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Avr 29 2012

Managers publics : que pensent-ils du design thinking ?

Billet publié par Stéphane Vincent
Tags: Design , Politique publique

Comment, au sein des organisations publiques, les dirigeants et élus qui les ont testé perçoivent-ils l’application du design thinking et de l’innovation sociale dans l’élaboration de leurs politiques ?

En filigrane, c’est une des questions auxquelles nous sommes confrontés dans la conduite de notre programme la Transfo depuis son lancement en juin 2011. Simuler, comme le prévoit ce programme, la présence d’un laboratoire d’innovation au sein de l’organisation est pour nous l’occasion de mieux comprendre les motivations, tout comme les barrières psychologiques à l’adoption de modes de fonctionnement radicalement différents de ceux des administrations.

Jour 4-Restituer les propositions imaginées pour Lycéo

En attendant un travail de recherche plus systématique, nous collectons ça et là les témoignages des directeurs généraux des services de Régions avec lesquelles nous travaillons -ici Patrick Jouin en Pays de la Loire, Gérard Ruelle en Champagne Ardenne, Yves Duruflé en Nord-Pas de Calais- et ceux de présidents et d’élus de Régions avec lesquels nous travaillons. Qu’ils nous pardonnent s’il ne s’agit pour l’instant que d’une compilation de témoignages entendus au fil de nos rencontres et travaux... Ces propos souvent pris sur le vif nous semblent utiles pour nous faire d’ores et déjà une idée de leur état d’esprit et progresser.

Voici, sans ordre particulier, ce qu’ils nous disent de ces approches :

Se reconnecter avec l’utilisateur. "Après des années passées en mairie, en arrivant à la Région, ma frustration de ne plus être en contact avec l’utilisateur était très grande.", déclare Gérard Ruelle, qui prône le développement d’une plus grande "maîtrise d’usages", à côté de la maîtrise d’oeuvre et d’ouvrage. Une idée qui va dans le sens des démarches d’immersion, d’observation participative et de co-conception menées avec les utilisateurs et habitants dans les méthodes mobilisées dans la Transfo.

Dépasser les méthodes de management classiques. L’évaluation, en particulier, est souvent citée. "Nous avons besoin d’approches davantage centrées sur la qualité de la conception, plus en amont, et pensées dans une logique d’amélioration continue", dit Gérard Ruelle. Le design thinking peut justement jouer ce rôle : alors que l’évaluation classique examine après-coup la qualité du cadre logique -c’est à dire l’interdépendance entre objectifs/réalisations/moyens/effets attendus-, le design thinking l’anticipe dès la conception, et résonne par amélioration incrémentale essai/erreur. Yves Duruflé invite quant à lui à réinterroger d’une façon plus générale le sens du management appliqué aux services publics, de son efficacité réelle.

Visualiser et tangibiliser. Comme le souligne Patrick Jouin, "rendre compréhensible des choses complexes n’est pas quelque chose que l’on apprend dans nos organisations". Montrer la part d’invisible dans le processus de construction d’un lycée, utiliser illustrations, schémas et dessins pour rendre préhensible un processus administratif ou un ensemble de données, c’est s’assurer d’une meilleur compréhension collective. Le rapport de 300 pages n’est décidément pas le meilleur moyen de créer du consensus dans un groupe...

Représenter

Anticiper et prévenir. Quand des équipes s’immergent sur le mode "ethnographique" dans un bourg, un quartier ou un équipement public, concourrent-elles à repérer des signaux faibles, à identifier des problèmes que l’institution n’aurait pas vu ou en tout cas à mieux les formuler, à repérer des solutions possibles ? C’est ce que pense Jean-Paul Bachy, président de la Région Champagne Ardennes, qui y voit une "capacité d’anticipation/prévention qu’il faudrait explorer", et "des méthodes actives de remontée de l’information".

Muscler la transversalité. La transversalité, c’est le graal des managers... la compétition est âpre pour savoir quel sujet sera plus transversal que les autres ! En embarquant élus, agents et citoyens dans un même exercice de recherche-action, bienveillant et orienté vers la production de résultat, la Transfo semble agir comme un moyen de muscler la conversation entre les services et entre les élus, ce que confirme Jean-Paul Bachy : "Le dialogue élu/services est toujours très institutionnel, mais le fait qu’ils aillent ensemble solliciter un regard sur la manière dont ils mettent en place les politiques permet un échange. La capacité d’innovation des équipes peut être stimulée et valorisée."

jour3-La Visite : préparation et sensibilisation au journalisme

La plus value du prototypage rapide. "L’idée d’expérimentation n’est pas simple, ni sur le plan juridique, ni sur le plan politique, car la moindre initiative de la Région est prise comme un geste fort, irréversible, que chacun va prendre comme acquis", explique Patrick Jouin. D’où l’idée de créer un cadre précis, et de donner un statut particulier à des "micro-expériences" qu’entreprendrait la Région à titre de test, mais qui ne l’engageraient pas à les mettre en œuvre. A titre de comparaison, ce n’est pas parce qu’un constructeur automobile conçoit un concept-car qu’il va forcément le produire en série ensuite !

Cette dernière dimension semble très importante pour les managers mais aussi les élus. Patrick Jouin propose l’idée de "simulateur de politique publiques", une démarche permettant de simuler l’expérience d’une politique publique, d’essayer un dispositif du point de vue du citoyen, de l’agent ou de l’élu, des acteurs de la chaîne de production des politiques publiques. En assemblée générale de la 27e Région, Jean-Pierre Masseret, Président de la Région Lorraine, décrit la 27e Région comme un "banc d’essai" des politiques régionales. Autant d’idées que nous avions commencé à explorer dès notre résidence au sein de la Région Nord-Pas de Calais.

