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Avr 18 2010

Scénarios d’avenir en milieu péri-urbain

Billet publié par Stéphane Vincent
Tags: Développement local , Innovation , Nord Pas de Calais , Politique publique

Dans une enquête publiée en février sur l’urbanisme à la française, Telerama se demandait "comment la France avait pu devenir aussi moche". Pression à la propriété, mitage des terrains agricoles, réduction de la mixité sociale et intergénérationnelle, engorgement des transports, campagne dortoir... Comment traiter tous ces dysfonctionnements, et quel travail "d’acupuncture territoriale" permettrait d’améliorer le quotidien de l’habitant du péri-urbain ?

François Jégou, directeur de l’agence Strategic Design Scenarios à Bruxelles, et directeur scientifique de "Territoires en résidences", organisait la semaine du 15 mars un workshop avec une vingtaine d’élèves de l’Ensci, en partenariat avec la Région Nord-Pas de Calais, le syndicat mixte du Grand Douaisis et la 27e Région. Terrain de jeu : l’agglomération de Douai. Le résultat prend la forme de 24 scénarios d’innovations sociales et de services collaboratifs "nouvelle génération", autour de la gare, des nouvelles activités locales, des systèmes d’informations localisés, des relations de voisinage, du tourisme local, de la mobilité de proximité, ou encore des circuits alimentaires courts. La vidéo ci-après présente la synthèse de ce travail, décrit plus en détails et à l’aide d’autres vidéos sur le site de Sustainable Everyday Project, le programme animé par François Jégou.

Trailer ENSCI from Strategic Design Scenarios on Vimeo.

Mar 26 2010

Que faire des appels à projets ?

Billet publié par Stéphane Vincent
Tags: Développement local , Innovation , Politique publique

Dans le cadre d’une série d’articles consacrés aux nouvelles formes d’innovation publique, et faisant suite à celui rapporté par Laura Pandelle en février dernier, le Nesta, agence d’innovation britannique, se penche cette fois-ci, dans "Mass localism - A way to help small communities solve big social challenges" (812 Ko) sur la question du passage à l’échelle des projets locaux -tout particulièrement ceux touchant à des problématiques complexes tels les enjeux climatiques ou les questions de santé.

La question taraude depuis des dizaines d’années tous les innovateurs, développeurs et aménageurs. On pourrait la résumer ainsi : chacun s’entend aujourd’hui à reconnaître la supériorité des micro-projets locaux portés par des communautés actives, en termes de qualité et de durabilité, sur la plupart des « grands projets » portés depuis le haut ; le problème est que personne ne sait vraiment comment disséminer –personne n’ose plus dire généraliser- à l’échelle extra-locale, voire nationale, à partir de ces cas. En effet, malgré tous les recueils de bonnes pratiques et autres échanges d’expériences, les qualités locales d’un projet ne sont presque jamais reproductibles ailleurs. Comment atteindre ce fichu Graal que représente le passage à l’échelle ?

Dans cet article, le Nesta tire des enseignements du Big Green Challenge, un appel à projets d’une durée de 2 ans qu’il a lui-même initié, doté d’un million de livres, et destiné à soutenir des initiatives s’engageant à réduire les émissions de carbone. Les enseignements tirés par le Nesta sont très stimulants… mais selon moi, pas tous convaincants.

Les faits, tout d’abord : dans le cadre du Big Green Challenge, sur les 350 répondants, 100 projets portés par des communautés locales ont été sélectionnés, parmi lesquels 10 finalistes. Ces 10 finalistes ont alors bénéficié d’une aide de 20 000 livres et d’un accompagnement du Nesta sur un an. Au terme de cet accompagnement, 4 lauréats ont été finalement retenus en janvier 2010, trois remportant chacun une mise de 300 000 livres, et le quatrième une prime de 100 000 livres. Les finalistes vont d’une communauté d’entreprises se convertissant à l’énergie micro-hydraulique, à des projets dans l’alimentaire au coeur de Londres, en passant par une ferme urbaine.

