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Déc 25 2009

Les designers sont-ils forcément de bons innovateurs sociaux ?

Billet publié par Stéphane Vincent
Tags: Design , Innovation , social

Le 3 décembre était organisée une téléconférence à l’initiative du Social Innovation Exchange (SIX, dont nous vous avons déjà parlé), avec la participation de designers et d’innovateurs sociaux de Paris, Londres, Milan, Bruxelles, Copenhague, Amsterdam, Melbourne, Shangai, Tokyo. Le thème dont nous devions débattre : quels sont les liens entre le design et l’innovation sociale ? les designers sont-ils des innovateurs sociaux ? peuvent-ils contribuer à enrichir l’innovation sociale ? Autant le dire tout de suite : au terme d’un tour de table passionnant* mais interminable, nous n’avons pas eu le temps de débattre du sujet ! Car la téléprésence chez Cisco, c’est génial, mais ça fonctionne un peu comme les faisceaux satellite à la télé, "en direct de Cognac-Jay" : quand ça coupe, ça coupe vraiment, et l’organisateur lui-même n’a pas eu le temps de terminer sa phrase de remerciements...

En revanche, une note de travail avait été rédigée avant la conférence par Geoff Mulgan, directeur de la Young Foundation, qui anime SIX. Je ne résiste pas à l’envie de la résumer, car elle est fertile et m’amène à quelques commentaires.

Ce qui peut sembler être un débat d’experts me parait en réalité être une question centrale si l’on souhaite comprendre les nouvelles formes d’ingénierie "tirées par l’utilisateur", et imaginer les modes d’intervention de demain, plus proches de la co-conception que les approches traditionnelles d’aujourd’hui.

En préambule, Geoff Mulgan rappelle que dans l’univers anglo-saxon au moins, un nombre croissant d’initiatives mobilisent des méthodes issues du design pour développer l’innovation sociale (EMUDE, Red au Design Council, IDEO, la Fondation Rockefeller, les agences Think Public, Participle). Geoff s’emploie à faire l’analyse des forces et des faiblesses du design au contact de l’innovation sociale, telle qu’il a pu la faire à travers ces différents projets.

Geoff Mulgan énumère ainsi les principales forces du design appliqué à l’innovation sociale, telles qu’il les perçoit :

  • la fraîcheur et la clarté : le designer est capable d’une compréhension fine des problèmes, et de donner une vision nouvelle à des problèmes anciens
  • de nouvelles visions (ou "insights") : le fait de ne pas être partie prenante, de n’être pas un expert lui permet de proposer une vision décalée
  • les techniques de visualisation : le designer dessine, illustre ; c’est un complément vital de la prose administrative et de l’emploi systématique du texte, et une bonne façon d’associer plus facilement les gens dans le process de conception
  • les situations de vie : une approche qui met en valeur de nouveaux modèles, blocages, expériences
  • le prototypage rapide : une méthode supérieure pour tester rapidement des modèles dans la pratique, plutôt que rester au stade des grands discours
  • de bons outils pour penser de façon systémique : particulièrement utile, par exemple dans le système alimentaire, énergétique, des biens de production
  • des effets catalysateurs : également utiles pour dynamiser le changement, renforcer les innovateurs au sein des services publics, etc

Mais les faiblesses du designer sont également importantes :

  • Le coût : faire intervenir des consultants chèrement payés dans des communautés à faibles revenus crée du ressentiment
  • Le manque d’investissement : dans certains projets, le designer va et vient librement, il n’est pas au coeur du projet ;
  • Le designer est bon en créativité, médiocre en terme d’implémentation et de mise en oeuvre
  • Le designer réinvente la roue (en ignorant les évidences et l’expérience de terrain, comme un corollaire à la fraîcheur de sa vision)
  • Le manque de compétences budgétaires et de réalisme économique, lorsqu’il s’agit de penser la mise en oeuvre
  • Le manque de capacités organisationnelles, notamment pour organiser le passage de témoin
  • Il faudrait qu’il soit bien plus rigoureux en matière de pensée systémique
  • La très grande majorité du design de services n’a pas été conçu par des organisations en charge du design de services...

