Peut-on faire du neuf en matière de prospective territoriale ?
Billet publié par Stéphane VincentTags: Citoyenneté , Créativité , Développement local , Environnement , Lycée , Nord Pas de Calais , prospective , Quotidien , social , solidarité , technologie , Ville
Bretagne 2032, Limousin 2027, France 2020... Nous avions très envie de nous frotter à la prospective territoriale, exercice pratiqué depuis longtemps par quelques dizaines de collectivités françaises de tous échelons. L’occasion nous en a été donnée en Nord-Pas de Calais : nous venons d’explorer avec la Région de nouvelles façons d’élaborer et d’enrichir un exercice de prospective territoriale, mais aussi d’en rendre compte en public. Ca se passait le 14 avril dernier à l’Hôtel de Région du Nord-Pas de Calais, à Lille. Retour sur un mois de préparatifs...
2040 : la vie de 6 ch’tis en images
Comment vulgariser les enseignements d’un travail de prospective et le rendre accessible au delà des cercles d’experts ? Rapidement s’est imposée l’idée de réinterpréter librement les pistes prospectives élaborées pendant un an par les 6 groupes thématiques du collège régional de prospective, l’instance créée par la Région. Pour chaque thème (société de la connaissance, enjeux environnementaux, citoyenneté, etc), nous avons imaginé un personnage queFélix Compère, designer et graphiste, a brillamment mis en images. Romain et moi avons rédigé les textes des voix off. L’enregistrement a été réalisé en une journée, à la Cantine, dans un studio improvisé avec quelques mètres de tissu, et un micro sur pied.

Plusieurs membres de la Fing et quelques amis ont prêté leur voir ou leur visage. Les clips sont conçus à partir de photomontages animés, retouchés à la palette graphique. Du "bricolage de qualité", donc : il ne s’agissait pas de rivaliser avec les studios Pixar... mais au contraire de montrer qu’avec peu de moyens, chacun peut prendre part à l’exercice de la prospective.

Il était également important que le fruit de ce travail paraisse suffisamment crédible (le contenu des clips, conçu sur mesure à partir des enseignements des groupes, est rigoureusement basé sur des faits scientifiques et/ou plausibles), mais que le ton permette aussi de faire passer des impressions difficiles à faire passer dans les rapports, ou des idées délicates à décrire : la ville sécuritaire, l’après-Sangatte et les grandes migrations climatiques à venir. Les 6 vidéos sont sur Youtube et sont visibles ici, sur cette interface originale dégotée par Loïc Hay, ou sur le site de la Fing.

Comment créer du dialogue au sein de l’hémicycle régional ?
Un autre test consistait à introduire des modalités de dialogue au sein du public lors de la soirée de présentation des travaux du collège, le 14 avril. Comment permettre aux cent participants du collège de s’exprimer à tout moment, de commenter librement les interventions, de suggérer des sources ? Pas facile, dans l’enceinte écrasante de l’hémicycle régional, de créer la convivialité nécessaire... Pour ce faire, nous avons légèrement détourné le principe du panneau de micro-blogging expérimenté par nos collègues Charles Nepote et Renaud Francou, du programme Identités Actives. D’abord, en distribuant aux participants des feuilles titrées "A mon avis", sur laquelle ils étaient invités à faire part de leurs remarques à tout instant de la présentation. D’abord timide, le mouvement s’est amplifié et un flux régulier de feuilles annotées sont remontées (commentaires, réactions, sources bibliographiques, questions...), et nous avons pu les distiller tout au long des présentations en les projetant sur un écran spécialement dédié.

Le making of de la prospective régionale
Enfin, nous avions convaincu l’équipe prospective de profiter de la soirée pour lancer un blog décrivant dorénavant en continu l’activité de la direction prospective, de ses travaux en cours, de ses publications, mais mobilisant également la vidéo et la photo. Un outil de "making of", en quelque sort, de l’action prospective de la Région. Un peu de calage est encore nécessaire, mais c’est en tout cas chose faite, la direction informatique ayant mis à disposition ses ressources à cet effet.
Quels enseignements ? A ce stade, les participants du collège régional semblent avoir apprécié les clips, en tant qu’objet à partir desquels ils pouvaient s’exprimer, se positionner, qu’ils pouvaient enrichir ou prendre à contre-pied. Le format a pu désarçonner quelques participants, mais l’équipe prospective semble convaincue qu’elle doit dorénavant être en capacité de travailler sur ce type de format, de mobiliser l’image, la vidéo, l’illustration. Le blog "journal de bord" est encore trop jeune, mais l’équipe semble motivée pour en faire un nouvel outil de travail. A suivre !