Toutes ces observations vont dans le bon sens. Elles ne doivent pas cacher les difficultés réelles qui restent à surmonter ; sont-ils prêts à aider leurs agents à se former durablement à ces approches ? les micro-réglages sur lesquels débouchent souvent les démarches de design trouveront-ils grâce à leurs yeux ? Pour cela il faut encore travailler sur leur compréhension de ce qu’est le design, pour dépasser l’apriori seulement esthétique. Patrick Jouin nous conseille d’être plus explicite sur le fait que le design appliqué aux politiques publiques n’est pas un luxe, un accessoire, un bidule créatif de plus, mais qu’au contraire il est consubstantiel à la modernisation de la gestion publique, qu’il permet d’éviter des gaspillages, des erreurs, des pertes de temps et d’argent. Un avertissement pour tous ceux qui pensent qu’il suffit d’animer un "workshop créatif" pour changer la donne...

Avr 24 2012

Territoires en résidences : Retour sur les projets

Billet publié par Léonie Ferry

Tout a commencé en 2009. La 27e Région lançait son premier programme : "Territoires en Résidences". La démarche consistait à envoyer une équipe pluridisciplinaire en résidence au sein d’un équipement, d’une institution ou d’un espace public (lycée, maison de santé, gare, institution régionale, espace numérique local, quartier, réseau d’acteur lié par une politique publique… ) afin d’interroger un problème donné, de développer des propositions d’amélioration et de tirer de l’exercice une expertise permettant de réinterroger les politiques à plus long terme.

Bien qu’à chaque résidence, un livret ait été publié, (ensemble des livrets ici) bien des projets imaginés voire prototypés dans le temps imparti sont restés lettre morte au-delà de leur structure d’accueil. Considérant que certaines propositions pourraient être développées, que d’autres pourraient être répliquées mais surtout qu’elles sont porteuses de réflexions pertinentes et que leur simple relecture pourrait permettre de relancer des débats, nous les avons ressorties de leurs étuis pour les présenter sous un nouveau format.

Voici donc quatre cartographies thématiques qui permettent d’appréhender d’une manière globale toute la matière issue de ces résidences. Comme aucune proposition n’a le même degré de définition (certaines sont des ébauches de projets ou des idées écrites sur un coin de table, d’autres ont été maquettées voire testées en vraie grandeur), les cartographies tentent de les hiérarchiser afin d’en donner une lecture la plus objective qui soit.

82 projets sont là, témoignant du fourmillement des équipes en résidences. La richesse des propositions est maintenant à portée de clic pour qui voudrait les reprendre, les prolonger.

Certains projets ont déjà trouvé leurs développeurs : UserStudio, qui a conçu Service Lab - application effective de « la bourse à projet » - qui permet aux habitants des Hauts-de-Garonne d’esquisser un service pour leur territoire via une plateforme en ligne ; Perrine Boissier, qui a concrétisé certaines réflexions issues de la résidence de Wazemmes sur l’appropriation de l’espace public et notamment l’idée d’ « espaces qui parlent » dans le projet « La Veilleuse » ; La 27e Région, qui s’est lancée dans un nouveau programme intitulé « La Transfo », imaginé lors de la résidence au sein du Conseil régional de Nord-Pas-de-Calais (ici). Il vise à concrétiser l’existence de laboratoires d’innovation au sein des régions.

Avec ces cartographies, la 27e Région s’affirme ainsi comme un laboratoire ouvert ayant l’envie de mettre à profit le travail réalisé pour le bien commun.

Avr 7 2012

Et si on lançait des réseaux d’échanges réciproques de savoirs ?

Billet publié par Léonie Ferry
Tag : RERS

Il y a une semaine se tenaient à Paris les journées de l’innovation de l’Education Nationale. Consacrées à exposer des projets innovants réalisés dans les écoles, collèges ou lycées, j’y ai découvert les RERS, réseaux d’échanges réciproques de savoirs. L’atelier que j’ai suivi était animé par Claire Heber-Suffrin, docteur en psychosociologie des groupes en éducation. Il visait à nous faire découvrir ces réseaux, leurs modes de fonctionnement, leurs bénéfices.

un RERS, Qu’est-ce que c’est ?

Les Réseaux d’Echanges Réciproques de Savoirs sont nés il y a 40 ans environ, sous l’impulsion de Claire Heber-Suffrin. Ces réseaux visent l’échange de savoirs et de savoir-faire entre individus, tout rapport d’argent étant exclu. Le principe des RERS est simple. L’échange de savoirs s’effectue sur le mode de la réciprocité ouverte : toute offre suppose une demande et toute demande est accompagnée d’une offre à plus ou moins long terme au sein du réseau. Très proches des SEL (système d’échange local), les RERS s’en distinguent au sens où ils visent exclusivement l’échange de savoirs. Les échanges de services ou de biens y sont exclus.

Les premiers RERS se sont constitués au sein de villages ou de villes. Encore d’actualité, ces réseaux ont pour particularité de mettre en relation des personnes habitant un même territoire. L’échange de savoirs concerne alors absolument tout : cuisine, musique, informatique, langues, sport … Avec le temps, certains réseaux se sont établis dans des sphères plus spécifiques : la sphère scolaire (à l’échelle d’une classe, d’un établissement) ou la sphère professionnelle (au sein d’une entreprise ou d’un service). Dans ces cas, l’échange de savoirs y est plus spécifique. Dans une classe, par exemple, les savoirs échangés concernent des compétences à maitriser. Les élèves listent leurs différentes compétences à mesure qu’ils les acquièrent et deviennent ainsi "référent". Ils sont alors à même d’aider un de leur camarade s’il en fait la demande. En entreprise, l’échange peut concerner des méthodologies, des savoirs-faire liés aux technologies, des expertises.

Quels bénéfices ?

Les réseaux d’échanges de savoirs sont utiles car ils permettent de rompre avec des sentiments profondément ancrés d’incapacité et de peur devant des savoirs en se mettant d’une part en situation de demander un accompagnement et d’autre part de transmettre ce que l’on sait à d’autres. La honte ou la peur de ne pas savoir disparaît au profit de l’épanouissement d’apprendre et de transmettre ! Dans le cadre d’une classe, l’élève n’est plus uniquement connu par ses besoins, ses manques, ses difficultés, mais aussi par ses ressources. Dans un milieu professionnel, le cadre donné par les RERS permet d’oser demander de l’aide à ses collègues. Il permet de favoriser les liens et donc les échanges entre services, entre structures.