Pour Geoff Mulgan, le design a 4 défis à relever :

  • Former les gens à une combinaison entre des compétences en design, et d’autres compétences (économiques, politiques, sociales)
  • Développer des méthodes de design qui améliorent l’impact et la mise en oeuvre
  • En terme de coût/efficacité, s’assurer qu’un transfert de savoir-faire s’opère bien après la mission
  • Faire dialoguer des disciplines connexes avec le design : beaucoup de disciplines gagneraient à apprendre du design, et le design a besoin d’apprendre d’autres disciplines

L’analyse et les recommandations de Geoff Mulgan me paraîssent très pertinentes. Les designers ne sont pas naturellement formés à produire de l’émancipation chez leurs interlocuteurs, à générer de "l’empowerment". Il me semble qu’il y a de nombreux enseignements pratiques à tirer de cette analyse. J’en vois au moins trois.

Le besoin d’élaborer collectivement un nouveau protocole

Les designers ont normalement l’habitude d’évoluer dans un système de contraintes : plus les contraintes sont fortes, plus on reconnaît la créativité d’un bon designer ! Mais dans les méthodologies basées sur l’innovation sociale, il manque souvent un protocole spécifique, l’adoption collective d’une série de principes concrets qui garantissent les attendus cités par Geoff Mulgan. Or ces principes ne sont guère enseignés dans les écoles de design ou les formations à l’innovation sociale. Pourtant il est essentiel que le cahier des charges initial établisse ces principes. Lorsque dans le cadre de Territoires en Résidences, nous demandons aux équipes de prototyper au moins un projet avant le terme de la résidence, de documenter leur travail sur un blog, et de s’assurer de la prise en main des projets par les communautés locales, ce sont les termes de ce protocole que nous essayons d’imaginer et de tester. Il est essentiel que tous les promoteurs d’interventions de ce type comparent leurs protocoles et les améliorent ensemble. Et que des "médiateurs" internes aux institutions y soient associés.

L’expérimentation est essentielle

Ces questions ne sont pas théoriques. C’est dans la pratique de terrain que des réponses peuvent être apportées. Or il nous manque des zones de test, des bancs d’essais, des territoires-pilotes où former les jeunes designers et les innovateurs sociaux, les médiateurs et agents de développement, les consultants, architectes, donneurs d’ordre, chefs de projets dans les collectivités... c’est une des options que nous étudions pour la suite de Territoires en Résidences. Mettre en réseau la quinzaine de terrains où nous aurons travaillé au terme de l’année 2010, voire l’élargir à d’autres pour en faire des lieux d’expérimentations permanents, en tout cas réguliers.

Quid du "design embarqué" ?

Toutefois, l’analyse de Geoff Mulgan répond au cas classique de la prestation externalisée, confiée à un free-lance ou une équipe externe. Mais que se passe t-il lorsque la fonction "social design" a été pérennisée, qu’elle a été créée au sein même de l’organigramme d’une administration ou d’une agence publique, comme au MindLab ou au SILK ? Suffit-il d’établir un protocole ou des indicateurs de succès pour que la fonction puisse jouer son rôle ? On manque encore de recul sur ce type de fonction, mais l’on sait qu’un de ses principaux écueils est de trouver une forme de positionnement mixte, "dedans/dehors" : dedans pour la proximité décisionnelle et le fait d’être au coeur de la machine ; dehors pour conserver une forme de liberté d’intervention et de neutralité. Nul doute qu’il faudrait se pencher sur la façon dont les entreprises ont intégré ce type de fonction depuis les années 90, ou exporer le fonctionnement de dispositifs comme le "Google Labs" pour comprendre comme les acteurs publics, à leur tour, pourraient s’en inspirer.