Collectif Didattica : "tout architecte devrait être pédagogue"
Billet publié par Stéphane VincentTags: Architecture , capacitation , Citoyenneté , Espace public , Innovation , Minorités
Chaque mois, nous recevons des acteurs mobilisant des méthodes d’action innovantes dans l’espace public, afin d’examiner ces pratiques, de les comparer aux formes d’ingénieries habituelles et d’en tirer des enseignements pour l’acteur public -et pour les Régions en particulier. Ce mois-ci, Léa Longeot et Elise Macaire, du collectif Didattica nous présentaient leurs méthodes, en particulier à travers le travail qu’elles conduisent avec les populations rromanis à Montreuil.
"La finalité, c’est l’émancipation"
Didattica rassemble des architectes, des sociologues, des artistes, des professeurs et enseignants, des étudiants et des chercheurs. A l’origine de la création du collectif, il y a d’abord une critique de l’exercice traditionnel de la profession d’architecte en tant qu’expertise corporatiste, assenée de façon verticale, déconnectée des pratiques et des besoins des populations. "Ce qui nous anime, c’est au contraire de créer du collectif, et d’encourager l’émancipation, au sens de donner l’accès à une parole politique", explique Léa Longeot. Une des références est celle du "maître ignorant", de Jacques Rancière, qui enseigne ce qu’il ignore et permet à ses élèves de mettre eux-mêmes en forme les connaissances. Sur la base de ce principe, chacun peut aspirer à être créateur car "cela s’enseigne". Pour Elise Macaire, "tout architecte devrait être pédagogue".
Un terrain privilégié : les Rroms à Montreuil
C’est sur la question de la reconnaissance des communautés rromanis que Didattica choisit de concentrer une partie de ses efforts. Le travail de Didattica avec les Rroms (appelés souvent en France Tsiganes, Gens du voyage, Gitans, Manouches...) de Montreuil débute en 2004. L’objectif est de créer des outils didactiques qui permettent de transmettre la connaissance des Rroms, en associant les Montreuillois à ce processus. Tout commence par une phase d’analyse : une étude du système d’acteurs est entreprise, à la fois dans le domaine rrom (scientifique, culturel et politique) et dans la ville de Montreuil, à travers des entretiens, des ateliers et une analyse documentaire. Des chercheurs rroms sont contactés afin de créer une coopération. La journée mondiale des Rroms, créée en 1971, est une occasion de démarrer un travail commun. L’idée de didattica est de produire une oeuvre cinématographique, une fiction, qui mette en avant la représentation culturelle des Rroms. Sa réalisation pourra prendre plusieurs années : ce qui compte, c’est le processus collectif qu’il implique, en immersion avec les habitants de Montreuil, et les étapes qui le constituent. Le projet s’appuie sur plusieurs actions pédagogiques dont une qui s’est déroulée dans une classe de CM2. Les élèves ont réalisé un travail très consciencieux de production, depuis la tenue d’un carnet de bord et la réalisation de scripts, jusqu’à plusieurs phases de repérages, tournages et montages, où les enfants -dont des enfants rroms, mêlés aux autres- sont les réalisateurs et comédiens, et dans lesquels est soigneusement effectué un travail de répartition des tâches et de responsabilisation de chacun.
"C’est l’hôpital qui est malade et qu’il faut soigner..."
Mais d’où vient ce modèle fondé sur l’émancipation, si précieuse pour Didattica ? En fait, le modèle théorique sur lequel se fonde leurs travaux part notamment de l’analyse institutionnelle portée par des psychiatres au départ, qui a donné lieu à la psychotérapie institutionnelle, pour penser l’aliénation sociale et psychique. "Le fait marquant est le moment où, dans l’histoire, la psychiatrie de secteur s’est fermement opposée à l’asile de fous, et a ainsi permis le développement de la prise en charge "hors les murs", précise Elise. Elise rappelle qu’en Italie, il y a eu un autre courant qui s’est appelé "l’anti-psychiatrie" qui prônait la fin de l’institution "hôpital psychiatrique". Ce mouvemement a montré, avec le temps, ses limites. Le mouvement de la psychothérapie institutionnelle en France est né en particulier pendant la guerre d’Espagne et la lutte contre le franquisme, avec l’arrivée notamment d’un psychiatre catalan, François Tosquelles. A rappeler qu’environ 40 000 personnes sont mortes de faim dans les asiles psychiatriques durant la 2e guerre mondiale, obligeant les autorités sanitaires à refonder leur modèle.
