu le jour

Qu’est ce qui a changé du point de vue des élèves ? Lorsque nous avons posé la question à certains élèves, leur réponse à été spontanée : "le foyer". En effet, le foyer qui était pratiquement abandonné ou en tout cas difficile d’accès pendant notre passage à Revin, est désormais ouvert en continu. Les lycéens peuvent s’y retrouver facilement puisqu’une permanence est assurée par de nouveaux employés du lycée.

Repenser le mode d’accompagnement par les services de la Région

Pour Jean-Louis Bruley, proviseur du lycée, l’apport en ingénierie et en méthode a été central dans cette expérience. Certes, les investissements conséquents de la Région au sein du lycée demeurent essentiels, mais l’expérience a montré que l’accompagnement méthodologique devenait tout aussi important. Tous les grands enjeux de la vie au lycée -réussite éducative, citoyenneté, sécurité, éco-responsabilité- appellent des méthodes totalement nouvelles. Or le format des résidences, leur ingénierie légère et créative, la mise à disposition de leviers de communication, la bienveillance vis à vis du risque autorisée par le cadre expérimental, ont contribué à acculturer les "habitants" du lycée à de nouvelles façons de faire évoluer son fonctionnement.

Avr 1er 2010

La Région DIY*

Billet publié par Stéphane Vincent
Tags: Innovation , Politique publique

Fort du succès des régionales, plusieurs régions viennent de transformer radicalement leur organigramme. La direction de l’aménagement devient "L’acupuncteur territorial" ; Son rôle est de produire des micro-interventions ça et là sur le territoire -en réalité, à des points de tension précis, mûrement réfléchis.

On a également tourné le dos aux subventions, aux appels à projets et à tout ce qui, armé du souci légitime de développer le territoire, créait en réalité de la compétition inutile et encourageait les chasseurs de primes, plutôt que de susciter de la coopération. Certes, quand il s’agit de soigner une maladie plus grave, on sait passer à des traitements plus lourds...

La politique est maintenant celle de l’interdisciplinarité ; c’est pourquoi la Région rassemble des fonctionnaires territoriaux, des sociologues de terrain, des designers de services, des scénaristes, des historiens, des blogueurs... La mission numérique est devenu un projet, appelé "L’explorateur social et technologique".

Cette diversité des profils est maintenant palpable dans l’Hôtel de Région, qui est maintenant installé au coeur du quartier, partageant sa cantine et ses salles de réunion avec le lycée et la pépinière d’entreprise d’à côté.

Ah oui, il faudra qu’on vous explique pourquoi les services de documentation s’appellent maintenant "Fabrique de la mémoire territoriale", et comment les directions de la communication sont devenues, elles, les "Fabriques d’infrastructures ouvertes"... Promis, on vous en reparle, rendez-vous l’année prochaine, même jour, même heure !

*Do it yourself (et toi, ta région, tu la ferais comment ?)

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