Le co-working à la genévoise
Billet publié par Stéphane VincentTags: coworking , Genève , Innovation , tiers lieux

Fin de semaine à Genève, à l’invitation de Patrick Genoud (en photo, avec Loïc Hay d’Artesi Ile-de-France) et Giorgio Pauletto, animateurs de l’Observatoire technologique de l’Etat de Genève, qui nous accueillaient chaleureusement aux rencontres annuelles de l’observatoire consacrées à l’innovation dans le service public. Nous, c’est : Loïc Hay, Georges Amar, responsable de l’innovation à la RATP -et moi. La journée se déroulait à l’Hepia (Haute école du paysage, d’ingénierie et d’architecture de Genève). Un amphi bien garni, d’intéressantes rencontres et des débats très stimulants sur les nouvelles formes d’innovation.

Une bonne surprise nous attendait également après la conférence, avec la visite d’un nouvel espace de co-working, appelé Muse 2, du nom de la rue où il vient tout juste d’être inauguré le 17 septembre, dans des quartiers commerçants de la ville. En tout, 400 m2 sur 3 niveaux. L’ensemble est financé à 100% par l’Etat.

Certes, à certains étages, le plafond va sembler un peu bas aux geeks de grande taille ;-) mais l’organisation du lieu (un bâtiment du XVIIe siècle devenu ensuite une imprimerie) est très agréable et fonctionnelle. Il dispose même d’un coin cuisine. Avec un peu de peinture et de déco, et en voyant la brasserie qui se trouve juste à l’entrée de Muse 2, on devine déjà que le quartier va devenir un must pour les net-entrepreneurs.

Comme Silicon Sentier avec la Cantine, ou la Mélée Numérique à Toulouse, une association de professionnels préexiste à ce lieu, qui va donc leur servir de point d’attache : ce réseau s’appelle Rezonance, et compte 31 000 membres dans toute la Suisse romande... le site de Rézonance réunirait 28 000 visiteurs uniques par mois ! Rézonance a été créé en 1998, et a organisé 300 conférences "First", libres et gratuites, avec des partenaires académiques, entreprises et ONG. Muse 2 a pour cofondateur Michael Mesfin, sociologue, et est animé par Alexis Moeckli. Longue vie à Muse 2 ! Et on lui souhaite d’ores et déjà un Muse, 3, 4, 5... Grand merci à Patrick, Giorgio, et toute leur équipe pour leur accueil attentionné.

Muse 2 rejoint donc notre "collection" de tiers-lieux (La Cantine à Paris, le Hub à Londres, la Ruche à Paris, la Bo[a]te à Marseille, la Grande Maison dans la Loire, etc), à retrouver sur Flickr.
Rapport d’activité et portfolio 2009
Billet publié par Stéphane Vincent dans la catégorie 27e RégionUn condensé de nos réalisations en 2009 en matière d’expérimentations ([Territoires en résidences]), de prospective régionale, de veille, ainsi que nos principales interventions en France et à l’étranger.
Comment se débarrasser de l’ex-nouveau management public ?
Billet publié par Stéphane VincentTags: admninistration , Innovation

Marjorie Jouen est conseillère à Notre Europe, un think thank dédié à l’unité européenne. Pour elle, qui observe de près l’évolution des politiques publiques européennes, la France est en retard d’une révolution. Dans le prochain numéro de Futuribles, à paraître en décembre, Marjorie signe un article passionnant sur la transformation des services publics, et la fin annoncée du "nouveau management public". On retrouvera cette interview réalisée par Anne Daubrée dans un ouvrage dont nous préparons la sortie pour avril prochain (on vous en reparle bientôt)
Quel bilan peut-on tirer du new public management ?
Marjorie Jouen - Le new public management consiste à appliquer des techniques de l’entreprise dans le secteur public, en utilisant de nouvelles modalités de production, comme la fixation d’objectifs, l’évaluation… Il a abouti à une dégradation de la qualité des services publics, ainsi qu’à un accroissement de l’inégalité d’accès à ces services. Dans le domaine de l’énergie, par exemple, la privatisation a débouché sur une complexité énorme de l’offre. Ce même constat commence à être fait à travers toute l’Europe, y compris par des prix Nobel d’économie et des instances officielles comme l’OCDE. Pire, le new public management a également détruit des valeurs : les services publics qui pré existaient n’étaient pas parfaits, mais de nombreux agents donnaient du temps et de la disponibilité pour palier à ces dysfonctionnements. Aujourd’hui, il n’existe plus de place pour ce type d’ajustements. Des notions comme celle de don et de gratuité sont devenues caduques.
Si plaquer les méthodes du privé ne fonctionne pas, que faut-il faire ?
MJ - Nous devons remettre en cause notre conception de l’intérêt général, ce qui implique de revisiter les processus que nous avons mis en place pour le réaliser. Dans notre héritage des Lumières, l’intérêt général trouve sa traduction dans la loi. Celle-ci est votée par les élus qui représentent le peuple, puis, est appliquée de manière uniforme pour tout le monde. Aujourd’hui, nous continuons d’appliquer ce même schéma. Or, cela ne fonctionne plus ! Il existe de nouveaux sujets transversaux, des lois non appliquées, et surtout, des citoyens plus formés et mieux informés… qui entendent jouer un autre rôle. Ils n’acceptent plus un intérêt général qui « tombe sur ciel », sans explication sur la démarche qui a abouti à tel ou tel résultat. Nous devons donc aller vers des processus de décision publique différents. Il s’agit de passer de la pratique de l’arbitrage à la recherche du consensus, d’un processus linéaire à un processus itératif, en boucle, avec des discussions et des négociations au cours desquelles les citoyens et les pouvoirs publics se considèrent comme des partenaires, chacun doté de compétence, et qui trouvent des solutions ensemble.
Est-ce un changement de valeurs ?
MJ - C’est plutôt une lecture nouvelle de nos valeurs, dans un contexte qui a évolué. La relation à l’autorité évolue. Des principes nouveaux apparaissent et s’imposent, comme celui du partage de l’information, la coopération et la diversité. Il nous faut, par exemple, revoir cette notion. Le pouvoir public doit constamment placer le curseur entre le respect du principe d’égalité et l’exploitation du potentiel que représente la diversité. Jusqu’ici, la manière dont on interprète et concrétise la notion d’égalité a imposé que tout le monde soit soumis au même régime. Or, pour faire fructifier la richesse des particularités, il est nécessaire de tester, d’effectuer des expérimentations sur les territoires. Cette pratique ne fait pas encore partie de la culture. Par exemple, le droit à l’expérimentation, tel qu’il est défini dans la constitution, est cadenassé. Néanmoins, il commence à y avoir quelques pratiques, comme les appels à manifestation d’intérêt, même si ces processus méritent d’être affinés. Bien entendu, il existe des limites à l’expérimentation. Elles sont données par les valeurs : on ne joue pas avec les personnes. Dans le reste de l’Europe, ces pratiques se sont déjà diffusées : cela fait cinq ans que certains pays, comme le Royaume-Uni, ont déjà pris cette autre direction. En France, nous sommes restés sur la mauvaise voie. Il est grand temps de changer de cap.