Dans ce schéma, réel, symbolique et imaginaire sont les trois fonctions que distingue le psychanalyste, Jacques Lacan pour définir la structure de l’inconscient. Didattica propose de réinterpréter ce modèle à travers le triangle physique, social et mental provenant du premier mot d’ordre de fondation de l’association "l’architecture est le moyen de la prise de position de tous et de chacun dans le monde physique, social et mental". Ces trois fonctions correspondent à trois processus "matérialisation, organisation et conception". Et si nous relions ces notions au projet rrom de didattica, nous retrouvons les lieux quotidiens avec Montreuil, l’espace public avec les Rroms et les territoires existentiels avec le travail de représentation culturelle. "L’architecture devrait être un outil pour que chacun, quel qu’il soit, puisse trouver sa place dans l’espace formé par ce triangle", explique Léa.
Mais dans le quotidien du métier d’architecte, ça donne quoi ?
En fait, ce type d’approche donne une importance toute particulière à la fonction de programmiste, introduit par la loi sur la Maîtrise d’ouvrage publique (MOP) de 1985, chargée d’accompagner le maître d’ouvrage dans la définition de sa commande et de la maîtriser tout au long de la construction. "C’est à ce stade, avec les programmistes, qu’il faudrait conduire de vrais exercices de co-conception avec les habitants. Or l’exercice actuel s’apparente plus souvent à de la simple concertation...", déplore Léa. En fait, le travail de co-conception conduit par Didattica avec un "peuple de France minorisé" comme les Rroms, exprime ce qu’il conviendrait de faire avec toute population...
Et les technologies, dans tout ça ?
Didattica ne prétend pas maîtriser tout le potentiel du blog et du web 2, mais ça n’est pas un souci. Les Rroms sont rompus à l’usage des technologies mobiles, et aux moyens de communication. Pendant les tournages avec les élèves, de l’appareil photo numérique jusqu’au téléphone mobile, les technologies trouvent naturellement leur place entre les mains des enfants, elles participent d’une panoplie plus large d’outils, de médias et de moyens d’arriver à des fins.
Les autres influences
Outre Lacan et la psychothérapie institutionnelle, Didattica s’inscrit dans une histoire d’interventions bien réelles, comme celles des luttes urbaines telles celles de l’Almagare de Roubaix. D’autres collectifs d’architectes décrivent avec didattica de nouvelles pratiques professionnelles des architectes, comme le collectif italien Stalker* -ou encore le collectif Le Bruit du Frigo que nous avions reçu à la Cantine. Il y a une véritable constance dans ces projets, dans lesquels le travail en immersion, l’effort de "capacitation" (doit-on vraiment préférer le terme anglais "d’enablement" ?) sont des éléments essentiels.
*Fondé en 1993 à Rome, le collectif Stalker a développé une réflexion sur le territoire urbain en pratiquant des « dérives urbaines », véritables traversées des creux de la ville. Stalker entretien par exemple avec la petite commune de Faux La Montagne, en Limousin, une liaison durable, depuis plusieurs année, qui l’amène à travailler avec les habitants sur des projets innovants, créatifs et collectifs....
Le développement local italien mise sur les individus
Billet publié par Anne DaubréeTags: Créativité , Développement local , Europe , Innovation , technologie
Projet numéro 1 : confier les touristes à des « anges gardiens », les habitants de Naples, ville qui séduit mais impressionne… Projet numéro 2 : proposer aux vacanciers navigants d’acheter dans un endroit convivial basilic et les autres aliments produits localement, lors d’une escale dans le port de la Spezia, puis repartir avec les recettes associées…
La base : des individus
Quelques 85 projets prennent aujourd’hui corps sur Kublai, un réseau social sur internet, mis sur pied par le Ministère pour le développement de l’économie italien, en mars 2008. L’objectif consiste à faire émerger les initiatives susceptibles de participer au développement local. Avec un parti pris : « nous nous adressons à des personnes » insiste Alberto Cottica, project manager de Kublai. Concrètement, « nous aidons les porteurs de projets à définir précisément leur idée, à identifier les ressources nécessaires, et à « avoir fait les comptes » même si le projet n’est pas forcément rentable au sens strictement économique, s’il comporte une valeur sociale, par exemple. Mais nous ne voulons pas les formater »complète-t-il. Une fois le projet bien défini, l’équipe de Kublai le présente auprès d’entités publiques ou privées qu’il pourrait intéresser. En revanche, pour éviter d’attirer des projets raclette à subvention, les financements directs ne sont pas prévus.