*Dans l’assistance, de nombreux projets passionnants :

  • Le "kit de design orienté humain", de l’agence IDEO (librement téléchargeable), ou comment permettre à tout un chacun de pratiquer le "social design"
  • L’Australian Centre for Social Innovation, financé par le gouvernment, a travaillé avec les habitants sur Melbourne en 2032, notamment sur le système alimentaire. On retiendra l’approche design IDEA (d’ailleurs protégée par un copyright !), dans laquelle nous nous retrouvons bien : "Immersion > Exploration > Intervention > Démonstration"
  • Le Living Labs de Malmö, consacré au "design for social innovation"
  • Une nouvelle agence anglaise de social design, fondée par des anciens de Participle : InWithFor.
  • Des designers qui travaillent sur l’articulation entre la ville et la campagne en Chine, en coordonnant les possibilités de développement des habitants des villages, en développant des échanges créatifs pour améliorer l’échange urbain/rural

Déc 21 2009

Régions 2028 : la 27e Région fait son off (1/2)

Billet publié par Anne Daubrée
Tags: alimentation , Citoyenneté , Créativité , Energies , Lycée , prospective , Provence Alpes Cote d’Azur , rural

En marge du Congrès des Régions de Marseille, élus, agents et créatifs inventent les outils de la politique publique de demain, et une nouvelle méthode de travail pour tout de suite...

Une soixantaine d’élus, agents, designers, architectes, chercheurs… se retrouvent à l’hôtel Vertigo, à Marseille, le mardi 8 décembre au soir. La 27e Région les a invité à participer à la journée de travail créatif qui se tient le lendemain. Mais, ce soir, c’est d’abord l’occasion de faire le point sur l’année qui vient de s’écouler, en particulier sur le programme "Territoires en résidences". Tour à tour, les équipes présentent rapidement les résidences. Il y en a 7, plus une… celle du « Laboratorio per l’innovazione », que Maurizio Giambalvo va présenter, venu spécialement de Palerme. Un livret de présentation des résidences est diffusé aux participants (librement téléchargeable ici). La soirée se poursuit par des discussions, dans une ambiance tranquille et conviviale. La preuve en photos.

Sortie en Boate

Mercredi 9 décembre. A 9 h, les participants se retrouvent à la Boate, ce tiers lieu marseillais, à quelques pas du vieux port. Après le café, tout le monde se rassemble au fond de la salle, dans la pièce libérée de ses meubles. On s’assied par terre et assiste à une revue de presse du 9 décembre...2028. Les infos défilent, sur fond d’images bricolées : Gros titre : «  Les élus du Grand Paris partent en voyage d’étude sur le plateau de Millevache,” pour s’inspirer de leur maniere de vivre ensemble. Autre info : on fête le 10e anniversaire du pôle alimentaire multimodal, qui marque la fin d’une époque où les AMAP étaient considérés comme une curiosité….

A travers ces histoires inventées (qu’on pourra retrouver en détails sur Flickr), différents défis et enjeux sociétaux auxquels sont confrontées les régions sont abordés : énergie, éducation, gouvernance, alimentation, usages des technologies, créativité, participation… mais on ne va pas regarder des vidéos toute la journée ! Stéphane Vincent, Romain Thévenet et François Jégou présentent les règles du jeu. L’objectif : imaginer comment cet avenir "souhaitable" est-il arrivé, quels projets, quelles politiques publiques, quelles étapes ont été nécessaires pour l’atteindre...

Huit groupes sont constitués, avec, pour chacun, un expert, un designer, et six autres personnes qui vont remuer ensemble leurs méninges toute la journée. Chaque groupe part s’installer dans une îlot créatif, composé de murs de papier, conçu par le designer Jean Couvreur. Au centre, une table. Dessus, un rouleau déroulant de paper-board. Stylos et post-it multicolores complètent l’équipement… C’est parti.

Pause créative ?

“La pause créative”, qu’est ce que cela évoque pour vous ? “pause café”, “ moment de détente”… le premier mur de l’îlot se recouvre de post-it. Ce groupe a été invité à réagir à un article qui relate le succès des “ pauses creatives” dans la société. Qu’apportent ces pauses ? Qu’est ce qui les limite ? Un autre mur se recouvre de post-it. Autour de la table, on renverse le sujet. Un concensus se forme : le concept de “pause créative” n’a pas vraiment de sens dans une culture où la créativité n’est pas vraiment reconnue. C’est plutôt à la façon d’irriger la société de créativité qu’il faut réfléchir… Dans l’îlot voisin, on s’interroge sur la manière de gérer au mieux l’omniprésence des technologies dans la vie quotidienne. “ A Angers, un bailleur social a mis en place un système qui permet aux locataires de mesurer leur consommation d’énergie”. “Ailleurs, tel système a été abandonné, car il n’était pas adapté”. Jacques-François Marchandise, directeur de développement à la Fing, recadre la discussion “ On est là pour trouver comment se déconnecter”. On continue de chercher…

