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Jun 24 2010

Voyage dans l’innovation sociale scandinave (3/3) : De la micro-expérimentation à la macro-transformation

Billet publié par Stéphane Vincent
Tags: copenhague , Innovation , malmö , Politique publique , social

Suite et fin de notre voyage dans l’innovation sociale danoise et suédoise. L’occasion de revenir sur les limites de la méthode pour voir si elle peut dépasser "le local, le micro, le proto" et avoir une action d’envergure, générale, globale, systémique..

Innovation sociale : Comment passer à l’échelle ?

L’innovation sociale se présente souvent comme un ensemble de micro-projets isolés, comme autant d’actions concrètes sur un territoire donné dans un temps limité ayant une action circonscrite. Elle pose la question, comme nous le signalions l’année dernière en énumérant les limites de l’innovation sociale, du passage à l’échelle, de la pérennisation des actions et de leur généralisation pour dépasser les projets de proximité...

"Il faut combattre la vision que l’innovation sociale n’est qu’un ensemble de micro-expérimentations disparates", estime le designer François Jégou (voir sa présentation). "Le niveau local est certainement le bon niveau pour faire levier sur des transformations globales". Pour lui, l’hypothèse d’un processus de transition systémique à l’échelle urbaine ou régionale se fonde sur un réseau de projets localisés, liés entre eux, en synergie, mais autonomes et soutenus par une approche fondée sur le design, explique-t-il dans une communication sur l’innovation sociale et l’acupuncture régionale (.pdf).

francoisjegou Image : François Jégou au Medea Lab de Malmö, photographié par la 27e Région.

Via ses observatoires - la plateforme Sustainable Everyday et le réseau Desis(Design for Social innovation and sustainability) -, François Jégou a compilé un véritable catalogue de l’innovation sociale, rassemblant plus de 300 cas documentés. Et son constat est clair, en observant par exemple les groupements d’achats de nourritures (style AMAP) à travers le monde, on se rend compte que les bonnes idées deviennent mondiales et s’adaptent à des cultures différentes, de Bruxelles à Milan, de New York à Kibera.

"Les communautés créatives résolvent les problèmes qui concernent les classes moyennes émergentes ou les classes les plus pauvres de la société. Elles ne résolvent pas des problèmes particulièrement dramatiques, mais apportent toujours une vision positive sur de nouvelles façons de vivre. Tout part de communautés électives. Les communautés créatives ne sont pas des communautés traditionnelles, elles sont des communautés de choix, renouvelées par le contexte de l’action qu’elles mènent. Souvent, les choses fonctionnent mieux en étant fondées sur un principe de réciprocité que sur un principe de charité."

"Le design donne à la fois de la visibilité et de l’accès", explique François Jégou. Il permet de montrer les bonnes pratiques, de mieux les voir et de les rendre accessibles, compréhensibles au plus grand nombre. Il permet également de faciliter la dissémination. Enfin, et surtout, ces méthodes permettent d’inspirer de nouveaux services collaboratifs comme des outils pour faciliter le covoiturage ou le partage du petit matériel domestique.

Comment passer des micro-projets à une macro-transformation ? Ici, François Jégou commence à montrer la valeur de toutes les expériences collectées à travers le monde. "Dans l’acupuncture, il faut sélectionner un nombre de points réduit pour activer un effet systémique. Le but est de soigner l’ensemble du corps en activant un nombre limité de points..."

Le but, rappelle-t-il est de parvenir à une dynamique permanente de transformations portées par les usages, stimulant en continu les possibilités plutôt que de recourir à des vagues successives de grands programmes de développement. Cette posture de l’activation des forces vives, de l’énergie vitale d’un lieu, met l’accent sur le maintien d’une situation sociale saine plutôt que sur la guérison de problèmes lourds, à la manière de l’acupuncture en médecine traditionnelle chinoise. Une image qui fait référence à la politique de Jaime Lerner, l’architecte et urbaniste brésilien, maire de Curitiba, la ville toujours citée en exemple pour ses programmes de transformation écologique de masse.

"Dans l’innovation sociale, c’est un peu la même chose : il faut identifier les synergies qu’il faut activer pour avoir un effet systémique. Cela suppose d’avoir un cadre, un framework, une stratégie pour achever la transformation via un réseau de micro projets." Bref, plutôt qu’une dissémination sans fin de projets, il faut articuler une stratégie à une politique publique.

Politique ou Design ?

Reste que les politiques publiques ne sont pas toujours là. Comme nous le montre Ezio Manzini du Politecnico de Milan, en évoquant l’espace naturel et agricole du Sud de Milan que des grappes de citoyens tentent de transformer en zone d’agriculture biologique, avec l’aide du mouvement Slow Food (Wikipédia) fondé en 1986 par l’italien Carlo Petrini. Mais cela n’est pas si simple. Les agriculteurs qui possèdent ces 47 000 hectares de terres agricoles autour de Milan pratiquent plutôt une agriculture maraîchère intensive qu’une agriculture raisonnée. Les politiciens italiens (comme les agriculteurs d’ailleurs) cherchent plus à profiter de la rurbanisation en vendant les terrains pour développer des programmes immobiliers qu’à protéger la ceinture verte de Milan. "Il n’est pas facile de faire prendre conscience aux citoyens que cette ceinture verte du Sud de Milan relève de la qualité de vie de Milan". Or la zone agricole pourrait nourrir la ville et offrir aux Milanais de nouvelles opportunités d’activités liées à la nature et à l’agriculture. Pour cela il faudrait que les pouvoirs publics participent à la construction de nouveaux réseaux d’acheminement de la nourriture, développent l’agriculture biologique et promeuvent le "zero miles food and tourism", c’est-à-dire l’agriculture et le tourisme de proximité, comme il l’explique dans sa présentation. On en est loin, semble se désoler Ezio Manzini confronté à la déliquescence des autorités politiques italiennes, tout en demeurant très enthousiaste vis-à-vis du projet "Nourrir Milan" et de ses potentialités à transformer radicalement la région.

Même constat établi par sa collègue Francisca Rizzo évoquant les communautés créatives de la ville de New York (voir sa présentation). A Manhattan, le Lower East Side, ce quartier traditionnellement populaire, est en voie de disparition à cause d’une gentrification rapide. Les communautés d’habitants ont développé toute une série d’actions pour renforcer la communauté populaire : développement de jardins communautaires, développement de kit d’outillages pour mieux organiser la communauté (cartographie notamment), action de réappropriation d’endroits abandonnés, mise en place d’un centre écologique pour développer l’éducation environnementale... Au final, il n’est pas sûr que toutes ces actions n’aient pas l’effet contraire sur l’embourgeoisement du quartier. Comme le fait remarquer Jean-Baptiste Roger, conseiller technique en charge des nouvelles technologies au Conseil Régional d’Ile-de-France, on ne lutte pas contre l’embourgeoisement d’un quartier avec un site internet. Pour cela, il existe des politiques publiques favorisant la mixité sociale, et pouvant aller jusqu’à la préemption de logement par exemple. Mais les situations des politiques publiques ne sont pas égales à travers le monde.