Une communauté et des experts
« La véritable richesse de Kublai tient dans la capacité auto-organisatrice du groupe qui s’est créé » d’après Federico Bo, un ingénieur informaticien. Lui même fait partie du « team » d’un projet et apporte des aides ponctuelles à quatre autres. Et ainsi de suite…De fait, une véritable communauté s’est constituée : 700 personnes constituent les unes pour les autres un vivier de compétences (informatique, créativité, design, artistes….). Ce système « permet une accélération des collaborations entre les individus. Autrement, cela serait beaucoup plus compliqué » témoigne Federico Bo. S’y ajoute l’expertise du Ministère, qui informe, par exemple, sur les possibilités de financement des projets. Au total, deux personnes à plein temps animent le réseau, aidées d’une petite dizaine de membres de la communauté, dont les interventions ponctuelles et bénévoles, sont à présent rémunérées. Et les interactions passent par tous les canaux jugés utiles : la plateforme du réseau social elle même, Second life…
Les collectivités locales s’agrègent
C’est tout à fait volontairement le « laboratoire pour les politiques de développement », une microstructure du ministère pour le Développement économique, qui permet de décider et de financer des projets de manière souple, a choisi de baser le projet sur les initiatives des individus. Marco Magrassi, l’un des commanditaires du projet Kublai au sein du ministère, souligne les difficultés de travailler sur une logique de partage dans les administrations, et ajoute : « Maintenant que le projet Kublai est bien assis, nous élaborons des protocoles d’accord avec des collectivités locales qui veulent en bénéficier ». Des régions sont sur les rangs. La ville de Modena a déjà franchi le pas. Bref, avec un investissement de 300 000 euros sur un an, Kublai a réussi le pari de constituer une communauté foisonnante de projets, dispersée sur le territoire national. Aujourd’hui, les premiers projets sont entrain d’être présentés à de potentiels partenaires, à Milan et Naples. Seul souci, des zones géographiques restent vides de projets, notamment dans le sud de la péninsule. Or, parmi les objectifs du projet figure le développement du Mezzogiorno. « Le réseau social se déploie de façon autonome. Nous ne le maitrisons pas. Nous allons essayer de le faire connaître dans ces endroits » admet Marco Magrassi. L’invention de nouveaux outils de politique publique ne se fait pas en un jour.
La 27e Région, bonne pratique européenne
Billet publié par Stéphane Vincent dans la catégorie 27e RégionTags: Créativité , Ecole , Europe , Innovation , Politique publique
Le Comité des Régions, la voix des régions européennes auprès de l’Union européenne, vient de sélectionner la 27e Région à l’occasion de l’Année européenne de la créativité et de l’innovation pour son projet "Territoires en Résidences" conduit en partenariat avec SEP (Strategic Design Scenarios - DIS Indaco Politecnico di Milano). La lecture des autres projets retenus (70 au total) est très intéressante. On notera en particulier que de nombreux projets visent à stimuler la créativité chez les jeunes : Valencia Crea (Espagne) auquel ont participé 4000 jeunes depuis 9 ans, "Bollenti Spriti" dans la Région des Pouilles (Italie), des activités créatives dans les écoles d’Helsinki (Finlande) où l’on "apprend en faisant", des séminaires de créativité ("Kreativakademien Niederösterreich") pour les jeunes de 12 à 19 ans dans la Région de Lower Austria (Autriche), la ville de Irun (Espagne) qui met à contribution 1300 jeunes pour produire 350 idées innovantes pour 2020, et last but not least, nos amis de la Région Extremadure (Espagne) avec Initative Joven qui carbure depuis 2004 etque nous avions eu le plaisir de recevoir...
Les projets de cinq Régions françaises sont également retenus : l’incubateur pour entrepreneurs sociaux "Alter’Incub" à Montpellier en Languedoc Roussillon, la Bretagne pour son travail sur les entreprises innovantes, la vallée de l’Image en Poitou Charentes, la démarche Design’In en Pays de la Loire qui sera présentée le 20 avril à Bruxelles, et le pôle Imaginove de Rhône Alpes.
Rencontre avec les animateurs des Pactes Locaux
Billet publié par Stéphane VincentTag : Développement local
Rencontre très intéressante avec les animateurs du collectif des Pactes Locaux, qui vise à "dégager les principes et les méthodes d’un développement local mobilisateur suscitant des territoires vivants", avec quatre objectifs : Augmenter la cohésion sociale, la solidarité, la qualité de la vie démocratique ; Transformer la conception et l’exercice du pouvoir ; Révéler des capacités ; Contractualiser une concertation effective.