Un RERS dans une collectivité territoriale ?

Aller toquer à la porte du voisin et solliciter son collègue sur un problème informatique n’est pas un problème : alors pourquoi un RERS ? Lorsqu’une personne est face à un manque de savoir-faire important, il est gênant de demander à son collègue de prendre le temps de le transmettre. Plus le temps d’apprentissage d’un savoir est long, moins il est facile de faire appel à la générosité d’autrui. Dans le monde professionnel, la plupart des gens finissent donc par faire faire la tâche par quelqu’un d’autre ou utilisent les moyens qui sont les leurs. Dans le premier cas, la personne renonce à acquérir plus d’autonomie, dans le second, elle se contraint à utiliser des savoirs connus et renonce à apprendre, à progresser. C’est ainsi que les pratiques professionnelles se figent. À l’inverse si on favorisait la fertilisation croisée, les pratiques évolueraient, les méthodes s’enrichiraient.

D’où les RERS : la mise en place d’un cadre d’échange permet de tirer parti des savoirs de chacun dans une logique d’éco-système. Dans un service ou une administration, un RERS pourrait permettre d’insuffler une dynamique d’échange, de créer de l’intelligence collective, de miser sur la fructification de pratiques ingénieuses. Instaurer un temps d’échange de savoirs pourrait permettre de faire découvrir des choses à ses collègues (logiciels, méthodes) et pourrait également inciter à réfléchir sur les pratiques en cours. Si des professionnels (professeurs des écoles) se sont déjà emparés de cet outil, il n’est pas insensé d’imaginer la même chose pour une collectivité. Effaçant tout rapport de hiérarchie ou de statut, un RERS permettrait en outre d’encourager l’échange entre les services et entre les fonctions.

Mar 30 2012

Community organizing : former au pouvoir d’agir

Billet publié par Stéphane Vincent

Près de 600 personnes en séminaire pendant 3 jours dans une fac de Vaulx-en-Velin, et pour une fois, (quasiment) pas d’ordinateur ni de smartphone pour twitter l’événement... voilà qui change, et même qui repose un peu ! Le collectif Pouvoir d’Agir et la Chaire Unesco "politiques urbaines et citoyenneté" organisaient du 14 au 16 juin une grande conférence internationale sur le "community organizing", phénomène anglo-saxon dont l’un des représentants les plus illustres est Barack Obama lui-même, formé à ces pratiques de "mobilisation citoyenne" à Chicago. L’occasion de mieux comprendre des méthodes de mobilisation venues d’outre-Atlantique.

Le vrai pouvoir, c’est celui de faire agir

Le séminaire alternait pendant trois jours des conférences scientifiques données par les meilleurs spécialistes francophones et anglo-saxons, et des ateliers pratiques organisés autour de plusieurs méthodes : l’approche DPA (Développement du pouvoir d’agir individuel et collectif), animé par Anda DPA, l’intelligence collective en thérapie sociale animé par ATIC (Actions pour des territoires d’intelligence collective), le projet Cause Commune, le programme Divers-Cité par Asmae, la marche pour la dignité et contre la pauvreté, et le projet ECHO (Espace des communautés et des habitants organisés), selon la méthode "Alinsky". Difficile de tout suivre... revenons sur deux des méthodes décrites, et pour certaines testées en atelier.

La méthode Alinsky, tout d’abord, qui tient son nom d’un sociologue américain co-fondateur de l’Ecole de Chicago, mort en 1972. A Grenoble, le collectif ECHO l’a mis en oeuvre à partir de 2011, dans le but de construire un contre-pouvoir local destiné à être progressivement étendu à l’échelle de l’agglomération. ECHO compte 8 personnes, dont plusieurs se sont d’abord formées à Londres. La structure ne s’appuie sur aucun financement public, mais mobilise des crédits octroyés par la Fondation Abbé Pierre. L’objectif est de fédérer des colères très diverses : celles des femmes de ménage épuisées par des cadences de travail infernales, celles d’habitants écrasés sous le poids de loyers devenus trop élevés, celles de parents assistant à la dégradation des études dirigées à l’école, ou encore de jeunes artistes tenus à l’écart des équipements culturels "officiels". La méthode Alinsky a permis de former un collectif en suivant plusieurs étapes : 1/ La formation des leaders sociaux, 2/ Le développement relationnel, 3/ La mise en action, et 4 / La négociation. La phase d’identification et de formation des leaders sociaux, en particulier, est essentielle : au cours d’un test réalisé en groupe durant l’atelier, ECHO demande par exemple aux participants de prendre la parole pour exprimer quel a été, dans leur vie, l’élément déclencheur de leur engagement, l’événement qui a été décisif dans leur démarche personnelle : par exemple un sentiment de révolte lié à un événement personnel, ou une rencontre marquante (l’un des participants cite sa rencontre avec Lucie Aubrac). Ce travail collectif sur l’expérience de vie des participants permet à chacun "d’atteindre son moteur personnel", et de reconnaitre collectivement les leaders dans le groupe. Quant à la phase de développement relationnel, elle vise à systématiser la recherche de relation par le face à face, à aller au devant des autres pour créer la confiance. La mise en action, c’est agir et donc vaincre les 4 peurs qui inhibent et empêchent d’agir : l’isolement ("tout seul je n’y arriverai pas"), le manque d’expérience ("je n’ai jamais essayé"), l’inutilité ("ça ne servira à rien") et l’impuissance.