De la discussion au projet

Les échanges se poursuivent, dans une ambiance concentrée mais détendue. Il est 11h, et, au pied de la table consacrée à l’alimentation et animé par John Thackara et Adèle Seyrig, trainent déjà deux mètres de papier. Ils sont parsemés de mots clés et de dessins. “Les abattoirs sont très centralisés. Ce système est cher et complexe pour les éleveurs” explique Benoît Lacroix , animateur au Pays Nivernais Morvan, qui propose de remettre en place des structures de proximité. “Il faut aussi penser à la culture de céréales, pour rester dans des circuits courts” ajoute Adèle Seyrig, designer. Isabelle matthieu, d’Alliance Provence, un réseau d’AMAP, évoque un projet autour de la fête de l’Aïd à Marseille, occasion de rapprocher les producteurs et les consommateurs de moutons. John Thackara intervient “ il est temps de formuler des propositions”. Car l’aiguille tourne. Il est presque 13h.

A l’autre bout de la Boate,” un compagnonage de l’élu", qui partirait en résidence dans d’autres collectivités durant une partie de son mandat, pour en ramener des “trésors” a été imaginé à la table Energie. Un dispositif comprend des “réunions tricot” pour parler l’énergie entre habitants, des “prospecteurs” qui vont sur le terrain identifier les potentielles actions d’économie ou de gestion alternative de l’énergie, et un service civil qui mobilise des compétences pour mettre en oeuvre des projets. Le tout est financé par un “ énergiton” -qui sera finalement abandonné. Faut il promettre du “sang et des larmes”, ou compter sur le volontarisme des individus pour faire face au défi énergétique ? Le débat est vif autour de la table.

Les concepts en image

Le temps d’un risotto poulet, et d’un coup d”oeil sur le coin librairie, tenu par les responsables de la Librairie des Territoires, que Stéphane Vincent a rencontré quelques jours auparavant : il faut dire qu’une demi-douzaine d’auteurs sont dans la salle. Les travaux reprennent : il ne reste qu’une heure et demie pour fignoler les idées, préciser les concepts. Au cours de l’après-midi, les élus présents, Jean-François Caron, élu au Conseil Régional de Nord-Pas de Calais, et Christian Paul, élu au Conseil Régional de Bourgogne, passent de table en table. Ils ont accepté la délicate mission de présenter leur sélection, à partir des 24 projets imaginés par les équipes, en fin d’après-midi. Les équipes leur exposent leurs projets. Ecoute, discussions, critiques… On passe à la synthèse. Aux murs, sont affichées les images produites par les groupes. Les designers ont bricolé des montages qui illustrent les projets. Un plan de ville orné de carrés jaunes : ce sont des lieux de stockage de quartier, destinés à limiter les déplacements de marchandise (projet du groupe énergie) , un bus londonien siglé “polybus” (projet du groupe vivre ensemble) le passeport d’un citoyen inter-régional (projet du groupe New Deal).

Présentation des élus

Les deux élus se succèdent pour présenter les projets. Certains sont des “boites à outil” quasiment prêtes à l’emploi. D’autres, plus vastes, interrogent le long terme. Par exemple, le groupe qui a travaillé sur la gouvernance a notamment imaginé un “forum de débat public” permanent, composé de citoyens volontaires. Il participe au débat sur l’avenir et pourrait jouer un rôle dans la gestion d’une partie du budget. “Une nouvelle façon d’inventer une fiscalité régionale ? “ s’interroge Christian Paul, rapporteur du groupe new deal 2028, qui a également réfléchi à une nouvelle citoyenneté interrégionale. Aileurs, le groupe "vivre ensemble" a conçu une “pépinière de nouveaux habitants” qui accueille des nouveaux arrivants dans un lieu rural qui a besoin d’être dynamisé. Accompagnement, remboursement du déménagement en cas d’échec, avec, en contrepartie, un engagement dans la communauté. “ Ce projet est intéressant, car il est souple. Il pourrait fonctionner aussi pour les territoires urbains en difficulté” commente Jean-François Caron.