Comme me l’explique Martine Théveniaut, qui a pris contact avec moi, notre rencontre fait partie d’un exercice qu’affectionne particulièrement les membres du collectif : repérer des acteurs, et organiser des réunions informelles, dans toutes les régions. Notre conversation tournera d’ailleurs autour de nouvelles formes d’intervention locale et de l’innovation territoriale.
Petite présentation des participants :
Martine Theveniaut est déléguée générale des Pactes Locaux*, et participe au comité de pilotage de Lux’09, une manifestation internationale consacrée à l’économie sociale et solidaire et qui réunissait 700 personnes en avril dernier.
France Joubert, ancien secrétaire régional de la CFDT Poitou-Charentes, est l’un des principaux créateurs des groupements d’employeurs (Ils sont 5000 en France et regroupent 35 000 salariés), créés en Poitou-Charentes et qui devraient connaître une nouvelle jeunesse avec la crise. Il préside le tout nouveau Centre Européen de Ressources des Groupements d’Employeurs.
Alain Laurent est consultant, spécialiste du tourisme responsable. Il intervient en France et dans le monde entier sur de nouveaux modèles de tourisme "durable".
Bruno Racine est l’un des animateurs des clubs "Partenaires pour Agir". Agissant à l’échelon interrégional, les Clubs « Partenaires pour Agir » sont ouverts aux représentants des collectivités territoriales, aux acteurs de l’entreprise, des réseaux associatifs, des réseaux d’expertises et de l’éducation, aux représentants de l’Etat, aux professionnels et militants du développement local … Pour eux, ils sont un outil d’aide à la décision et à l’action.
Judith Hitchman, enfin, est irlandaise, elle parcourt l’Europe pour découvrir de nouveaux modèles de développement local.
Le Metalab 3D explore les territoires de demain
Billet publié par Anne DaubréeTags: Formation , Innovation , Politique publique , prospective , technologie
100 millions d’ados sont inscrits à Habbo Hotel un univers virtuel qui leur est consacré. Des entreprises, comme le Crédit Agricole, dans le Sud-Ouest, organisent des conférences sur Second life, un autre monde virtuel. Une université belge, celle de Bruxelles, y donne régulièrement des conférences. Or, passée l’effervescence médiatique, l’intérêt pour les mondes virtuels s’est dissipé. Pourtant, les enjeux pour les pouvoirs publics sont très importants, notamment en terme de formation, d’urbanisme ou encore de participation. Pour Hugues Aubin, chargé de mission TIC à la ville de Rennes, et l’un des piliers duMetalab 3D, Il y a là un nouvel espace qui ajoute une dimension aux territoires, avec des modes d’interaction nouveaux qui se constituent.
Coup d’arrêt au statique En juillet 2007, l’Artesi Ile de France, l’agence régionale des technologies et de la société de l’information, et la ville de Rennes, ont mis en place le Metalab 3D, un dispositif de veille et d’expérimentation destiné à permettre aux acteurs publics à trouver leur rôle dans ces nouveaux espaces. Elles ont été rejointes par d’autres partenaires. L’ile achetée par l’Artesi sur Second life, l’un de ces mondes virtuels, a deux vocations : d’une part, mettre à disposition des parcelles pour héberger des initiatives portées par les acteurs publics, et, d’autre part, se servir d’un espace commun pour mener des expérimentations qui impliquent différents acteurs, des rencontres. Au bout de plus d’un an, Hugues Aubin apporte un premier constat : « les projets quasi statiques ne fonctionnent pas ». Ainsi, par exemple, l’office du tourisme virtuel de la région Midi-Pyrénées, a cessé ses animations. L’internaute était supposé découvrir les ressources de la région, mais les évènements n’étaient pas suffisants.
Des opérations avec les acteurs du territoire En revanche, les espaces communs abritent de plus en plus d’évènements. Exemple : pour la seconde année consécutive, les rencontres d’Autrans, qui réunissent des acteurs publics qui se mobilisent sur les enjeux de l’Internet, ont intégré de nouveaux participants, via Second life. Ces individus, simplement connectés à Internet, étaient présents sur l’ile du Metalab 3D sous la forme d’un avatar. Ils ont assisté aux débats (la vidéo était projetée en direct sur l’ile) et ont participé en envoyant des messages écrits aux personnes réunies à Autrans. Leurs textes étaient vidéo-projetés sur un écran de la salle de conférence physique. Autre exemple, les Transmusicales de Rennes se sont déroulées aussi sur Second Life. Le projet était porté par l’organisateur du festival et la ville de Rennes. Dans les deux cas, ils ont permis d’expérimenter des nouvelles formes de rencontres, où monde physique et monde virtuel s’interpénètrent. « Les évènements qui se déroulent sur l’ile du Metalab sont plus souvent portés par des acteurs du territoire, et non par les territoires eux mêmes. Cela peut fonctionner, quand un territoire fait savoir à ces acteurs qu’ils ont cette possibilité. Sauf, bien sûr, pour les villes pionnières qui assument complètement cette dimension, comme Stockholm. » analyse Hugues Aubin.