Autre méthode : la thérapie sociale. Elle part du postulat d’un corps social désagrégé à force d’être "saucissonné", d’un sentiment général d’impuissance, et se décrit comme une thérapie du lien. "Seul, on ne peut pas penser ce qui nous arrive. Il y a quelque chose qui soigne dans le groupe", précise Elsa Bonal (Actions pour les Territoires d’Intelligence Collective). Le problème est souvent que pour traiter de la précarité, on n’e cherchera pas l’avis des précaires...l’objectif est donc de réunir, comme l’entend Jacques Rancière, les compétents et les incompétents, le savoir érudit et le savoir profane. On parle aussi de "composer un groupe". Plusieurs participants décrivent des cas d’utilisation de cette méthode, par exemple pour traiter des conflits dans des quartiers dits "sensibles", et tenter de faire changer les regards entre tous les protagonistes : policiers, parents, adolescents, commerçants... le rapport de force fait partie de la méthode, et les divergences sont nécessaires pour la réussite de l’approche. "L’objectif est de rétablir la confiance que chacun a de ce qu’il sait, et du fait qu’il est nécessaire au sein du groupe.". L’animatrice agit comme une experte du processus, pas du thème traité. Elsa explique : "Il y a une étapes où tous les stéréotypes tombent, chacun est nu. C’est une phase d’errance, où le groupe tatonne, est en quête de sa propre énigme". Un participant témoigne de l’impact qu’a eut cette méthode sur lui : elle lui a redonné confiance dans sa capacité d’agir, "d’ouvrir sa gueule", et lui a prouvé que les gens étaient capables de changer de regard.

Il aurait fallu suivre également toutes les interventions scientifiques pour aller plus loin. Voici néanmoins quelques impressions que pouvaient inspirer ce passionnant séminaire.

Le design pour passer à l’action ?

Le "raffinement" des méthodes présentées répond bien à la volonté croissante de mieux outiller la participation citoyenne, en allant bien au-delà des simulacres participatifs souvent provoqués par l’institution. Mais si elles semblent très efficaces pour créer du collectif, elles semblent peu diserts sur le passage à l’action : que disent-elles de nouveau sur la transformation du diagnostic partagé, à la solution ? Les promoteurs de la thérapie sociale, par exemple, insistent beaucoup sur le moment quasi "extatique" où les regards se transforment dans le groupe, mais ne décrivent pas de méthode qui permettrait de s’assurer qu’une solution tangible suivra, qu’il n’y aura pas statut quo. Peut-être l’alliance entre thérapie et design pourrait-elle palier ce manque ?

Quel projet politique pour le community organizing ?

Au-delà des méthodes, il y a le projet politique : or il y a une très grande marge entre l’utilisation du "community organizing" pour construire des contre-pouvoirs comme le conçoit Saul Alinsky, et celle contribuant à l’auto-organisation de la société civile pour pallier au désengagement de l’Etat comme le conçoit Cameron dans sa "Big Society"... Le "community organizing" doit-il contribuer à améliorer les services publics, ou au contraire précipiter leur déclin, déjà largement entamé ? Le "community organizing" sert-il une culture libértarienne ? Jusqu’où les services publics doivent-ils servir de cible ? Faut-il alimenter le rapport de force ou la confiance ? On notera à cet égard que même l’ex-président Clinton, dans un ouvrage récent, invite ses concitoyens à "cesser de taper sur les pouvoirs publics", principal chance selon lui de préserver le bien commun qui nous unit...

Du community organizing à la coproduction ?

Il n’y a pas que dans la société civile qu’existe le besoin de récréer du collectif et du sens : le besoin est tout aussi fort au sein de la puissance publique et des entreprises. Refonder le contrat social passe par une remobilisation collective à tous les étages...

Citons pour terminer provisoirement cette participante, au terme du séminaire : "Mon rêve ? c’est un territoire, une équipe, et hop, elle se démerde !"

Mar 28 2012

La veilleuse, naissance et maturation d’un concept

Billet publié par Flore Berlingen
Tags: Design , expérimentation , Territoires en résidences

Il y a un an, Perrine Boissier participait à la résidence "Habiter ensemble" organisée par la 27e Région dans le quartier de Wazemmes, à Lille. De cette expérience d’immersion et d’échange local est né le concept de la veilleuse, développé d’abord dans le cadre d’un projet d’études. Alors que la Veilleuse commence à voyager, change de mains et devient un projet local et incarné, nous retrouvons Perrine. Retour sur la naissance et maturation d’un concept, par l’échange entre le design et son environnement.

La Veilleuse, "tremplin de l’initiative locale"

A la fois espace physique, réseau et groupe d’habitants, la Veilleuse est implantée dans un quartier, où elle combine les rôles de relais d’information, de médiateur et d’animateur. Elle est aussi, et surtout, un support actif qui permet aux habitants de prendre part à la vie de leur quartier et qui révèle les compétences et savoir-faire présents localement. Plusieurs outils facilitent cette production et diffusion d’activités locales, dont la "Veilleuse-map", une cartographie en ligne des équipements et événements de toute une ville. La Veilleuse-map est diffusée également "hors ligne", directement sur le terrain par les veilleuses de chaque quartier.

Fécondité de l’immersion

Perrine nous explique les échanges avec les habitants du quartier de Wazemmes, à l’occasion de la résidence de 2011, lui ont permis de mettre en forme l’idée de la Veilleuse. Une forme de réponse à des questionnements nés pour certains lors de cette semaine, et pour d’autres bien auparavant, au gré de la découverte de nombreuses et diverses initiatives, de l’association "le début des haricots" à Bruxelles, jusqu’à "Adopter un arbre" de Gaia Carabillo. A Wazemmes, la rencontre avec Pierre Brasseur, initiateur du lieu ressource Brico’zem en est un exemple : "leur idée de fédérer, révéler et servir un territoire plutôt qu’une cause m’a semblé se distinguer fortement des activités associatives classiques". L’expérience de cette immersion à Wazemmes a aussi montré l’importance pour de telles structures de rester indépendantes de l’image de la ville. Même s’il peut être soutenu directement ou indirectement par les pouvoirs publics, l’espace est autonome et doit être géré par les habitants du quartier. Il devient en fait un médiateur entre les services de la ville, les politiques locales, et les citoyens et leurs projets.

Par les rencontres qu’elle a provoquées, l’immersion a permis à Perrine d’imaginer la Veilleuse et de réaliser ses premiers schémas de fonctionnement. Elle a aussi été le point de départ d’une réflexion de fond sur les mécanismes d’appropriation d’un quartier par ses habitants.

