Quelle place donner à l’innovation sociale dans les politiques régionales ?
Billet publié par Stéphane VincentTags: bourgogne , Innovation , social , solidarité
Marjorie Jouen (Notre Europe) et moi co-animions un atelier consacré à l’innovation sociale dans le cadre d’un séminaire organisé par la Région Bourgogne et la Commission européenne, le 15 mai dernier à Chalon sur Saône.
Comme l’ont montré les discussions en plénière et dans l’atelier, le phénomène de l’innovation sociale est encore mal compris par les acteurs publics -même si ceux-ci, comme la Commission européenne, prennent conscience d’un changement profond. Mais la plupart des Schémas Régionaux d’Innovation actuellement en préparation expriment essentiellement des visions technico-économiques de l’innovation. L’innovation sociale y est généralement très peu représentée, comme si elle n’agissait pas comme moteur de l’innovation régionale.
Pourtant, quel est le lien, entre le "pouvoir des foules" sur l’internet, le couchsurfing, les AMAP, l’entreprenariat social, la montée des réseaux sociaux sur internet, les 50 ans d’Adels, les barcamp, les collectifs d’artistes et d’intervention urbaine (le Bruit du Frigo, Didattica, Stalker...), la nouvelle génération de designers sociaux anglo-saxons (John Thackara, François Jégou, Ezio Menzini, le think tank Demos...), ou encore la montée en puissance des "tiers lieux" économiques et sociaux (la Cantine, la Ruche, la Maison ouverte, The Hub...), si ce n’est la rencontre programmée, depuis longtemps, entre des modes d’organisation inédits, résolument organisés autour des gens ? L’acteur public est-il contraint de donner un strapontin à ces mouvements durables, où ne devrait-il pas au contraire les inscrire au coeur de son action, et contribuer à donner une lecture commune de l’ensemble de ces initiatives ?
Pour témoigner de leur engagement en matière d’innovation sociale, nous avons pu débattre dans cet atelier avec :
- Grégoire Japiot, organisateur du Ruralcamp de Dijon,
- Frédéric Ménard, directeur de Zutique productions, qui travaille sur la création d’un lieu conçu pour l’accompagnement de musiciens en résidence, la sensibilisation des publics, l’action culturelle dans les quartiers (et organise les 11 et 12 juin à Dijon les Rencontres "Démarche artistique et régénération urbaine")
- Sylvie Rochard, de l’association Active 71, qui intervient sur un ensemble de communes rurales en déclin démographique net. Elle y accompagne la création d’activités, se démarquant par une nouvelle manière d’« entreprendre ensemble » avec comme valeurs principales la solidarité, la citoyenneté,le droit à l’initiative pour tous (5 salariés et 10 accompagnateurs bénévoles, près de 300 activités installées)
- Marie Fauvet, du "Pain sur la table", à Cluny : Créée au départ autour d’une poignée de partenaires que sont la MSA 71, un producteur bio, un boulanger bio, quelques particuliers et Marie Fauvet elle-même, la boulangerie réunit aujourd’hui aussi bien des institutionnels que des consommateurs. Tous ont en commun leur attachement au développement de l’agriculture biologique et à l’économie sociale et solidaire. Elle est organisée en SCIC : Société Coopérative d’Intérêt Collectif. II s’agit d’un nouveau statut permettant d’associer aussi bien des producteurs que les salariés de l’entreprise ou des consommateurs.
Ruralcamp à Dijon : de quoi sera faite la ruralité bourguignonne en 2040 ?
Billet publié par Stéphane Vincent dans la catégorie AménagementTags: Barcamp , bourgogne , Développement local , Innovation , rural , Web2.0
Aujourd’hui, samedi, direction Dijon pour le premier RuralCamp, barcamp dédié au monde rural. Une initiative menée par Grégoire Japiot, fin connaisseur des barcamps et membre (entre autres) des Explorcamps.