Mise en réseau et éducation

Dans le groupe éducation, on a fait sauter les cloisons entre les lycées et les universités. En 2028, les régions dotées de nouvelles compétences, gèrent les deux. Les internats ont été améliorés, pour permettre à chaque lycéen d’enrichir son parcours, en fréquentant successivement différents établissements, qui développent des dominantes différentes. Enrichissement des individus par la multiplication de leurs expériences, hybridation des lieux, échanges entre structures, importance de la formation… ces thèmes traversent l’ensemble des projets, du réseau des “fabriques d’innovation citoyenne” du groupe “citoyen”, à l’intégration d’activités créatives dans des lieux divers, du groupe “ pause créative”, en passant par les “ espaces de deloguement” , qui habritent différentes activités, du groupe “ technologies”. Impossible d’approfondir chacun des sujets dans le temps imparti. . ..“ Ce travail sera mis en forme et diffusé” promet Stéphane Vincent. Une journée qui a permis aux représentants de collectivités de s’imprégner des méthodes créatives, et aux acteurs créatifs, de mieux comprendre les besoins des élus. Bref, pour tous, d’apprendre à travailler ensemble, différemment et entamer de nouveaux projets.

Dans un prochain billet : la présentation complète des 24 projets conçus par les équipes.

Toutes les photos du Off sont ici.

La liste des participants :

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Déc 16 2009

"Design des politiques publiques", à paraître en avril 2010

Billet publié par Stéphane Vincent dans la catégorie 27e Région
Tags: Design , Innovation , Politique publique

Nous en sommes fiers et nous bichonnons sa préparation : c’est "Design des politiques publiques", la première édition de notre ouvrage annuel. Il sortira au prix de 18 euros à la Documentation française en avril prochain. Anne Daubrée en coordonne toute la rédaction, le studio G.U.I, en collaboration avec Unefois2, peaufine la maquette, et la Documentation française nous fait l’honneur d’accueillir cet ouvrage au sein de sa prestigieuse maison. Un grand merci à Odile Coppey et à Guillaume Dumont pour leur appui et leur disponibilité...

En voici le pitch :

Le « nouveau management public », né au siècle dernier et inspiré du fonctionnement de l’entreprise, n’est plus adapté aux enjeux actuels, comme le changement climatique, la révolution numérique ou le vieillissement de la population. Ces défis imposent de transformer radicalement la façon dont sont conçues les politiques publiques, et d’aller au delà des méthodes participatives traditionnelles.

Parmi les pistes les plus fertiles figurent toutes les méthodes de co-conception de l’action publique, en constant renouvellement.

Cet ouvrage décrit une trentaine d’initiatives récentes, qui puisent dans le design et l’anthropologie, l’innovation sociale et les logiques d’émancipation, la culture technologique et les arts urbains, l’univers du sensible et de la créativité. Ces projets, dont plusieurs ont été menés sous l’égide de la 27e Région, visent par exemple à ouvrir l’école à la société, lutter contre l’isolement rural, ou répondre aux défis énergétiques.

Vous pouvez également télécharger le dossier de presse de Design des politiques publiques, édition 2010.

Bientôt en vente sur le site www.documentationfrancaise.fr, www.amazon.fr ou à l’aide de ce bon de commande :

PDF - 994 ko
Déc 15 2009

Des résidences à mi-parcours

Billet publié par Stéphane Vincent
Tags: aquitaine , Auvergne , Bretagne , Champagne-Ardennes , Innovation , Provence Alpes Cote d’Azur , Territoires en résidences

Décembre 2009 : c’est l’heure du bilan d’étape pour Territoires en Résidences, le programme d’expérimentations soutenu par la Commission européenne, que nous avons lancé début 2009, et qui se terminera fin 2010. Déjà 7 résidences auront été menées fin 2009, mobilisant une vingtaine de designers, innovateurs sociaux, architectes, chercheurs, sociologues, et plusieurs centaines d’habitants d’Auvergne, Provence-Alpes Côte d’Azur, Champagne Ardenne, Bretagne et Aquitaine. Avec, en invité d’honneur, le Laboratorio per l’Innovazione, projet d’innovation sociale localisé à Palerme.