Comment s’approprie-t-on son quartier ?

Qu’est-ce qui fait que l’on se sent étranger ou au contraire partie intégrante de son quartier ? Pour Perrine, la source principale du lien social, c’est la confiance, nécessaire aux échanges. Elle a noté à Wazemmes que le quartier communiquait essentiellement par l’oral, que l’échange humain direct était riche et indispensable à la création de liens entre les habitants ou de projets communs. La fluidité des échanges n’est cependant pas toujours au rendez-vous, alors qu’elle peut être facilitée par des outils numériques, des plateformes d’échange en ligne. Le numérique restant excluant, comment faire pour que l’espace physique relaie l’espace numérique ? La traduction sur le territoire de cette fluidité en ligne est au coeur des recherches de Perrine, et la Veilleuse-map est une première piste de solution. Ces réflexions rappellent celles de l’équipe de la résidence de la 27e Région à la Ruche de Rennes qui cherchait en 2010 à lier le numérique à la vie quotidienne. Un autre des principes fondateurs de la Veilleuse vise à favoriser l’appropriation du quartier par ses habitants : toute initiative produite ou portée par la Veilleuse dépend de la participation, même très légère, des habitants. A l’opposé d’une logique de prestation, la co-création est au coeur de toutes les activités de la Veilleuse. Les projets n’existent que si les habitants le veulent et se les approprient.

Diffuser sans dupliquer

Par essence, la Veilleuse est un projet ancré dans un territoire, sa duplication mécanique n’est pas possible. Dès le départ pourtant, le concept est pensé comme un réseau, supposant une forme de passage à l’échelle. Perrine explique qu’il s’agit avant tout de rendre profitables à d’autres les outils développés sur un territoire. Inspirée par le développement du logiciel libre, elle essaye donc de développer le "code-source" d’outils mis à disposition en logique ouverte. Parmi les prochaines étapes du projet, la réalisation de manuels, codes-source de projets comme la réalisation d’un jardin partagé, l’organisation d’un Réseau d’Echanges Réciproques de Savoirs (RERS), d’un pédibus ou d’une crèche parentale dans le quartier. Au-delà des retours d’expériences et conseils pratiques, ces manuels sont dotés d’outils directement réutilisables (cartes à détacher, modèles de documents).

Le design "habilitant"

Enfin, parce qu’elle estime que son rôle de designer consiste à proposer des outils et des règles de jeu permettant à chacun de participer à un projet, Perrine a travaillé pour les Veilleuses sur la réalisation de plusieurs "boîtes à outils". Comment faire tomber les barrières qui empêchent les citoyens de se sentir capables d’agir, de produire ou créer ? En créant par exemple un langage symbolique basé sur l’idée de réseau de constellations et permettant de retranscrire et expliquer graphiquement tout projet d’activité ou d’animation. Cette identité graphique est donc à la fois un univers poétique qui renvoie à l’idée de réseau bienveillant à l’échelle d’un quartier ou à l’activité de veille d’information, et un outil de communication appropriable par les usagers.

Autrement dit, c’est l’une des composantes d’un "design habilitant". Bien sûr ce langage suppose un effort initial d’assimilation, mais celui-ci peut être facilité par le travail des veilleurs de quartier, médiateurs-animateurs dont le rôle pourrait se dessiner au travers d’un premier test de mise en place d’une Veilleuse sur le terrain... à Wazemmes ! La boucle est bouclée, et l’aventure de la Veilleuse ne fait que commencer. (A suivre)

Présentation de la veilleuse présentée avec scénarios d’usages :

Mar 25 2012

Appliquez la prospective !

Billet publié par Romain Thévenet
Tag : prospective

Ce samedi, réflexion autour de la prospective appliquée, lors d’un atelier organisé par Etopia, le think-tank du parti Ecolo à Bruxelles.

Cet atelier animé par Hadelin De Beer, conseiller politique, visait à nous familiariser avec la méthode de prospective de l’Institut Jules Destrée dont nous avions rencontré il y a quelque temps une des collaboratrice : Charlotte Demulder.

Nous n’étions que six participants, témoignant du peu d’intérêt que suscite encore la prospective, mais ce petit groupe a permis de favoriser des échanges riches et très constructifs.

Meblo, la fabrique de meubles du futur

Etant donné le tour de table composé essentiellement de militants écolos et de salariés d’associations, Hadelin nous a d’abord proposé de partir d’un exemple fictif éloigné de nos problématiques : "Imaginons que nous sommes le Conseil d’Administration d’une entreprise de 30 salariés, produisant du mobilier en bois. A partir de là, nous avons en charge d’imaginer l’avenir de notre entreprise en 2050".

Après que chacun s’est exprimé sur sa vision pour l’entreprise, nous avons pu constater que nous n’étions pas tous familiers avec cet exercice et que chacun amorçait la réflexion sous un angle différent : soit par les enjeux pour l’entreprise, soit par des visions de ce que devrait être la structure dans 40 ans, soit par la stratégie qu’elle devrait adopter…

Nous avons choisi d’appeler notre entreprise fictive Meblo (meuble en Espéranto). Après différents échanges, notre formateur nous a proposé d’appliquer à notre exemple un cheminement précis : Annoncer un diagnostic prospectif, des postulats et des enjeux clairs, nous permettant d’en tirer des visions. Puis pour aller vers ces visions en 2050, il ne nous restait plus qu’à construire des axes stratégiques et les traduire en actions concrètes pour aujourd’hui.

Dès cette mis en bouche, nous avons pu retrouver dans cette méthode les logiques du backcasting dont Christian Bason nous avait déjà parlé ici.