Euh, oui, il s’agissait bien d’un barcamp dédié au rural...la preuve, ça se tenait à l’Enesad, l’école des ingénieurs de l’agriculture !
Un peu timides au début, les participants ont fini par remplir (pas entièrement !) le programme : réseaux sociaux et ruralité, wine 2.0 (on est quand même en Bourgogne !), mais aussi nouvelles monnaies virtuelles (dont les Twollars), de prospective et pour couvrir l’actualité, Hadopi.
Tout le monde écoute sagement Grégoire Japiot, maître de cérémonie
Environ 50-60 participants se sont retrouvés, et le plus étonnant est que l’on n’a pas parlé que d’internet, d’open source et de web 2.0 dans cette journée, la preuve avec cet atelier qui lorgnait sur la Bourgogne de demain, disons...2040.
Il manque encore des propositions d’ateliers...allez, un effort !
Alors, pour les participants, de quoi est faite la Région Bourgogne dans 30 ans ?
Une région de transports et de grandes mobilités
La Bourgogne, c’est d’abord de grands espaces. Dans tous les scénarios prospectifs bourguignons (en particulier ceux imaginés dans le tout récent Schéma régional de l’aménagement et du développement du territoire bourguignon, auquel la 27e Région a pris part), la question de la mobilité et des transports est essentielle : que son futur soit d’abord tiré par Lyon et Paris, ou plutôt par Dijon, ou bien davantage réparti entre les pôles urbains, dans tous les cas la question des transports individuels et collectifs est centrale dans la Bourgogne de demain. Pour Charles Burriel, de l’Enesad, « dans 30 ans, une solution énergétique valable aura été trouvée et on aura réglé le problème du véhicule individuel et des transports collectifs ; c’est maintenant que le problème est posé, pour les 10 ans qui viennent ».
Séance de décryptage de la loi Hadopi
Les signes alarmants du « péri-urbain lointain »
Des ruralités très différentes co-existent en Bourgogne, nous rappelle Yannick Sencébé, sociologue à l’Enesad. Toutes appellent des besoins en sociabilités différentes. Par cercles concentriques, la tendance est à un éclatement entre des centres villes riches, le départ des classes moyennes vers le péri-urbain (les agglomérations immédiates de Dijon, Châlon, etc), puis une tendance à la relégation vers un péri-urbain lointain, puis seulement le rural lointain. Le péri-urbain lointain est celui qui présente le plus de signes inquiétants. Le rural lointain correspond de plus en plus à des aménités paysagères, à des choix personnels, tandis que le péri-urbain lointain est davantage subit par des classes ouvrières qui désespèrent de trouver leurs marques, en formes de « HLM horizontal », entre désir de culture urbaine et réalité de la campagne profonde. L’autre risque criant est celui de la « campagne banale », celle qui n’a rien à offrir d’original, sur le plan culturel, identitaire, paysager.
D’accord pour des réseaux, mais il nous faut des « hubs humains »
Dans le contexte d’une Bourgogne qui n’a pas gagné en habitants (contrairement à la plupart des campagnes françaises ces dernières années), les réseaux sont nécessaires, mais pas suffisants. « Si dans 30 ans, on peut travailler de n’importe où, on va fuir la bourgogne ! qu’est ce qui va encourager à venir rester en Bourgogne ? ». Tout le monde est d’accord pour reconnaître que l’accès aux réseaux (de transports, culturels, sociaux, internet) est essentiel ; mais c’est de « hubs » humains et socianx dont la Bourgogne en réseaux a besoin : des tiers-lieux, lieux d’un nouveau genre qui provoquent les rencontres imprévues, libèrent des énergies créatrices, (re)socialisent les gens et recréent du lien, de la culture, de l’innovation, etc. La Bourgogne a besoin de nouvelles formes de médiations, entre les gens, les territoires.
Quels seront les hubs, les lieux et nouvelles formes de médiation en Bourgogne demain ?