"Plus on mène de projets, plus on construit de la confiance et plus il est facile de développer d’autres projets", rappelait François Jégou. A Malmö, les projets de réhabilitation d’Augustenborg par exemple étaient un challenge dont la confiance des habitants était la clef. Les approches les plus inspirantes consistent bien à travailler avec les utilisateurs et pas seulement pour eux. La politique publique avait à s’installer sur le long terme, mais avec comme objectif de conquérir la participation des gens et d’abandonner du contrôle.

Le design et la politique sont-ils la solution à tous les maux de la société ?

Ces projets montrent qu’on peut provoquer des changements durables sans avoir besoin de beaucoup d’argent, estime confiant François Jégou. Le problème c’est que de nombreux micro-projets ont tendance à disparaître, à se substituer les uns aux autres, à l’image de certains écovillages construits en hâte autour de Johannesburg avant le sommet de 2002 puis tirés à hue et à dia au gré des subventions disponibles, jusqu’à parfois disparaître. D’où la nécessité d’avoir une stratégie dans le déploiement de micro-projets. Cela ne veut pas dire que tous les projets lancés aboutiront ou seront pérennes. Mais ce qui est sûr, c’est que les méthodes traditionnelles, cette innovation descendante par laquelle on produit du développement local, ne marcheront pas indéfiniment et ne permettent pas de trouver des solutions à tous les problèmes.

Le Nesta, l’agence de l’innovation britannique ne dit pas autre chose dans son rapport sur Le localisme de masse (.pdf) en évoquant le passage à l’échelle des projets locaux. Au lieu de supposer que la meilleure des solutions doive être déterminée, prescrite, conduite ou agrégée depuis le centre, les décideurs devraient créer plus de possibilités pour que les communautés développent et trouvent leurs propres solutions. Diminuer la bureaucratie et le contrôle ne suffit pas pour permettre à l’innovation locale de s’épanouir. Le localisme de masse dépend d’un autre mode d’accompagnement : offrir le bon type d’opportunité, de conseil, de soutien à des communautés d’origines diverses permet de les faire participer plus activement à des projets locaux qui répondent à une question sociale. Les gens ont plus tendance à s’impliquer si les projets sont véritablement locaux plutôt que nationaux. Pour passer à l’échelle, conclut le Nesta, il faut générer beaucoup plus d’actions locales et de manière systématique. Les décideurs doivent apprendre à "penser local" afin de créer les conditions du changement pour qu’il se produise sur une échelle mondiale ou nationale. Ce qui nécessite une élaboration des politiques bien différente, avec un plus grand partage des responsabilités locales et nationales, en apportant des solutions distribuées aux problèmes avec les citoyens. "En d’autres termes, le localisme n’est pas une solution pour construire de meilleurs programmes nationaux, mais est la manière d’atteindre des objectifs nationaux sur le terrain". Là où auparavant des solutions locales faisaient face à leurs limites dans leur capacité à étendre et partager leur expérience à l’échelle nationale, les outils numériques (entre autres) permettent de mobiliser plus avant et faire que les approches locales aient un plus grand impact et soient plus largement disponibles et reproductibles. "Ce sont les gens qui sont appelés à faire la puissance des services publics", conclut le rapport. Pas l’inverse. Pour passer à l’échelle, il faut donner la main aux communautés, aux rares gens qui font, les aider à avancer. C’est une vision finalement assez pragmatique - ou désabusée, c’est selon.

MassLocalism_Feb2010

Reste que le constat de favoriser l’engagement de communautés pose également des questions fortes. Que se passe-t-il là où les communautés sont distendues (et on sait qu’elles se distendent) ? Peut-on créer de la communauté là où il n’y en a pas, là où il n’y en a plus ? Qu’est-ce que le voisinage dans des existences où il n’y a plus de temps ni d’espace pour les relations de voisinage ?

Comme le dit le Nesta, c’est seulement en s’appuyant sur les gens qu’on changera les choses. L’innovation embarquée façon 27e Région ou Young Foundation est une méthode parmi d’autres. Reste que même avec le "hacking amical" qu’évoque Stéphane Vincent de la 27e Région, l’innovateur dans l’espace public apparaît toujours comme innovant contre l’établissement. Alors que la posture est plutôt de proposer une alternative différente et reconnue comme telle.

La force de l’émancipation sociale

Designers et politiques semblent encore se regarder en chien de faïence malgré un intérêt réciproque, chacun pensant que l’autre est déconnecté de la réalité. La défiance réciproque des acteurs sociaux et du monde politique souligne pourtant bien la difficulté de chacun à faire une place aux problématiques de l’autre. Pourtant, les politiques ne sont pas en reste sur ces questions. L’innovation sociale n’a pas attendu les designers pour exister. A Eysine, une ville de l’agglomération de Bordeaux, chaque année s’organise le Raid des maraîchers : une journée pour impliquer la population dans la découverte des circuits alimentaires courts qui caractérise cette zone verte qui alimente Bordeaux. Ici, la politique a un rôle à jouer pour maintenir des terres agricoles, résister à la spéculation immobilière, former de nouvelles générations de maraîchers et impliquer la population avec des journées de ce type.

L’eau de La Rochelle vient des captages de Fraise au-delà de la Communauté urbaine de La Rochelle. Celle-ci préempte tous les terrains qui se trouvent en amont de la zone de captage des eaux pour les louer à des agriculteurs bios et favoriser sur ce territoire une autre politique agricole. Chaque année également, une fête est organisée pour que les habitants de La Rochelle rencontrent ces agriculteurs de proximité.

L’acupuncture c’est bien, si elle est associée à de la chirurgie lourde, comme le montre d’ailleurs les projets de Malmö. Cela ne signifie pas que seule la chirurgie compte ou qu’on peut se passer des médecines douces, au contraire, mais qu’il faut mêler les deux. Et qu’en n’utilisant que la chirurgie, comme on le fait trop souvent, on risque de ne pas traiter le corps social.

Les oasis d’innovation sociale sont intéressantes si elles s’interconnectent entre elles. Reste que les logiques des politiques publiques ne sont pas toutes les mêmes : la logique centralisatrice à la française n’est pas celle de la concertation des pays du nord de l’Europe. Les politiques présents s’interrogent, dubitatifs : peut-on répondre à la crise en multipliant des initiatives micro ? "C’est difficile d’être bottom-up quand tu es structurellement top-down et inversement", explique encore Jean-Baptiste Roger. "Les valeurs et les structures sont encore descendantes : les régions ont intériorisé le modèle jacobin et n’ont hélas pas inventé le modèle open source."

Le modèle d’émancipation sociale que propose l’innovation sociale n’est pas si simple à articuler pour le politique. L’acteur public a intérêt que les gens aient toujours besoin de lui plutôt qu’ils apprennent à faire sans lui. Reste que si l’idée est de permettre aux gens de faire ensemble, les moyens d’y parvenir sont secondaires. Reste à définir une vision, une stratégie commune... C’est peut-être là où l’innovation sociale et le développement durable sont aujourd’hui plus forts que la politique. Ils savent précisément où ils souhaitent embarquer les gens.

Hubert Guillaud

Le dossier, "Voyage dans l’innovation sociale scandinave" :

Billet déjà publié sur InternetActu

Jun 17 2010

Voyage dans l’innovation sociale scandinave (2/3) : Réinventer l’entrepreneuriat

Billet publié par Stéphane Vincent Hubert Guillaud
Tags: copenhague , Innovation , malmö , Politique publique , social

Suite de notre voyage dans l’innovation sociale européenne (voir la première partie). Avec un regard particulier sur la façon dont la conception de services peut aider au développement de nouvelles formes d’entreprises.