Veille et constitution d’un réseau Autre volet de la mission du Metalab 3D : la veille internationale sur les initiatives liées aux territoires, qui se déroulent dans les mondes virtuels. On les retrouve sur le blog, nourri notamment par Jean-François Lucas, doctorant en Sociologie à l’Université de Rennes 2, où il effectue des recherches sur les villes numériquement augmentées. « A l’étranger, certaines collectivités ont déjà investi ce champ, par exemple dans l’urbanisme, ou dans l’enseignement supérieur. Cette veille nous permet à la fois de repérer les projets, et d’être en contact avec des personnes qui ont déjà acquis de l’expérience dans ce domaine » remarque Hugues Aubin. Et c’est également ce que permettent les expérimentations qui se déroulent sur l’ile du Metalab 3D : tisser un réseau entre des individus, qui, dispersés dans les administrations et sur le territoire, s’investissent personnellement et expérimentent ces nouvelles pratiques basées sur la collaboration. Outre à constituer un vivier de compétences, ce réseau est déjà précieux : les contributions des volontaires s’ajoutent à des ressources du Metalab 3D, limitées à l’ile sur Second Life, et à du temps de disponibilité de Loïc Haÿ,pour l’Artesi , et à du temps de disponibilité de Hugues Aubin, pour la municipalité de Rennes.
Repenser le projet urbain : le collectif Didattica à la Cantine le 21 avril
Billet publié par Stéphane VincentTags: Architecture , Quartier , Quotidien , Territoires en résidences
Léa Longeot et Elise Macaire animent le collectif d’architectes Didattica, basé à Paris. Elles viennent nous parler de leur travail et de leurs méthodes d’action, le mardi 21 avril à 14h. Leur intervention sera précédée d’une présentation de l’actualité du programme d’expérimentations de la 27e Région, Territoires en Résidences. L’intervention aura lieu à la Cantine. L’inscription est nécessaire, il suffit de cliquer sur ce lien (20 places maximum)
Après la Région Estremadure, puis le collectif Le Bruit du Frigo, nous poursuivons notre tour des nouvelles méthodes d’action publiques avec le collectif Didattica. L’association didattica est un collectif créé en 2001 au sein de l’Ecole nationale supérieure d’architecture de Paris La Villette. Elle rassemble aussi bien des étudiants de différents champs que des architectes, des sociologues, des artistes, des professeurs et enseignants, que des chercheurs.
A partir d’ateliers pédagogiques et participatifs de création, d’événements culturels et scientifiques, de recherche, de publications, Didattica cherche à encourager le développement de la sensibilité à l’architecture et à l’aménagement. Elle vise à soutenir les acteurs de la vie scolaire, associative, politique et les habitants dans l’appropriation de leur environnement, dans le développement de connaissances et dans la participation à des projets. Didattica nous parlera notamment de ses actions à Champigny sur Marne, et de l’étonnant travail réalisé avec les rroms à Montreuil.
Il s’agit, pour les membres de Didattica, de donner accès à la création, en tant que celle-ci permet l’apprentissage de savoirs et savoirs faire, l’émancipation individuelle, et favorise ainsi une citoyenneté créative. La méthode de didattica peut être résumée autour de deux orientations : la pédagogie du projet et le projet pédagogique.
Région Ile-de-France : les associations à la rencontre du numérique
Billet publié par Stéphane VincentTags: Associations , Citoyenneté , Démocratie , Développement local , Ile-de-France , Paris , Quartier , solidarité , Ville , Web2.0
La Région Ile-de-France organisait en novembre dernier une journée dédiée au rôle nouveau des outils et médias numériques dans la vie des associations franciliennes. Près de 500 personnes y assistaient. Les actes viennent seulement d’être mis en ligne, mais cette attente est bien récompensée par de nombreux comptes-rendus, photos et vidéos de cette journée très dense.