La prospective par tous les sens

Partir d’un cas concret et tenter de répondre à ces différents items (diagnostic, postulats, enjeux…), même de façon partielle nous a apporté un premier aperçu de la méthodologie. Lors de cette journée s’est posée (comme souvent dans les cas que nous croisons) la question des objets produits par un exercice de prospective. Selon Hadelin, il y a trois façons de se projeter :

  • "Est-ce que ça te parle ce que je veux dire ?" renvoie à l’oralité, et en partie à l’écrit qui raconte.
  • "Est-ce que tu vois ce que je veux dire ?" renvoie à la question de la visualisation à l’image qui représente.
  • "Est ce que tu sens bien ce que je veux dire ?" renvoie à la question sensorielle ou kinesthésique qui permet de ressentir les choses.

70% des gens seraient plutôt sensibles à la visualisation (ce qui plaide dans le sens de la 27e Région qui prône une représentation visuelle du futur), mais pour ne pas oublier les autres, Hadelin préconise de toujours se demander "En 2050, qu’est ce que je vois, qu’est ce que j’entends, et qu’est ce que je ressens ?

Le cas d’"Ottignies-Louvain-la-Neuve 2050"

Si nous avons appliqué la méthodologie de l’Institut D’estrée à une entreprise fictive de fabrication de mobilier, Hadelin s’est basé sur son expérience dans la conduite de l’opération Ottignies-Louvain-la-Neuve 2050 (OLLN2050) pour aller plus loin dans la réflexion. Cette commune wallone, est quasiment sortie de terre dans dans les années 1900, grâce à une gare importante au carrefour de lignes ferrovières de Bruxelles, Namur, Charleroi et Louvain. Le comité de pilotage représenté par Jean-Louis Dethier, Michel Goffin, Nadine Fraselle et Hadelin de Beer (crédits photo : lesoir.be)

Cette démarche qui dure depuis bientôt 3 ans, a associé lors d’ateliers successifs pas loin de 200 personnes du territoire en suivant cette méthodologie de "prospective de terrain".

La 27e Région est passée par là, puisque les vidéos de "Ma vie de Ch’ti en 2040" ont été présentées aux groupes de travail pour leur montrer la nécessité d’établir des visions ! Pour autant, la production des visions a été plutôt textuelle, les organisateurs n’ayant pas assez de financements pour s’essayer à la production de vidéos.

Hadelin nous raconte comment la démarche qui "faisait rigoler" lorsqu’il la présentée au départ, a petit à petit séduit de plus en plus de personnes, amenant même les financeurs à regretter après coup de ne pas l’avoir plus soutenue.

A la question du choix des participants, Hadelin concède : "on a recruté comme on pouvait". Comme dans tous ces exercices, ce sont d’abord les "intellectuels", ceux qui aiment réfléchir, qui lisent, se documentent, et en particulier les "alternatifs" qui s’intéressent à cette réflexion. Mais si on peut mobiliser ces publics sans trop d’effort, il suffit de penser d’autres formes de présentations (spectacles, vidéos, stands etc.) pour sensibiliser un plus grand nombre de citoyens.

Comment résister aux temporalités politiques ?

Comme dans nos réflexions autour du programme de la Transfo, la question se pose de faire survivre les visions construites lors d’un mandat politique à d’éventuels revirements politiques. La prospective demande une vision à l’horizon 2050 là où le mandat politique est de 6 ans. Pour pallier à ce problème Hadelin propose au moins 2 solutions :

  • associer l’opposition du mandat en cours lors de la construction des visions.
  • au-delà, associer à la réflexion les citoyens, qui seront la mémoire de l’exercice de prospective.

Voilà deux considérations qui peuvent nous inspirer dans la construction de nos futurs labos d’innovation régionaux.

La prospective appliquée, un outil de conduite du changement

La journée ayant pour objectif de se familiariser avec une prospective dite "de terrain" (prospective appliquée serait plus juste, puisqu’elle n’est pas très immersive…) voici la méthode en 7 étapes de l’institut Jules Destrée résumée en un schéma.

Au delà de la pertinence ou non des visions que nous avons rapidement construites pour notre entreprise fictive, nous nous sommes rendus compte à quel point une méthode de prospective pouvait être un outil de projet et de management au sein de n’importe quelle structure : entreprise, association, ou collectivité. En effet ses bénéfices sont multiples :

  • à condition de se projeter suffisamment loin dans le temps, elle permet de se libérer des contraintes et être plus créatif, penser imaginer des solutions différentes ;
  • elle permet de se donner un cap, et d’apporter de la cohérence dans un projet, tout en pouvant argumenter son choix et évaluer son avancée ;
  • Enfin elle permet de rassembler, d’élargir le cercle des décideurs, de construire de l’intelligence commune.

Même si les participants ne se sentent pas d’appliquer directement cette méthode à l’issue d’une seule journée dans leur structure, ils repartent tous ravis de cette expérience, comme nous le raconte Valaire dans cette vidéo :

Mar 22 2012

Nouvelle étape pour la 27e Région

Billet publié par Stéphane Vincent dans la catégorie 27e Région

Mardi 14 mars se tenait notre première assemblée générale, en tant qu’association nouvellement créée après 3 ans d’incubation à la FING. L’arrivée d’élus régionaux dans notre gouvernance est une véritable reconnaissance, et une étape importante pour nous. Dix Régions étaient représentées, la plupart par des présidents de Régions ou des vice-présidents : Jean-Paul Bachy (Champagne Ardenne), François Bonneau (Centre), René Souchon (Auvergne), Jean-Pierre Masseret (Lorraine), Myriam Cau (Nord-Pas de Calais), Sylvie Robert (Bretagne), Solange Ménival (Aquitaine), Christian Paul (Bourgogne)... nos principaux partenaires, la Caisse des Dépôts et l’Europe via la Datar assistait à l’assemblée. Voici ce qu’on peut retenir des débats.

Le nouveau bureau de la 27e Région : Christian Paul (Président), Jean-Paul Bachy (vice-Président), Jacques Auxiette (vice-Président), Myriam Cau (vice-Présidente), Sylvie Robert (vice-présidente), Daniel Kaplan (secrétaire), Jean-Marie Bergère (trésorier)

Une association pour quoi faire et à quel prix ?