Toute la famille des tiers lieux est ainsi convoquée : en vrac, la Cantine et les living labs dans le champ économique, les cafés de Pays et les bars associatifs dans le champ culturel et social, la Maison ouverte dans le champ du vieillissement, etc. Mais comment naissent ces lieux ? l’acteur public doit-il les créer lui-même, ou leur démultiplication passe t-elle par un vaste soutien à ces initiatives, mais aussi à leur mise en réseau ? L’acteur public de demain doit-il davantage créer les conditions de la création de ces projets, et moins les porter lui-même ? Il faut refonder l’intérêt général à partir des gens, de leur pratiques quotidiennes, et combiner numérique et médiation humaine.
Déjà prêt pour le prochain barcamp...
Le 27e région apporte sa contribution à la prospective en Bourgogne
Billet publié par Anne DaubréeTags: bourgogne , Politique publique , prospective , shema d’aménagement régional , technologie , transport
« HyperBourgogne ». Le 27 octobre, Stéphane Vincent a présenté un scénario prospectif sur la Bourgogne de demain, à François Patriat, président du conseil régional. Le scénario a été conçu avec l’équipe de travail chargée de l’élaboration du schéma d’aménagement régional d’aménagement de développement du territoire (SRADDT) de la collectivité. C’est dans ce cadre que l’équipe de la 27e région a apporté son expertise : elle a contribué à l’élaboration des quatre scénarios qui réfléchissent à l’intégration des technologies et de l’innovation dans les projets à venir. Enfin, pour aborder de façon concrète la question des transports et du développement durable, le conseil régional s’apprête à confié à la 27e Région une mission de "résidence". Lieu d’étude évoqué : une gare...

- Réunion de travail en Bourgogne
Un dessein : sortir de l’isolement rural
Billet publié par Anne DaubréeTags: bourgogne , Politique publique , rural , social , solidarité
Comment lutter contre l’isolement en milieu rural ? Dans le canton de Lormes, dans la Nièvre, on n’a pas inventé la potion magique, mais peut être bien trouvé une méthode efficace : faciliter la mise en relation des habitants, quel que soit leur statut, pour qu’ils puissent s’échanger des services. C’est « faire compagnie », Un tel projet ne pouvait naître que d’une démarche très qualitative et proche du terrain. Elle a été menée par Romain Thévenet, dans le cadre de son diplôme sur le design en milieu rural. Avec un présupposé : c’est en interrogeant les usages réellement existants que l’on conçoit des services efficaces. Au début de l’année, l’étudiant a donc passé deux semaines « en résidence » dans le canton, pour rencontrer ses habitants, après avoir discuté avec des élus, Fabien Bazin, maire de Lormes et conseiller général du canton, et Jean Sébastien Halliez, directeur du pays nivernais.

- Entretien informel avec une habitante
Dans un premier temps, Romain Thévenet a cartographié la société locale à travers le prisme de l’isolement : qui sont les personnes isolées, quelles sont leurs relations entre elles et le reste de la société, du centre d’aide sociale au boulanger ? Qui sont les acteurs institutionnels, associatifs et économiques qui participent de cette dynamique ? Cette cartographie est le fruit de discussions avec les acteurs institutionnels et associatifs qui luttent contre l’isolement. Deuxième étape : Une conversation approfondie avec une douzaine de personnes isolées, si possible à leur domicile, pour bien comprendre leurs usages, et, donc, leurs besoins ou leurs éventuelles propositions pour sortir de l’isolement. Le mode de vie des personnes très actives dans la communauté a également été pris en compte. Au final Romain Thévenet propose donc un outil de mise en relation, accessible depuis Internet et par téléphone, qui s’emploie à répondre à des besoins précisément identifiés chez les individus, en exploitant au mieux le potentiel existant sur le territoire

- Quelles idées, pour quels besoins ?