L’atelier que j’animais portait sur l’irruption des outils numériques dans le débat public. Plusieurs témoignages (Bondy Blog, la Télé Libre, Christophe Grébert) convergeaient pour montrer à quel point l’autonomie des habitants et citoyens (la "capacitation" dont Philippe Aigrain se fait l’écho) pouvait aujourd’hui passer par la maîtrise du langage audiovisuel et numérique, la capacité à s’exprimer via un blog ou un podcast, et qu’il y avait là le terreau de nouveaux projets collectifs. L’un des rôles possibles pour la Région pouvait alors consister à encourager, démultiplier par tous moyens -en particulier à travers le tissu associatif- cette capacité des habitants franciliens, à bloguer, filmer leurs vie, leurs aspirations, leurs problèmes.
Les participants à cette table ronde : Dorothée Browaeys, Vivagora, qui a pour objectif de promouvoir une culture de débat sur les questions scientifiques et techniques ; Céline Braillon et Bruno Lestienne, Adels, lieu d’échange et de propositions pour le développement de la démocratie locale ; Nordine Nabili, directeur de l’agence Proxiprod et rédacteur en chef du Bondy Blog ; Olivier Blondeau, sociologue, étudie les usages de l’Internet et plus précisément, les usages politiques et militants du réseau ; John Paul Lepers, directeur de l’Information de La « TéléLibre », télévision citoyenne sur internet ; et Christophe Grebert, animateur du site "webcitoyen", qui vise à défendre le droit d’expression et à favoriser l’émergence du débat public dans les villes françaises.
A noter ce site, "Projets citoyens", créé dans le prolongement de cette journée par la Région Ile-de-France et destiné à mettre en réseau et capitaliser l’ensemble des efforts mis en oeuvre par les associations franciliennes.
L’urgence du développement durable impose une mutation des structures publiques
Billet publié par Anne DaubréeTags: Environnement , Formation , Politique publique , technologie , transport
S’il devait n’y en avoir qu’une, la crise de la planète est sans doutes la priorité à laquelle devraient s’attaquer des sociétés par ailleurs profondément remodelées par les technologies de l’information. Gilles Berhault est président d’ACIDD, association communication et information pour le développement durable, qui s’est fixé pour but de diffuser les idées, tisser des liens et expérimenter des nouvelles formes de collaborations, autour des enjeux du développement durable. Comment les pouvoirs publics doivent ils innover, pour faire face à cet enjeu vital, en tenant compte des opportunités induites par les technologies de l’information ? Réponse de Gilles Berhault, en préparation du comité d’orientation de la 27e région.
La hiérarchie en cause « Le développement durable, touche des sujets comme la mobilité, la gestion des bâtiments, l’éducation… ». C’est un sujet transversal qui se heurte l’organisation des structures publiques. « C’est flagrant lorsque l’on voit les difficultés de la mise la place d’agendas 21 dans les collectivités, difficultés auxquelles ils faut ajouter la complexité de partage de compétence entre les différents échelons territoriaux » constate Gilles Berhault, Pour changer, « il faut aller vers un management de projet qui réunisse des compétences autour d’un but, et non en mode hiérarchique, en mode fonction, comme c’est le cas actuellement » poursuit-il. Par ailleurs, « Le développement durable ne se décrète pas » : il passe nécessairement par une participation des individus. En cela, pointe Gilles Berhault, le développement durable relève de la même logique que les technologies de l’information, qui permettent aux individus de s’engager. La logique horizontale, « c’est celle de fédérer, tisser des liens entre les énergies, de stimuler d’innovation ». C’est ce à quoi s’emploie Acidd. Dans ce cadre, l’association prépare une rencontre internationale pour mettre en réseau les acteurs actifs en matière de développement durable, et qui se tiendra l’an prochain. Et les structures publiques locales ont leur rôle à jouer. « La rencontre sera très orientée territoires, car cette échelle est essentielle. Il faut se relier à un territoire physique. Sinon, on se limite au déclaratif, car on ne peut rien mesurer » juge Gilles Berhault.