Devenir une association dédiée devenait une nécessité, par lisibilité et dans le but de nous doter de nouveaux moyens. Mais cette création posait des questions de liberté d’action et d’autonomie : c’est par sa capacité à prendre des initiatives que s’est développée la 27e Région, par exemple en proposant aux Régions des méthodes d’intervention différentes. La présence d’élus régionaux dans notre conseil d’administration -dont des présidents- doit nous permettre de gagner en influence et en capacité d’initiative, et non ajouter du protocole ni de la lourdeur.

Se posaient également des questions de périmètre : de fait, nous travaillons quotidiennement avec tous types d’acteurs pour peu qu’ils interviennent à l’échelle régionale, et soient des partenaires habituels de la Région. Mais notre travail se concentre sur l’organisation administrative régionale et les politiques régionales. Sur ce point, notre conseil d’administration souhaite pour l’instant qu’hormis les personnalités individuelles qui y sont conviées, les adhésions se concentrent sur les Régions. Onze d’entre elles ont déjà adhéré ou sont sur le point de le faire.

Inventer une alternative au "nouveau management public"

Les débats montrent que le consensus est total sur la volonté d’inventer des modèles d’innovation alternatifs au "nouveau management public".

  • Solange Ménival, vice-présidente de la Région Aquitaine, décrit l’innovation comme la disparition du cloisonnement qui prévaut aujourd’hui entre les acteurs locaux, et invite à une plus grande latéralité, comme le propose Jeremy Rifkin dans son dernier ouvrage ;
  • Il faut créer des formes de "recherche-action" dans les Régions : Jean-Pierre Masseret, président de la Région Lorraine, voit là une forme de "bancs d’essai des politiques régionales" à inventer. Jean-Paul Bachy, président de la Région Champagne Ardenne, y voit une méthode active de prospective et d’évaluation orientée usagers, basée sur une plus grande pluridisciplinarité
  • Comme Christian Paul, Myriam Cau, vice-présidente de la Région Nord-Pas de Calais, s’étonne que l’innovation publique demeure un impensé, que l’institution ait autant de mal à s’appliquer à elle-même la réflexivité et le devoir d’innovation qu’elle préconise aux autres : entreprises, associations, collectivités.
  • L’expertise-utilisateur est l’un des ferments de ces nouvelles approches : Christian Paul constate que les agents apprécient cette façon de remettre du sens dans leur travail, de repartir de leurs pratiques réelles et de celles des populations. Jean-Paul Bachy ajoute que cette implication des services ne va pas de soi, et que le dialogue élu/services est toujours très institutionnel ; mais le fait qu’ils aillent ensemble solliciter un regard sur la manière dont ils mettent en place les politiques permet un véritable échange, qui transforme radicalement les regards ;
  • Comme Jean-Paul Bachy, président de la Région Champagne-Ardenne, Sylvie Robert, vice-présidente de la Région Bretagne, souligne qu’il y a un manque de savoir-faire méthodologique à combler en matière d’innovation et de participation.
  • Pour autant, en se référant au dernier ouvrage d’Armand Hatchuel et Blanche Segrestin "Refonder l’entreprise", Daniel Kaplan fait l’hypothèse que c’est parfois du côté des acteurs publics que peuvent le mieux s’inventer de nouvelles manières d’innover, basé sur un projet collectif et sur la coopération avec les usagers, que l’on ne retrouve plus dans bon nombre d’entreprises
  • Daniel Kaplan pose également la question des relais de la 27e Région, qui ne peut pas grandir démesurément : peut-on former des relais, internes mais aussi externes à l’institution régionale, dont les citoyens ? La 27e Région peut-elle former les consultants ?

Au bout du compte, chacun voit bien que l’innovation publique est un sujet politique, qui va bien au-delà de la seule application d’un ensemble de méthodes issues du design et des sciences humaines. La 27e Région peut témoigner après plus de trois ans d’expériences que de nombreux obstacles restent à franchir, souvent très tangibles :

Comment limiter la perte en ligne ? La 27e Région produit de nouvelles connaissances qui ne sont pas encore assez partagées : les enseignements d’une expérience menée avec une Région ne sont pas suffisamment diffusés : il faudrait participer aux commissions ou aux groupes techniques de l’ARF, intervenir dans une réunion de directeurs généraux des services ;

Comment passer de l’expérimentation à la réalisation ? La 27e Région réinterroge des problématiques, et co-conçoit des solutions possibles : mais il revient aux politiques de s’assurer qu’elles sont réellement mises en oeuvre ;

Comment dupliquer ? Les propositions ne sont pas "clonables" ; la participation locale est indispensable pour que la méthode soit réutilisée, amplifiée, améliorée ;

Une bataille culturelle Comment essaime-t-on dans la tête des décideurs et agents publics ? Quel effet d’influence ? Comment obtenir que la parole des agents soit vraiment libérée, sans autocensure, et qu’ils aient le temps et l’état d’esprit pour participer à ces méthodes ? L’idée d’un programme dédié de formation-action, en partenariat avec le CNFPT ou l’INET, fait son chemin...

Le texte d’orientation voté en assemblée.

Le communiqué de presse.

Fév 5 2012

Le design des concepts politiques

Billet publié par Stéphane Vincent
Tags: Europe , Politique publique

Est-il possible de repenser un projet politique à partir de ses usages -en somme, d’en faire le design ? Le Comité des Régions, qui est l’assemblée des représentants locaux et régionaux de l’Union européenne, en fait le pari et veut l’appliquer au concept de "gouvernance multi-niveaux".

Qu’y a t-il donc derrière cette expression imprononçable ? Une idée simple : constatant qu’aucun problème ne peut se traiter à un seul niveau, il faudrait admettre que chaque échelon puisse apporter sa contribution à la résolution de ce problème. La gestion de l’eau, par exemple, devrait s’exercer depuis l’échelle du quartier jusqu’aux grands bassins versants européens. C’est donc une approche qui privilégie la concertation active plutôt que les seuls accords institutionnels, et qui cherche à dépasser les silos habituels.