MindLab : changer l’esprit de l’innovation publique

Le MindLab (blog) est un laboratoire fondé par les ministères danois de l’économie, des finances et de l’emploi. Etabli depuis 9 ans et composé d’une équipe de 15 personnes, son objectif a pris une toute autre actualité à l’heure de la crise financière et écologique : penser l’innovation dans le gouvernement et les services publics.

"Nous devons dépenser l’argent public d’une manière plus intelligente", explique son directeur Christian Bason, auteur d’un livre à paraître sur ces questions. Le MindLab utilise les moyens du design pour impliquer citoyens et agents lors d’ateliers créatifs, mais également des outils provenant de méthodes plus traditionnelles comme l’ethnographie ou les méthodes quantitatives traditionnelles. L’unité d’innovation que constitue le MindLab est placée à un haut niveau stratégique, capable de court-circuiter la bureaucratie traditionnelle en impliquant les chefs de service, les organisations publiques extérieures aux ministères et toutes les parties prenantes. Leur travail consiste à comprendre comment les gens travaillent pour les aider à changer leurs comportements. "La valeur de ce que nous faisons ici consiste à mieux comprendre les vrais problèmes plutôt que d’en venir directement aux conclusions".

mindlabmethodes Image : Les méthodes du MindLab danois, issues de leur Guide pour l’innovation (en danois).

Des responsables du ministère de l’économie sont ainsi venus les trouver avec un problème : pourquoi les entrepreneurs danois utilisent-ils si peu les nombreuses aides du gouvernement ? Suite à une enquête de terrain, en suivant au plus près certains entrepreneurs, les équipes du MindLab se sont rendu compte que la demande des entrepreneurs n’était pas tant de recevoir des aides financières dans un labyrinthe administratif toujours trop complexe que de recevoir de l’aide et des conseils de leurs pairs. Les entrepreneurs ont vite montré qu’ils préféraient avoir une plateforme pour s’entraider plutôt que plus d’aide du gouvernement. L’aide désincarnée de leurs réalités et de leurs préoccupations ne répondait finalement pas beaucoup à leur demande. Cela ne veut pas dire qu’elle n’était pas nécessaire, mais qu’elle était insuffisante, au moins pour la lire et la comprendre. Pour travailler à ce projet, l’équipe du MindLab s’est adaptée aux contraintes des entrepreneurs : créant de petites interactions quotidiennes via les mobiles devenus depuis longtemps le couteau suisse du patron de PME, pour interagir rapidement avec eux, à toutes les étapes de la conception. Un programme est lancé et une plateforme d’échanges adaptée à leurs besoins devrait voir le jour d’ici décembre.

"Dans l’administration, on peut oublier très rapidement qu’il faut s’améliorer, qu’il faut évaluer nos performances... Mais comment évaluer ce que représente le changement d’état d’esprit des gens ?" Le MindLab a mis au point un système de management de ses performances : chaque projet est évalué par les parties prenantes et les directions, afin de mieux en mesurer l’impact concret.

L’entrepreneuriat en résidence

Joop Tanis s’occupe du programme d’entrepreneuriat social en résidence (Social Entrepreneurship in residence, Seir) à la Young Foundation, cette fondation britannique dédiée à l’innovation sociale. "Avec la crise, l’innovation est passée du désirable à l’inévitable", explique-t-il. Dans le domaine de la santé, en Grande-Bretagne, les coupes budgétaires ne cessent de se multiplier. "Il faut faire plus avec moins, alors que les gens en attendent toujours plus", explique Joop Tanis reprenant ce faisant, un argument souvent utilisé par les Britanniques lorsqu’ils recourent à l’innovation sociale. Le même que défendait récemment Hilary Cottam de Participle : trouver une alternative au modèle de coupe budgétaire des services publics auquel nous allons tous être soumis pour les prochaines années en imaginant de nouveaux types de services comme le Cercle de Southwark, un réseau d’entraide de voisinage.

Ce programme de la Young Foundation concerne 65 personnes, 47 entreprises et aide à ce jour 35 projets. HealthLaunchpad, le projet qui l’accueille, est un fonds d’investissement pour soutenir de nouvelles formes d’entrepreunariat social autour de la santé. L’idée n’est pas de soutenir des jeunes pousses innovantes développant des applications médicales de pointes ou spécialisées, mais de soutenir d’autres approches de l’innovation dans le domaine de la santé. Le Seir investit ainsi dans quelques entreprises sélectionnées en plusieurs phases : les équipes de l’Health Launchpad consacrent plusieurs jours à travailler avec l’entreprise à cadrer son projet, avant de l’accompagner dans le montage financier de la société et dans la définition de son modèle commercial. L’entrepreneur sélectionné entre ainsi en résidence dans un service public qui l’accueille et qui servira de plateforme pilote pour tester le projet.

Parmi les sociétés accompagnées, Healthy Incentives est un système d’incitation pour soutenir et encourager les gens à prendre soin d’eux que ce soit en cessant de fumer ou en faisant de l’exercice. L’idée est de soutenir une initiative majeure de prévention. Le pilote du projet a été lancé sur la ville de Birmingham avec des groupes de quelques centaines d’utilisateurs utilisant un site web et des techniques de motivation adaptées à des usages distants. NeuroResponse est une entreprise de télésanté pour les personnes souffrant de sclérose en plaques. Le service est composé d’un module de triage des appels téléphoniques, d’un service d’aide en vidéo et d’une hotline par e-mail permettant à des médecins et des patients de consulter directement des spécialistes dans le but de réduire le temps de réponse et d’améliorer l’efficacité des soins apportés aux patients. Autre exemple avec le projet SupportMyParent qui consiste en la création d’un forum d’entraide pour les familles ayant une personne âgée à charge. Pour le programme d’entrepreneurs en résidence, ces familles jouent un rôle capital et non mesuré dans les prestations de soins aux personnes âgées, d’où l’importance de trouver des outils pour les aider afin d’alléger le recours systématique à des personnels de santé. A friend in deed est un autre concept qui consiste à accompagner pendant quelques semaines les personnes âgées qui sortent d’une courte hospitalisation afin de les aider à retrouver leur autonomie. L’accompagnement, lancé en pilote sur le Comté de Brent, se fait par téléphone : un bénévole est chargé d’appeler les personnes âgées chaque jour pour voir ce dont elles ont besoin et orienter les associations d’entraide vers elles si nécessaire. L’idée est de réduire la dépendance des personnes âgées à l’égard des professionnels de santé pour des motifs qui n’ont pas nécessairement de liens avec la santé.

Comme on le voit à l’aune des projets soutenus par le programme entrepreneurs en résidence, ici, le propos est bien de faire de la santé publique autrement, afin qu’elle coûte moins cher et qu’elle réponde à des mesures préventives et à du suivi médical léger. "La création de sociétés de ce type n’aurait pas été envisageable dans le cadre du système de santé normal", souligne Joop Janis, comme il nous semblerait improbable que demain le ministère de la Santé investisse dans Doctissimo.fr, le portail de la santé et du bien-être de Lagardère, qui part beaucoup d’aspect joue certainement ce type de rôles auprès du grand public. L’idée ici est de soutenir des projets différents qui permettent de trouver des solutions pas nécessairement médicales à des problèmes médicaux. Il faut aller plus loin que toiletter les services publics semble dire Joop Janis.