Formation ou mutation ? L’adaptation des structures publiques au changement passe aussi par une importante action de formation. Formations différentiées, car « l’une des difficultés, c’est que tout le monde ne change pas au même rythme » précise Gilles Berhault. Des générations et des individus aux aptitudes différentes vont cohabiter longtemps. Ce sont des compétences nouvelles qu’ils faut acquérir, avec des formations permanentes (Celui qui s’occupe de mobilité doit connaître à la fois les technologies de l’information et le développement durable, par exemple), et, même, la création de nouveaux métiers. Il pourrait s’agir, par exemple, de « e-leaders en développement durable » actifs sur le territoire. Le rôle de ces personnes serait d’être des « passeurs d’idées » autonomes, qui connaissent développement durable et tic, et qui travaillent pour sensibiliser, éduquer, permettre l’appropriation et l’intégration de ces logiques dans les collectivités. Ils seraient également là pour rassurer. Une idée à l’étude avec la 27e région. Mais le propos de Gilles Berhault va plus loin. « Les acteurs publics doivent se former, mais surtout, il est nécessaire qu’ils deviennent réellement utilisateurs de ces outils technologiques, par exemple, en utilisant des outils collaboratifs, et qu’ils aient une démarche active personnelle en matière de développement durable. On ne peut pas avoir un rôle politique si on ne pratique pas personnellement, car on ne parle pas ici de technologies, mais d’un véritable changement de comportement. Il faut avoir du courage, celui de changer ses habitudes. »
Courage, impertinence et hybridation des lieux : les clés de l’innovation publique par Luc Gwiazdzinski
Billet publié par Anne DaubréeTags: Développement local , Formation , Innovation , Politique publique
Logiques de réseau qui heurtent les logiques de territoire, désynchronisation des temps et éclatement des lieux … Luc Gwiazdzinski, géographe, pointe ces tendances lourdes en conséquences pour les politiques publiques. Maitre de conférence à l’Université Joseph Fournier de Grenoble, il est l’auteur de différents livres, comme « La Ville 24 heures sur 24 », ou encore « Les villes malléables », contribution à l’ouvrage « Futur 2.0 ». Impossible de citer toutes ses activités. Sortant du cadre de la recherche pure, Luc Gwiazdzinski a, par exemple, fondé en 2001 une « Maison du temps et de la mobilité », à Belfort. Comment doivent innover les politiques publiques pour s’adapter à cette nouvelle donne ? Premiers éléments de réponse de Luc Gwiazdzinski, en préparation du comité d’orientation de la 27 e région.
Du courage et un nouveau regard
« Il y a du courage à avoir. L’innovation, c’est l’obligation de prendre des risques ». C’est d’abord en adoptant une posture nouvelle que les pouvoirs publics peuvent parvenir à piloter les changements sociétaux, pour Luc Gwiazdzinski. Car il faut faire du territoire « un lieu où l’on se rencontre ». Et il revient au politique de mettre en place les conditions de l’échange. « Aujourd’hui, il y a un manque d’enthousiasme parmi les acteurs du développement local. Il faut donner aux politiques publiques les moyens de se régénérer » estime Luc Gwiazdzinski. Car l’innovation passe par un regard nouveau, l’exploration de nouveaux champs. :« La question du temps est importante et pas seulement celle de l’espace. C’est à la mobilité qu’il faut s’intéresser, et non aux transports. Et il ne faut pas oublier le numérique… ». Une réforme du CNFPT , permettant aux agents de la fonction publique territoriale d’appréhender ces nouvelles logiques, faciliterait cette transition. Il s’agit également de se donner les moyens, en se dotant, au niveau régional, par exemple, d’une fonction recherche et développement, qui dispose de réels moyens de mener des expérimentations, d’agir.
Des plates-formes d’innovation
L’innovation ne passe pas seulement par un changement du regard, mais par une modification profonde de la gouvernance, par « la mise en place de processus d’intelligence collective ». Concrètement, il s’agirait de « plates formes d’innovations multi-scalaires, capables de croiser l’observation et la sensibilisation, la co-construction, et l’expérimentation, y compris en utilisant l’expertise citoyenne, et pas seulement celle technique » estime Luc Gwiazdzinski.. Le design serait mis à contribution pour rendre les projets attractifs, pour construire de véritables espaces de dialogue. Car, c’est un fil rouge dans les propos du géographe, l’innovation passe par le brassage. Il faut croiser le public et le privé, le central et le local, il faut laisser une place aux créatifs, artistes compris. Le géographe croit à l’importance des « lieux hybrides » et des « personnes », quel que soit leurs champs de compétence. « Dans les régions, il faut identifier les personnes qui ont envie de construire, dans tous les domaines, et bâtir un dispositif simple pour les accompagner, leur donner la possibilité de déployer leurs projets sur la durée. L’impertinence doit être valorisée » conseille-t-il. Si les territoires ont tout intérêt à échanger entre eux, le rôle de l’Etat n’en disparaît pas pour autant. Bien au contraire. La Diact devrait exercer un véritable rôle d’aménagement du territoire, notamment pour traiter le sujet de l’étalement urbain. Et elle pourrait mener une politique de labellisation de ces plates formes d’innovation, afin de systématiser les initiatives.


