A télécharger ou à consulter en ligne ici :

Déc 1er 2009

Comment changer le système ?

Billet publié par Stéphane Vincent
Tag : Innovation

Pourquoi est-il si difficile de changer le système, alors que les réponses nous semblent quelquefois tellement évidentes ? Pierre Calame, délégué général de la Fondation Léopold Mayer, y réfléchit depuis longtemps. Il intervenait cet après-midi sur ce sujet (entre autres) lors de la Journées des Pactes Locaux à Poitiers*. "J’ai mis au moins 20 ans à formuler un début de réponse...", dit-il. "Cela fait également des années qu’on parle d’une stratégie de co-production du bien public, rappelle t-il. Mais on n’a presque pas avancé. L’économie sociale et solidaire, par exemple, ne reste qu’une force supplétive de l’économie traditionnelle".

Pour Pierre Calame, on évoque souvent abusivement les résistances partisanes et la force des lobbyings. En réalité, la première raison est bien évidemment que le changement systémique met en cause le système de pensée en vigueur, la façon dont on regarde le monde, les institutions. Suffit-il, par exemple, de combattre les handicaps pour sortir les gens de l’exclusion ? doit-on enfermer les gens dans des solutions pré-formatées, simplement parce que le système en "silos" n’est pas en mesure de répondre à des problèmes nécessairement plus complexes ? Ce qui effraie, c’est que le changement doit intervenir à plusieurs échelles à la fois. Pierre Calame en comptabilise 3, qu’il organise autour de "losanges".

Le losange des acteurs

Il faut à la fois des innovateurs, des théoriciens, des généralisateurs, et des régulateurs ; Les innovateurs sont ceux qui trouvent que le monde ne va pas bien et proposent des actes et des solutions ; mais les innovateurs agissent souvent de façon isolée, et ils continuent à fonctionner dans le modèle dominant. Il nous faut donc également des théoriciens qui s’attachent à proposer un autre système de pensée. "On ne peut pas combattre un système de pensée à mains nues, il faut des théories cohérentes, capables notamment d’opposer une alternative aux supposées sciences économiques qui nous ont amenées au désastre". Les généralisateurs sont ceux qui -tels les médias- assurent le changement d’échelle, "qui font passer le prototype à la grande série". Les régulateurs, enfin, sont ceux qui installent et font évoluer les règles du jeu.

Le losange des échelles

Le changement doit intervenir simultanément au niveau local, national, européen, mondial.

Le losange des étapes

Prise de conscience, vision partagée, alliances et premiers pas. Que faut-il pour qu’une société se mette en mouvement ? la prise de conscience qu’il faut changer est essentielle, mais à elle seule, elle crée de l’impuissance et le risque d’un discours catastrophiste. Il faut également une vision partagée, ce qui fait souvent défaut. Il faut ensuite des alliés, passer des alliances et construire des réseaux, si l’on souhaite vraiment porter ces enjeux au niveau du pouvoir. Il faut enfin définir des premier pas, transformer une première étape.

Changer le système, ou le hacker ?

L’analyse est convaincante. On peut toutefois se demander si le jeu des alliances suffit pour remporter la partie. Pour changer le système, il faut de plus en plus le violer, au sens où l’entend le hacker. Plus généralement, la culture introduite par l’open source et le "libre" ne traverse pas totalement cette analyse. Pour autant, on rejoint facilement l’analyse de Pierre Calame sur l’aspect multi-échelle du changement, et sur cet écosystème entre pratique et théorie, prototype et "grande série".

*Le Collectif national des Pactes Locaux est né en 1996 de la volonté de mise en réseau et de production d’une intelligence collective, à partir d’une cinquantaine expériences locales. Elle est soutenue par La Fondation Léopold Mayer.

On retrouvera en ligne l’intégrale d’une intervention de Pierre Calame en juin dernier.

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