La proposition peut sembler radicale, mais c’est peut-être une des façons de développer et soutenir des projets qui proposent un rapport à la santé différent.

Soutenir l’esprit d’entreprendre

L’Estrémadure n’est pas la région la plus innovante d’Espagne, au contraire. C’est pour remédier à un niveau de chômage plutôt élevé, une industrie traditionnelle encore très présente et à un très faible taux de création d’entreprise, que les autorités locales ont mis en place en 2004 le Cabinet d’initiative pour les jeunes. Cette cellule a pour objectif de promouvoir et développer l’esprit d’entreprendre auprès des plus jeunes et de créer un écosystème favorable à l’innovation et à la créativité. Rien de moins ambitieux, comme l’exprime très bien son manifeste de la société de l’imagination qui rappelle que le progrès social est aussi fondé sur la stimulation de l’imagination dans toutes les strates de la société.

Pour répondre à ce défi, l’initiative pour les jeunes de la région Estrémadure a lancé de nombreux programmes, dont plusieurs dans le domaine éducatif à destination des enfants comme des étudiants. L’un d’eux, par exemple, consiste en un concours pour les lycéens, dont la 5e édition vient de s’achever, consacré à imaginer son entreprise. Durant 9 mois, des groupes d’étudiants doivent imaginer un produit ou un service, en faire le prototype, apprendre à présenter un projet, trouver les financements en mettant en place un business plan. Les professeurs qui les accompagnent reçoivent une formation à la créativité, à la planification de projets et à la préparation de business plan. Chaque année, le jury retient 25 projets. "Le but n’est pas qu’ils deviennent demain tous entrepreneurs", explique Annabelle Favreau, "mais qu’ils apprennent à présenter un projet, à s’impliquer, qu’ils sachent comment le financer... qu’ils comprennent mieux ce qu’est l’esprit d’entreprendre".

empresagabinete Image : Des élèves présentent leur projet d’entreprise au jury lors du concours "Imaginer son entreprise".

Autre exemple de l’action de ce laboratoire d’innovation sociale consacré à l’innovation entrepreneuriale : les rencontres ! Que ce soit la Pasta (que l’on peut traduire par "pâte" mais plus encore par "fric", les rencontres Pasta consistent en des séances de rencontres créatives entre financiers et entrepreneurs) ou les Coffee Breaks annuels (dans ces rencontres créatives entre le Barcamp et le Speed Dating, l’idée est de mettre de côté le séminaire pour ne laisser que des pauses cafés afin que les entrepreneurs se rencontrent), tous les outils sont tournés pour aider les créateurs d’entreprises à entreprendre ensemble. "75 % des gens qui viennent à ces évènements rencontrent des gens qui les aident dans leurs métiers", estime Annabelle Favreau en se basant sur les enquêtes de satisfaction des entrepreneurs.

L’initiative pour les jeunes développe de nombreuses autres actions pour créer une relation de proximité avec les entrepreneurs qui sont accompagnés tout le long de leur parcours que ce soit dans l’aide au montage de projet, à la communication comme dans l’accès au réseau d’autres innovateurs locaux. "Utiliser des techniques de créativité a pour but de rendre les gens créatifs", rappelle Annabelle Favreau. D’où l’utilisation de la conception pour produire des projets, des identités, des outils, des environnements qui doivent être impliquant et différents.

Après avoir lancé la semaine de la créativité cette année, le programme prépare une stratégie régionale sur l’entrepreneuriat, via le programme i-cosistemas dont le double but est de concevoir un écosystème de ressources et de services pour les entrepreneurs (en plus des évènements et des espaces physiques) et d’établir des critères qui permettraient d’évaluer le potentiel de créativité d’un territoire. En attendant que ces derniers soient mis en place, les résultats de l’initiative se mesurent déjà de manière plus empirique : "d’autres régions espagnoles s’en inspirent pour la reproduire. Les entrepreneurs nous recommandent à d’autres entrepreneurs". A croire qu’il demeure plus facile de mesurer la satisfaction que la transformation.

Hubert Guillaud

Publié à l’origine sur InternetActu.

Jun 17 2010

Voyage dans l’innovation sociale scandinave (1/3) : Construire la ville durable avec ses habitants

Billet publié par Stéphane Vincent Hubert Guillaud
Tags: copenhague , Innovation , malmö , Politique publique , social

A l’occasion de notre second voyage d’étude dans l’innovation sociale européenne (après la Grande-Bretagne l’année dernière) en compagnie d’élus et d’agents d’Ile-de-France, de Champagne Ardenne, de Bordeaux, de la Rochelle, du CHU de Strasbourg et d’agences de développement nationales, nous nous sommes intéressés cette année à l’innovation sociale scandinave, avec un voyage d’études à Copenhague et Malmö du 1er au 3 juin.

Malmö, laboratoire scandinave

Malmö est la porte d’entrée de la Suède. C’est la ville opposée à Copenhague, qui se trouve de l’autre côté du détroit de l’Øresund qui relie la mer baltique à la mer du Nord, reliée depuis 10 ans par un pont qui a transformé l’économie de la 3e ville de Suède qui compte désormais quelque 300 000 habitants. Passés les charmes de son centre ancien, Malmö est une ville en explosion démographique, économique et urbaine, notamment via l’écoquartier modèle Bo01, un ancien chantier naval conquis sur la mer.

malmo Image : Turning Torso, la plus haute tour d’habitation d’Europe, emblème du nouveau quartier de Malmö, Bo01, par Olof S.

Le laboratoire de Medea est installé dans la toute neuve université de Malmö, dirigé par le designer Pelle Ehn, est à cette image. Medea est un Living Lab, un "do tank" (par opposition aux "think tanks "), un laboratoire sur les médias collaboratifs, qui imagine comment utiliser les outils numériques pour favoriser l’innovation sociale. Comme le dit son concepteur, c’est une plate-forme, un lieu, un environnement, une infrastructure. Le rôle du Medea est de démocratiser l’innovation pour répondre à la triple crise financière, sociale et environnementale, à laquelle nous sommes confrontés, en utilisant pour cela la conception par les utilisateurs. Medea se divise en trois laboratoires :

  • la Factory, dans le quartier ultra-moderne des anciens docks de la ville qui à terme devrait accueillir un FabLab associé à une structure de micro-financement de projets (DoDream) ;
  • the Stage, dans un quartier multiculturel et travaillant sur une problématique de production, promotion, distribution et financement des productions culturelles avec des expériences comme Barcode Beats permettant à des jeunes de jouer de la musique dans les magasins en créant des rythmiques depuis n’importe quels codes-barres ou encore le Hip-Hop Bluetooth Bus (vidéo), transformant le bus en un média d’échange de musique.
  • the Neigbourhood, sur deux autres quartier, envisageant la question multi-éthnique comme une ressource locale pour des services collaboratifs et la reconfiguration urbaine comme ce fut le cas avec le projet Parapolis (images), permettant aux gens de participer à la reconception d’un quartier de Malmö en le dessinant et dialoguant avec les architectes, ou encore les projets du quartier durable Hilda ou encore les Bokalers, des appartements du quartier populaire de Rosengärd auxquels ont été ajoutés des commerces de proximité.