Le lycée, entre ultra-consumérisme et citoyenneté
Billet publié par Stéphane VincentTags: Lycée , Rhône Alpes , Territoires en résidences

Nous préparons depuis quelques temps une résidence au sein du lycée Gabriel Fauré, à Annecy (voir ce billet). Nouveau déplacement ce mardi 10 novembre pour revoir le proviseur et ses équipes, vérifier l’intérêt de la Région Rhône Alpes pour cette expérimentation, et approfondir le thème choisi. Voici les notes de Julie Bernard, architecte à Lyon, avec qui je faisais la visite.
Notre première visite en Mars dernier avait permis de saisir les sensations d’un lycée trop exigu, avec de petits espaces mal conçus, et une exploitation non-optimum des lieux. Lors de cette seconde visite, le proviseur nous le répète dès notre arrivée, « on manque de place ». Malgré tout, il ne manque pas de la place pour tout, mais majoritairement pour créer, se rassembler, échanger, communiquer en dehors des heures de cours.
Plus largement, la question posée est celle de la citoyenneté au lycée. Comment le lycée peut-il accompagner chaque individu à devenir un citoyen autonome, responsable et créatif ? Quelles identités pour le lycée Fauré ? La citoyenneté est la valeur que souhaite notamment faire partager la Région Rhône Alpes. Mais comment la faire vivre face à la réalité du terrain ?

La culture citoyenne
« Les lycéens viennent consommer de l’heure de cours » dit rapidement le proviseur. Ils viennent consommer leur 10 de moyenne » précise Emmanuel Delessert. Ce dernier définit la citoyenneté comme étant essentiellement une question de culture. La citoyenneté permet aussi de s’émanciper. Il faudrait que du lycée, sortent des hommes et des femmes « en capacité » ? Comment le lycée favorise-t-il alors le goût pour l’intérêt collectif, et les projets de manière générale ? Et comment se protège-t-il du consumérisme des lycéens d’une part, mais aussi celui des profs et du personnel administratif ?
La citoyenneté
Nous notons pendant cette journée que les mots de la citoyenneté ne sont pas évidents, et qu’ils « ne parlent peut être pas beaucoup ». Comment les rendre lisibles, compréhensibles ? Ne pourrions nous pas inventer une nouvelle représentation de ces mots ?
La continuité
Le lycée Gabriel Fauré, comme tout les autres lycées, voient se succéder les lycéens d’une année sur l’autre. Il semble donc difficile de faire perdurer une énergie. Emmanuel Delessert nous explique que « Tout dépend de l’énergie des profs motivés. L’année où l’on est fatigué, il se passe moins de chose ». Au lycée Fauré, certains projets ont fleuri. Il y a la journée Kulte, fin Avril. Mais « la journée Kulte n’est pas un du », et pour qu’elle continue d’exister, il faut de l’investissement. Il y a aussi la vente des petits pains qui permettent, entre autre, à une classe de financer en parti leur voyage en Pologne. Mais parfois la dynamique s’épuise et là encore il semble que certains lycéens ne saisissent pas la persévérance que cela impose. Se pose alors la question de la pérennité des projets. Comment peuvent-ils être portés sur le long terme, alors même que les lycéens se renouvellent chaque année ?
La responsabilisation
Quelques lycéens agissent. « Ils sont très peu nombreux mais très actifs » nous raconte Emmanuel Delessert. Pour autant, monter un projet sous entend une part de confiance accordé aux lycéens mobilisés, et même aux profs les accompagnant. « Il est difficile d’avoir certaines autorisations ». Les législations ne semblent pas faites pour porter les dynamiques créatives de vie lycéenne. La question de la sécurité (horaires inflexibles, lieux non appropriables…) génère de l’inertie dans les prises de décision. Ces comportements contribuent à plonger le lycée dans un rôle fonctionnaliste, d’accueil des élèves en classe.
Une résidence en préparation pour début 2010
Date est prise pour une résidence sur ces thèmes début 2010, sous réserve de l’octroi d’un budget par le lycée et par la Région Rhône Alpes. D’ici là sont prévus deux journées de pré-visites mi-janvier, et si la résidence est confirmée, elle se déroulera de mars à mai prochain.