Le problème est que ce concept, qui progresse pourtant dans les esprits, peine à s’imposer chez nos décideurs, particulièrement à l’heure de la crise. Cette approche ambitieuse reste complexe à appréhender -jusqu’à son nom, qui a largement contribué à la marginaliser. Pourtant, on sent bien la portée possible de cette approche, qui fait écho à la volonté de réconcilier les citoyens avec une Europe qu’ils ne comprennent plus. On voit également les alliances possibles avec les promoteurs de l’opendata, puisqu’elle aura besoin d’un partage exceptionnel des données.

Est-ce parce que le design est bien adapté au traitement des sujets écosystémiques ? Ou bien est-ce l’hypothèse que seul un travail de création collaboratif peut en venir à bout ? Toujours est-il que le Comité des Régions a décidé de se lancer dans une expérience de quelques mois, pilotée par notre partenaire Strategic Design Scenarios, et dont l’objectif est de raisonner en termes d’usages : comment rendre ce concept "actionnable", comment un élu local, un agent, un citoyen vont-ils concrètement s’en saisir ? Ce travail, qui vient de débuter et auquel la 27e Région est associé, va passer par des phases de co-création de scénarios et d’expérimentations locales, associant des élus, des citoyens, des décideurs locaux, nationaux et européens dans plusieurs pays d’Europe. Rendez-vous avant l’été pour faire le point !

Pour en savoir plus sur la gouvernance multi-niveaux, lire cet avis de nos amis des Pactes Locaux.

Jan 29 2012

Péril jeune à l’auberge espagnole (2/2)

Billet publié par Stéphane Vincent
Tags: Espagne , Innovation , social

Petit bonus au compte-rendu de notre voyage d’étude d’octobre dernier en Espagne sous la forme de 4 vidéos réalisées par Xavier Figuerola (Talking Things) et Charlotte Rautureau de la 27e Région.

D’abord Ravier Perez, designer de services et fondateur de l’agence Funky Projects à Bilbao. Que faire lorsque le client d’un exercice de participation veut bien acheter le côté "funky", mais ne veut pas assumer ce qu’implique un exercice réellement participatif ? C’est ce que nous raconte Ravier, encore tout retourné par une expérience un peu décevante avec une collectivité basque.

Laia Sanchez, du Social Media Lab, évoque le projet Citilab et la façon dont elle essaie d’associer les habitants dans la conception des services qui leur sont destinés.

David Perez Garcia du collectif PKMN (prononcer pacman), pratique l’architecture participative. Il explique les objectifs du projet "Ciudad crea Ciudad", la ville crée la ville.

Federico Campos, chargé de mission de feu Iniciativa Joven, décrit le rôle qu’a joué le cabinet dans la "création de capacité" et la culture de création et d’entrepreunauriat, et ce dès le primaire.

Jan 29 2012

Péril jeune à l’auberge espagnole (1/2)

Billet publié par Stéphane Vincent
Tags: Espagne , Innovation , social

Chose promise, chose due : moins de trois mois après notre voyage d’étude en Espagne consacré aux politiques locales innovantes vers les jeunes (18 au 20 octobre dernier), en voici le compte-rendu orchestré par Charlotte Rautureau, Hubert Guillaud pour l’essentiel des articles, Xavier Figerola à la mise en page et pour les vidéos, et le concours de tous les participants*.

Au menu, la fraîcheur d’Utopic_US, tiers-lieu au coeur de Madrid ; les déconvenues de l’agence Funky Projects face aux velléités participatives des collectivités ; le vedettariat version "créatif" de TedX Youth Spain ; les interventions urbaines très inspirantes de PKMN (prononcez pacman) ou du Social Media Lab avec le projet Citilab.

A signaler aussi cet entretien avec le Movimiento 15M, représentants le mouvement espagnol des indignés, "los indignodas". Mais la plus grande partie du voyage était consacrée au travail mené par l’agence régionale Iniciativa Joven, "iniciative jeune". Malheureusement, au moment de notre venue, la nouvelle majorité de la Région Estremadure annonçait l’abandon pur et simple de cette aventure de 7 ans, malgré les résultats et le capital d’expérience accumulé depuis toutes ces années. On ignore si les raisons en sont purement électoralistes ou tactiques, mais on ne peut que se désoler d’un tel gâchis. En Espagne comme en France, l’innovation sociale n’existera que si les politiques publiques le désirent vraiment... on embrasse bien fort Annabelle Favreau, notre amie de feu Iniciativa Joven qu’on retrouvera sans aucun doute dans d’autres aventures.

* Les participants côté français :

  • Loranne Bailly, directrice de l’aménagement, Conseil Régional de Bre-
  • Nicolas Marandon, conseiller régional/ Président de la commission jeunesse, Région Champagne Ardenne
  • Sylvie Chappelet, chargée de mission, Conseil Régional du Limousin
  • Charlotte Rautureau, chargée de mission Europe, la 27e Région
  • Olivier de Laulanié, conseiller jeunesse, Association des Régions de France
  • Olivier Ryckewaert, chargé de mission présidence/DGS, Conseil Régional Pays de la Loire
  • Yann Djermoun, chef de cabinet, Conseil Régional de Champagne-Ardenne
  • Romain Thévenet, chargé de mission design, la 27e Région
  • Clément Dupuis, associé-salarié, Kaléido’Scop
  • Franck Tuot, conseiller régional, Conseil Régional de Champagne-Ardenne
  • Florent Duval, chargé de mission politiques territoriales, Conseil Régional de Bourgogne
  • Stéphane Vincent, directeur, la 27e Région
  • Hubert Guillaud, rédacteur en chef, InternetActu
  • Nisrine Zaïbi, vice-présidente jeunesse, Conseil Régional de Bourgogne
  • François Jégou, directeur, Strategic Design Scenarios
  • Xavier Figuerola, designer, Talking Things

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alt : http://www.youtube.com/v/i15653_KNZo&hl=fr

Valaireprospective.MOV

Avis d'un des participants sur la formation "prospective de terrain" donnée par Etopia le 24/03/2012

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