Pelle explique encore que le Medea ne construit pas d’infrastructures sur laquelle les gens pourraient construire leurs propres services, mais a pour but d’aider les initiatives des quartiers à "s’infrastructurer" par eux-mêmes. Ce qui suppose d’être réactif, d’avoir des formats adaptables, d’être capable, selon les besoins, d’avoir des projets stables ou éphémères.

conferenceaumedea Image : Le Medea Lab à Malmö, par la 27e Région.

Impliquer les habitants

Le quartier d’Augustenborg à Malmö est un autre ensemble d’habitat collectif de petits immeubles de 3-4 étages né dans les années 40 (voir cette plaquette d’information en français .pdf). A l’époque cet ensemble d’habitats populaire a été conçu avec un système de chauffage collectif pour tous les immeubles, auquel on associa une grande laverie qui donna du travail aux femmes et une identité à la communauté. Mais avec le temps, comme c’est souvent le cas, les immeubles se sont dégradés, les habitants ont vieilli et le quartier s’est appauvri.

trevorgraham Image : Trevor Graham, le coordinateur de la reconstruction du quartier d’Augustenborg, montrant une image des femmes travaillant dans la laverie du quartier dans les années 40-50, par la 27e Région.

Dans les années 90, ce quartier est devenu l’un des pires de Suède avec l’un des plus forts taux de délinquance, de drogue et de pauvreté du pays. Fin des années 90, la rénovation s’imposa, mais comme l’explique Trevor Graham, l’urbaniste à l’origine de celle-ci, l’idée, dès le début, a été de créer un écoquartier et de chercher à recréer l’identité du quartier. Bien sûr, la laverie comme le système de chauffage avaient depuis longtemps disparu, mais les autorités ont très tôt décidé d’impliquer fortement les habitants dans la reconstruction : plans, modifications, tout leur a été soumis pour qu’ils discutent chaque proposition. Les urbanistes se sont appuyés sur les connaissances des habitants pour aider l’opération. L’eau par exemple était un problème : construit au niveau de la mer, mal drainé, les terrains de jeux étaient constamment inondés. L’idée a été d’en faire une force en créant des bassins artificiels, en utilisant le savoir-faire d’un ingénieur hydraulicien vivant dans le quartier pour créer des canalisations à ciel ouvert tout en imaginant un système pour éviter les stagnations de saletés, les filtrer avant qu’elles n’envahissent les bassins. Sur les immeubles rénovés ont a mis en place des toits verts avec des ruches, ainsi que des panneaux solaires permettant de diminuer l’impact écologique des bâtiments. La ville entière de Malmö s’en est inspirée pour transformer sa politique énergétique. Car si la rénovation d’Augustenborg est achevée, ce n’est pas le cas de la politique qui l’a initiée.

Le faible niveau d’habitants possédant des voitures a donné naissance à un système de partage de véhicules électriques. L’année dernière les premiers jardins communautaires se sont développés et sont en train de faire boule de neige, explique Lars, l’une des figures du quartier qui s’occupe d’un café associatif. "Il suffit parfois de planter quelques tomates pour transformer un quartier", s’amuse-t-il.

La communauté s’est également mobilisée pour occuper des espaces communs dans les sous-sols des immeubles inoccupés depuis les années 70 : les appartements étant petits, les habitants se sont mobilisés pour créer des salles de jeux communautaires pour les enfants, des espaces pour pratiquer le sport. Safija, immigrée suédoise d’origine bosniaque, est à l’origine de la création de son emploi par la ville. En constatant que les parents immigrés n’arrivaient pas à aller aux cours de Suédois du soir, car la garde des enfants était trop chère, elle a mis en place une solution de garde collective. Chaque soir elle s’occupe des enfants en les faisant travailler dans les jardins du quartier pendant que les parents sont au cours du soir.

augustenborg Image : Les petits immeubles d’Augustenborg sous la pluie, par la 27e Région.

L’expérience d’Augustenborg se transmet et inspire d’autres quartiers de la ville. "Si nous n’impliquons pas les gens comme les enfants, comme Safija, nous ne réussirons pas le développement durable de notre société."

Pour Trevor Graham, le coordinateur de la reconstruction de ce quartier, le design dans l’innovation sociale a pour objectif d’engager les gens et les autorités pour rendre les projets des gens possibles. "Il y a peu à comprendre dans l’organisation d’une ville pour la changer et rendre de nouveaux processus mâtures", défend-il. "Plus on fait de projets, plus on construit de la confiance et plus il est facile de développer d’autres projets. Entrer dans un quartier pareil était un challenge dont la confiance était la clef. Il fallait s’installer sur le long terme." Pour la ville, il fallait accepter la participation et accepter de perdre du contrôle. Mais la perte de contrôle est la seule solution pour que les gens s’impliquent et s’approprient la chose publique.

Une mobilité pour la planète

Peut-on réduire l’empreinte écologique d’une ville en initiant une prise de conscience pour développer un nouveau modèle de mobilité urbain ? C’est la question à laquelle a cherché à répondre le projet européen One Planet Mobility (le rapport .pdf), mené par SDS, le WWF et l’université de Malmö. En matière de mobilité, les bonnes pratiques ne sont pas les plus courantes, au contraire. La complexité sociale et politique de nos systèmes politico-économiques impose le statu quo de la domination de la voiture. Peut-on essayer d’avoir une action réelle de réduction des émissions de CO² liés à l’usage de la voiture en ville ?

En 2050, nous devrons avoir réduit de 95 % nos émissions de carbones par rapport aux années 90. À court terme, il faut développer une communauté forte de nouvelles pratiques, explique Michael Naberhaus du WWF. La ville de Malmö, comme quelques autres villes européennes engagées dans ce programme (Fribourg, Barcelone, Sofia et Lille), a décidé de pousser des politiques volontaristes (restrictions de trafics, péages urbains, limitations de vitesse, diminution du nombre de voies disponibles pour les voitures et du nombre de places de parking) tout en renforçant les transports publics, les espaces pour marcher ou faire du vélo. La démarche là encore a été créative : pour générer une prise de conscience et des transformations de comportements, il est nécessaire d’impliquer les gens tout le long du processus et au-delà. Si la transformation commence par des décisions politiques, l’innovation sociale vient en appui pour imaginer des solutions créatives afin de basculer vers un changement culturel : "dé-accélération", faire une place au vélo jusque dans les statuts symboliques de la ville...

Le projet européen engagé dès 2007 jusqu’en 2012 a fait de Malmö sa ville pilote. Parmi les outils de mesure mis au point, l’un de ceux-ci permet de calculer les pressions environnementales de la consommation des gens selon leurs activités et leurs déplacements (Reap pour Resource and Energy Accounting Programme c’est-à-dire Programme de comptabilité des ressources et de l’énergie). Le succès du programme à Malmö a reposé surtout sur l’engagement de la ville à un haut niveau de décision, reconnaissent les porteurs du projet, notamment en se reliant aux usagers pour élargir l’échelle de l’engagement.

Engager les gens massivement dans le processus, tel a été justement le rôle de l’intervention de SDS, explique son fondateur, François Jégou, animateur de Sustainable Everyday et du réseau Desis spécialisé dans la conception sociale du développement durable. Son intervention dans le programme One Planet Mobility a consisté à faire élaborer des scénarios avec des étudiants et des habitants sur les sujets du transport public, du vélo, de l’accès... puis à demander aux autorités de les revisiter, de se les approprier pour imaginer des politiques et un programme de projets élaborés à partir de ceux-ci, via des méthodes créatives comme le montre la vidéo illustrant le processus mis en oeuvre (Malmö Design Ex.). La méthode, explique sont instigateur, a permis de reconnecter les politiciens aux utilisateurs. "L’idée n’était pas de prendre les projets d’habitants comme résultats, mais comme une étape pour atteindre un niveau programmatique, politique, organisationnel, un moyen pour s’inspirer des scénarios et reformuler les idées dans leur contexte politique".

OPM Malmö Design Ex. March 2010 from Strategic Design Scenarios on Vimeo.

La plupart des microprojets d’innovation sociale s’épuisent et disparaissent reconnaît François Jégou. "Ce n’est pas le microprojet qui est important, mais le système, la stratégie. Il faut activer des microprojets non pas pour eux-mêmes, mais dans le but de créer un changement systémique", soutient le designer. Bien souvent, l’absence de stratégie ou de continuité nuit à la réussite du projet. Pour une prise de conscience durable, "l’important n’est pas la façon dont on active un projet isolé, mais de savoir quels sont les points qu’on active et leurs effets sur le corps urbain entier."

Le développement durable est un levier pour agir et construire une société durable. A Malmö on constate une forte imbrication entre politiques publiques et implications des citoyens. D’ici 2020, les autorités ont décidé que Malmö serait autosuffisante énergétiquement. Il y a fort à parier que ce couplage leur permet d’y arriver.

La ville s’apprête à répliquer cette politique sur un autre quartier difficile. Là encore, assume Trevor Graham : "nous allons tout refaire en même temps, car ça coûte moins cher que de refaire par petits bouts et permet des transformations plus radicales."

Hubert Guillaud

Publié à l’origine sur InternetActu.

Avr 23 2010

Que faire de l’expérimentation sociale ?

Billet publié par Stéphane Vincent
Tags: expérimentation , Innovation , Politique publique

L’enthousiasme légitime, mais soudain, dont l’innovation sociale fait l’objet depuis quelques temps, ne doit pas faire oublier les débats importants qui existent au sein de ses multiples courants. Parmi ces débats, signalons ceux qui planent autour d’une notion très précise : l’expérimentation sociale. Le 29 mars dernier, à peine ses fonctions quittées au profit de Marc-Philippe Daubresse (nouvellement nommé ministre de la jeunesse et des solidarités actives), Martin Hirsh était à la manoeuvre lors d’une "conférence nationale de l’expérimentation sociale", sous-titrée par la question "réformes contre placebo ?". Mais que venait donc faire là ce mot issu du champ médical ? Pour le comprendre, revenons un instant sur les principes qui fondent l’expérimentation sociale.

L’expérimentation sociale peut être perçue comme un plaidoyer en faveur des expériences de terrain, des solutions inventées depuis toujours par les acteurs locaux. Mais comme le rappelle Marjorie Jouen dans un rapport de 2008, il s’agit avant tout d’expérimenter, c’est à dire de "conduire des expériences placées sous contrôle, en vue de vérifier certaines hypothèses". L’expérimentation sociale peut donc aussi s’entendre comme une forme poussée d’évaluation des politiques publiques, un moyen de tester des solutions en vue de les généraliser.

Or l’une des principales sources d’inspiration de l’expérimentation sociale en matière d’évaluation est l’expérimentation médicale, comme le rappelle Noémi Leko dans un article très critique : "la politique à évaluer est ainsi appelée ‘traitement’, le groupe qui y est soumis est le « groupe de traitement », et – c’est là l’innovation fondamentale - celui qui n’y est pas soumis est le « groupe de contrôle » ; le groupe de traitement et le groupe de contrôle forment l’échantillon et l’expérimentation est une « expérience contrôlée ». Le traitement est alors la cause de la différence de comportement et de résultat des deux groupes.". La conférence, du reste, sera très largement consacrée à valoriser ces méthodes et à en décrire l’utilisation sur une série d’expérimentations, menées avec les projets soutenus par le "Fonds d’expérimentations pour la jeunesse".

On teste donc un dispositif sur un premier échantillon de personnes, on compare les résultats au second échantillon qui n’a pas bénéficié du dispositif, et on en déduit si le dispositif s’avère efficace et si on peut le généraliser. Esther Duflo, illustre promotrice de l’expérimentation sociale, le dira lors de son intervention : "il s’agit d’appliquer à la politique une rigueur scientifique".

Que penser de tout ceci ? Il n’est pas question ici de nier ni l’importance d’expérimenter, ni celle d’apprécier l’impact des politiques publiques. Mais il semble qu’il y ait ici un malaise plus profond, qui tient à la vision sous-tendue par cette évaluation dite "scientifique".

Une première critique est que l’évaluation scientifique ainsi posée, débarrassée du politique, risque d’évaluer en roue libre, en parfaite inconséquence. Ainsi, pendant plusieurs mois, des populations de demandeurs d’emploi ont fait l’objet d’une expérimentation entre Pôle Emploi et des opérateurs privés de placement (OPP). L’une des questions posées par l’expérimentation visait à savoir si "confier 40 demandeurs d’emplois à un agent plutôt que 120 allait améliorer significativement la recherche d’emploi ?". Avait-on vraiment besoin de tester une telle hypothèse ? Et d’un point de vue tout simplement éthique, comment ne pas considérer les demandeurs d’emplois objets de cette expérimentation autrement que comme des cobayes ?

Une seconde critique est que l’évaluation scientifique consacre l’expertise dans son rôle traditionnel, en surplomb, mais cette fois avec la toute puissance de la "vérité scientifique". L’évaluateur scientifique, seul juge de ce qui fonctionne ou ne fonctionne pas. On peut quand même se demander si les bouleversements du rapport à l’expertise depuis quelques années ne rendent pas un peu obsolète une telle vision. Le paradoxe est que c’est un scientifique, Joël Ménard, professeur de Santé publique, qui a rappelé à l’auditoire que les scientifiques eux-même pratiquaient plutôt l’évaluation de pair à pair, avec un certain succès semble t-il...

Une autre critique est qu’au-delà de l’expérimentation, on trouve peu de traces sur les conditions de généralisation de l’expérimentation sociale, pourtant l’objectif déclaré. Il n’est pas dit comment, à partir du test jugé fructueux sur un établissement ou une population, on va passer concrètement à l’échelle, gagner toute une communauté d’établissements, ou un échelon supérieur voire national. Pourtant il faut rappeler combien cette question est centrale et difficile, plus encore à un moment où la médiation sociale est en souffrance un peu partout sur le territoire, entre politiques draconiennes de réduction des dépenses publiques, et recul forcé de la décentralisation. L’idée que l’Etat puisse aujourd’hui assumer à lui seul cette capacité à généraliser laisse un peu sceptique, et fait l’impasse sur le rôle de catalyseurs que jouent déjà, certes imparfaitement, les acteurs locaux dont les régions.

Il ne s’agit pas de condamner d’un bloc tout ce que sous-tend l’expérimentation sociale. Mais l’on peut se demander enfin s’il n’y a pas, avec l’évaluation scientifique, et derrière le souci légitime d’une meilleure compréhension des effets de l’action publique, une énième sous-production du management à l’ancienne. Une culture basée comme souvent sur une certaine culture de la performance, des résultats, du chiffre en somme, mais sans grande modernité en termes de qualité humaine et sociale.

Avr 22 2010

Santé en campagne

Billet publié par Stéphane Vincent
Tags: Aménagement , Auvergne , Politique publique , Santé

Comment aborder différemment le problème de l’exode médical ? Cet hiver 2009, pendant plusieurs semaines, une équipe créative et pluridisciplinaire a travaillé aux côtés des médecins, des habitants et des élus du pays de Pionsat, en Auvergne, et a réinterprété avec eux une idée déjà ancienne et souvent mise en échec : la maison de santé. L’opération était soutenue par la Région Auvergne, et l’équipe était composée de Gisèle Bessac, entrepreneure sociale, Marie Coirié, designer, Fanny Herbert, sociologue, et Julie Bernard, architecte. Au terme de cette collaboration, l’équipe a transmis aux habitants des outils d’échanges pour poursuivre ce travail, mais aussi l’esquisse de trois chantiers : la mallette du nouveau médecin, le kit de vie à domicile, un dispositif de coordination des professionnels de santé, trois projets de chartes. Revivez cette immersion en lisant le livret publié par l’équipe au terme de la résidence. A lire ci-après ou à télécharger ici (13,3 Mo).

Avr 18 2010

Scénarios d’avenir en milieu péri-urbain

Billet publié par Stéphane Vincent
Tags: Développement local , Innovation , Nord Pas de Calais , Politique publique

Dans une enquête publiée en février sur l’urbanisme à la française, Telerama se demandait "comment la France avait pu devenir aussi moche". Pression à la propriété, mitage des terrains agricoles, réduction de la mixité sociale et intergénérationnelle, engorgement des transports, campagne dortoir... Comment traiter tous ces dysfonctionnements, et quel travail "d’acupuncture territoriale" permettrait d’améliorer le quotidien de l’habitant du péri-urbain ?

François Jégou, directeur de l’agence Strategic Design Scenarios à Bruxelles, et directeur scientifique de "Territoires en résidences", organisait la semaine du 15 mars un workshop avec une vingtaine d’élèves de l’Ensci, en partenariat avec la Région Nord-Pas de Calais, le syndicat mixte du Grand Douaisis et la 27e Région. Terrain de jeu : l’agglomération de Douai. Le résultat prend la forme de 24 scénarios d’innovations sociales et de services collaboratifs "nouvelle génération", autour de la gare, des nouvelles activités locales, des systèmes d’informations localisés, des relations de voisinage, du tourisme local, de la mobilité de proximité, ou encore des circuits alimentaires courts. La vidéo ci-après présente la synthèse de ce travail, décrit plus en détails et à l’aide d’autres vidéos sur le site de Sustainable Everyday Project, le programme animé par François Jégou.

Trailer ENSCI from Strategic Design Scenarios on Vimeo.

Avr 14 2010

"Design des politiques publiques" à la Cantine le 6 mai à 10h30

Billet publié par Stéphane Vincent dans la catégorie 27e Région
Tags: Design , Innovation , Politique publique

Présentation publique le 6 mai à la Cantine

A l’occasion de la sortie de Design des politiques publiques, nous vous convions le 6 mai de 10h30 à 12h30 à la Cantine à une présentation de l’ouvrage et à une table-ronde sur le thème : "Peut-on (re)designer les politiques publiques ?" avec Christian Paul, Région Bourgogne, Stéphane Vincent, la 27e Région, François Jégou, Sustainable Everyday Project...

Inscrivez-vous (nombre de places limité) : infos@la27eregion.fr

L’ouvrage

A l’heure de transformations sociales, technologies, économiques et environnementales majeurs, la 27e Région, "labo de transformation publique" initié par l’Association des Régions de France, explore depuis 2008 de nouvelles façons d’innover au sein des politiques publiques. Les premiers enseignements de ce travail sont aujourd’hui rassemblés dans cette première édition. Publié à la Documentation française, Design des politiques publiques a été présenté en avant-première au 30e Salon du livre et à la 19e Journée du livre politique.

Design des politiques publiques est en vente au prix de 18 euros. Disponible depuis ladocumentationfrancaise.fr, amazon.fr, etc.

Presse

Contacts : marie-therese.even@dila.gouv.fr, johanna.obyrne-burel@wanadoo.fr, vroutin@fing.org

Dossier de presse à télécharger.

Design graphique : g.u.i et Unefois2. Responsable de rédaction : Anne Daubrée. Rédacteurs : Anne Daubrée, Stéphane Vincent. Avant-propos, préface : Stéphane Vincent, Romain Thévenet, Christian Paul

Avr 1er 2010

La Région DIY*

Billet publié par Stéphane Vincent
Tags: Innovation , Politique publique

Fort du succès des régionales, plusieurs régions viennent de transformer radicalement leur organigramme. La direction de l’aménagement devient "L’acupuncteur territorial" ; Son rôle est de produire des micro-interventions ça et là sur le territoire -en réalité, à des points de tension précis, mûrement réfléchis.

On a également tourné le dos aux subventions, aux appels à projets et à tout ce qui, armé du souci légitime de développer le territoire, créait en réalité de la compétition inutile et encourageait les chasseurs de primes, plutôt que de susciter de la coopération. Certes, quand il s’agit de soigner une maladie plus grave, on sait passer à des traitements plus lourds...

La politique est maintenant celle de l’interdisciplinarité ; c’est pourquoi la Région rassemble des fonctionnaires territoriaux, des sociologues de terrain, des designers de services, des scénaristes, des historiens, des blogueurs... La mission numérique est devenu un projet, appelé "L’explorateur social et technologique".

Cette diversité des profils est maintenant palpable dans l’Hôtel de Région, qui est maintenant installé au coeur du quartier, partageant sa cantine et ses salles de réunion avec le lycée et la pépinière d’entreprise d’à côté.

Ah oui, il faudra qu’on vous explique pourquoi les services de documentation s’appellent maintenant "Fabrique de la mémoire territoriale", et comment les directions de la communication sont devenues, elles, les "Fabriques d’infrastructures ouvertes"... Promis, on vous en reparle, rendez-vous l’année prochaine, même jour, même heure !

*Do it yourself (et toi, ta région, tu la ferais comment ?)

Mar 26 2010

Que faire des appels à projets ?

Billet publié par Stéphane Vincent
Tags: Développement local , Innovation , Politique publique

Dans le cadre d’une série d’articles consacrés aux nouvelles formes d’innovation publique, et faisant suite à celui rapporté par Laura Pandelle en février dernier, le Nesta, agence d’innovation britannique, se penche cette fois-ci, dans "Mass localism - A way to help small communities solve big social challenges" (812 Ko) sur la question du passage à l’échelle des projets locaux -tout particulièrement ceux touchant à des problématiques complexes tels les enjeux climatiques ou les questions de santé.

La question taraude depuis des dizaines d’années tous les innovateurs, développeurs et aménageurs. On pourrait la résumer ainsi : chacun s’entend aujourd’hui à reconnaître la supériorité des micro-projets locaux portés par des communautés actives, en termes de qualité et de durabilité, sur la plupart des « grands projets » portés depuis le haut ; le problème est que personne ne sait vraiment comment disséminer –personne n’ose plus dire généraliser- à l’échelle extra-locale, voire nationale, à partir de ces cas. En effet, malgré tous les recueils de bonnes pratiques et autres échanges d’expériences, les qualités locales d’un projet ne sont presque jamais reproductibles ailleurs. Comment atteindre ce fichu Graal que représente le passage à l’échelle ?

Dans cet article, le Nesta tire des enseignements du Big Green Challenge, un appel à projets d’une durée de 2 ans qu’il a lui-même initié, doté d’un million de livres, et destiné à soutenir des initiatives s’engageant à réduire les émissions de carbone. Les enseignements tirés par le Nesta sont très stimulants… mais selon moi, pas tous convaincants.

Les faits, tout d’abord : dans le cadre du Big Green Challenge, sur les 350 répondants, 100 projets portés par des communautés locales ont été sélectionnés, parmi lesquels 10 finalistes. Ces 10 finalistes ont alors bénéficié d’une aide de 20 000 livres et d’un accompagnement du Nesta sur un an. Au terme de cet accompagnement, 4 lauréats ont été finalement retenus en janvier 2010, trois remportant chacun une mise de 300 000 livres, et le quatrième une prime de 100 000 livres. Les finalistes vont d’une communauté d’entreprises se convertissant à l’énergie micro-hydraulique, à des projets dans l’alimentaire au coeur de Londres, en passant par une ferme urbaine.

Concentrer l’effort sur l’empowerment des communautés

Le Nesta tire de cette expérience cinq enseignements susceptibles de développer ce qu’il appelle le "localisme de masse" :

  • Il faut promouvoir un objectif précis : dans Big Green, les communautés doivent s’engager à un objectif précis en terme de réduction de l’émission de carbone dans un délai donné ;
  • Il faut faire confiance à la communauté dans sa capacité d’innover : il vaut mieux miser sur la capacité d’une communauté à construire ses propres solutions que de se focaliser autour de l’hypothétique reproduction de « bonnes pratiques » ;
  • Il faut privilégier l’accompagnement et la stimulation en début de processus, plutôt que le financement immédiat : c’est parce que les projets présélectionnés dans Big Green ont d’abord été accompagnés (mais pas encore financés) pendant un an qu’au terme du processus ils s’étaient constitués en entreprises sociales ou en coopératives, accomplissant un véritable bond en termes d’apprentissage ;
  • Il faut faire sauter les barrières : peu de contraintes sont imposés dans Big Green, on ne cherche pas à multiplier les critères de sélection et les formalités administratives ; ainsi, ceux qui ne participent d’ordinaire pas à ce type de démarche sont actifs : particuliers, micro-projets, etc.
  • Il faut récompenser l’atteinte des objectifs : en se focalisant sur l’atteinte des objectifs plutôt que sur les moyens, Big Green libère les solutions possibles et ne privilégie pas l’activisme.

On ne peut que souscrire massivement à la thèse du Nesta : les acteurs publics, en particulier l’Etat, feraient bien de changer radicalement leur regard –et par voie de conséquence les politiques qui vont avec- sur ces solutions de terrain, parmi les seules à même de fournir des réponses robustes à tous les grands enjeux sociaux, économiques et environnementaux du moment. C’est ce que le Nesta nomme « localisme de masse ». Au lieu de faire valoir des solutions à la fois prédéfinies, prescrites, poussées et autorisées par le centre, les élus devraient créer davantage les conditions pour que les communautés inventent et développent leurs propres solutions entre elles. L’enjeu n’est pas simplement, selon le Nesta, d’alléger la bureaucratie gouvernementale, ni même de multiplier les concours de ce type, mais de créer les conditions durables pour que les communautés locales s’organisent elles-mêmes. La démarche du Nesta a l’immense mérite de décrypter ce phénomène et de préconiser un changement de perspective.

Localisme de masse ou acupuncture territoriale ?

En revanche, le concours du Nesta pose selon moi une question d’une autre nature : celle du bien fondé des concours et des appels à projets qui fleurissent depuis une vingtaine d’années dans toutes les politiques publiques, européennes, nationales et locales. Apparu comme une forme d’alternative à la complexité du mille-feuille opaque des subventions, l’appel est projet est devenu une constante des politiques publiques sur tous les thèmes émergents -nouvelles technologies, innovation, développement durable, etc- sans qu’une véritable réflexion ait jamais permis d’en penser les effets. Pour ma part, je me pose plusieurs questions sur Big Green :

  • Le Nesta peut sans doute être satisfait de la qualité des 10 projets sélectionnés et des 3 lauréats ; mais en quoi contribuent-ils mieux qu’avant à des objectifs de dissémination à l’échelle nationale, autre que ceux que leur confère leur exemplarité, comme dans tous les concours habituels ? Le Nesta ne donne aucune indication sur la façon dont les résultats du concours vont avoir un impact en termes de dissémination, par exemple de quelle manière pourrait s’organiser le partage d’expérience.
  • Qu’advient-il des 250 projets non retenus ? Sont-ils disqualifiés en tant que projets aux yeux des décideurs publics et des investisseurs ? Comment pourraient-ils percevoir leur échec autrement que comme un découragement, dans un système fondé sur la compétition et l’excellence ? Que faire des milliers de personnes qui subissant cet échec, vont soit renoncer, soit rencontrer de nouvelles difficultés pour poursuivre ?
  • Si le rôle du niveau national se résume à mieux soutenir toutes les communautés locales réductrices d’émissions de carbone, en quoi cela va t-il influer pour autant sur la politique énergétique nationale ? Peut-il contribuer à transformer des comportements à l’échelle locale, sans transformer des comportements au sein des politiques nationales ?

Mon sentiment, au fond, est que l’appel à projets est le plus souvent une sous-production du management public du siècle dernier, une vision entrepreneunariale basée sur la compétition, avec ses gagnants et ses perdants. Or je ne suis pas sûr que ces valeurs de compétition (entre les projets comme entre les territoires) nous permettent d’affronter les défis sociaux, économiques, technologiques et environnementaux actuels. Je ne fais pas simplement de cette question un débat entre les approches anglo-saxonnes basées sur le mérite et la compétition, et la culture républicaine et l’égalitarisme –quoique. Je ne jette pas non plus la pierre aux promoteurs de ces initiatives : j’y ai moi-même souvent participé, et j’en ai même initié. Mais je crois qu’il y a là le signe d’une crise de l’ingénierie et des modes d’intervention publiques. Il y a en apparence des effets extrêmement positifs dans ces démarches, mais ils masquent souvent d’autres effets plus pernicieux. Je propose seulement qu’une réflexion s’engage sur l’aptitude de ces démarches à répondre aux défis d’aujourd’hui, et qu’à côté des appels à projets puissent se développer d’autres types d’interventions, davantage articulés autour de la mise en réseau, de la collaboration, de la micro-expérimentation locale, de l’expérimentation collective et de "l’expérience partagée" -plus que du simple partage d’expériences. J’ai l’impression qu’à côté du "localisme de masse", il y a aujourd’hui de la place pour des formes "d’acupuncture territoriale"* pour transformer durablement les territoires.

* L’expression est de François Jégou, designer et directeur scientifique de Territoires en Résidences

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