Concentrer l’effort sur l’empowerment des communautés

Le Nesta tire de cette expérience cinq enseignements susceptibles de développer ce qu’il appelle le "localisme de masse" :

  • Il faut promouvoir un objectif précis : dans Big Green, les communautés doivent s’engager à un objectif précis en terme de réduction de l’émission de carbone dans un délai donné ;
  • Il faut faire confiance à la communauté dans sa capacité d’innover : il vaut mieux miser sur la capacité d’une communauté à construire ses propres solutions que de se focaliser autour de l’hypothétique reproduction de « bonnes pratiques » ;
  • Il faut privilégier l’accompagnement et la stimulation en début de processus, plutôt que le financement immédiat : c’est parce que les projets présélectionnés dans Big Green ont d’abord été accompagnés (mais pas encore financés) pendant un an qu’au terme du processus ils s’étaient constitués en entreprises sociales ou en coopératives, accomplissant un véritable bond en termes d’apprentissage ;
  • Il faut faire sauter les barrières : peu de contraintes sont imposés dans Big Green, on ne cherche pas à multiplier les critères de sélection et les formalités administratives ; ainsi, ceux qui ne participent d’ordinaire pas à ce type de démarche sont actifs : particuliers, micro-projets, etc.
  • Il faut récompenser l’atteinte des objectifs : en se focalisant sur l’atteinte des objectifs plutôt que sur les moyens, Big Green libère les solutions possibles et ne privilégie pas l’activisme.

On ne peut que souscrire massivement à la thèse du Nesta : les acteurs publics, en particulier l’Etat, feraient bien de changer radicalement leur regard –et par voie de conséquence les politiques qui vont avec- sur ces solutions de terrain, parmi les seules à même de fournir des réponses robustes à tous les grands enjeux sociaux, économiques et environnementaux du moment. C’est ce que le Nesta nomme « localisme de masse ». Au lieu de faire valoir des solutions à la fois prédéfinies, prescrites, poussées et autorisées par le centre, les élus devraient créer davantage les conditions pour que les communautés inventent et développent leurs propres solutions entre elles. L’enjeu n’est pas simplement, selon le Nesta, d’alléger la bureaucratie gouvernementale, ni même de multiplier les concours de ce type, mais de créer les conditions durables pour que les communautés locales s’organisent elles-mêmes. La démarche du Nesta a l’immense mérite de décrypter ce phénomène et de préconiser un changement de perspective.

Localisme de masse ou acupuncture territoriale ?

En revanche, le concours du Nesta pose selon moi une question d’une autre nature : celle du bien fondé des concours et des appels à projets qui fleurissent depuis une vingtaine d’années dans toutes les politiques publiques, européennes, nationales et locales. Apparu comme une forme d’alternative à la complexité du mille-feuille opaque des subventions, l’appel est projet est devenu une constante des politiques publiques sur tous les thèmes émergents -nouvelles technologies, innovation, développement durable, etc- sans qu’une véritable réflexion ait jamais permis d’en penser les effets. Pour ma part, je me pose plusieurs questions sur Big Green :

  • Le Nesta peut sans doute être satisfait de la qualité des 10 projets sélectionnés et des 3 lauréats ; mais en quoi contribuent-ils mieux qu’avant à des objectifs de dissémination à l’échelle nationale, autre que ceux que leur confère leur exemplarité, comme dans tous les concours habituels ? Le Nesta ne donne aucune indication sur la façon dont les résultats du concours vont avoir un impact en termes de dissémination, par exemple de quelle manière pourrait s’organiser le partage d’expérience.
  • Qu’advient-il des 250 projets non retenus ? Sont-ils disqualifiés en tant que projets aux yeux des décideurs publics et des investisseurs ? Comment pourraient-ils percevoir leur échec autrement que comme un découragement, dans un système fondé sur la compétition et l’excellence ? Que faire des milliers de personnes qui subissant cet échec, vont soit renoncer, soit rencontrer de nouvelles difficultés pour poursuivre ?
  • Si le rôle du niveau national se résume à mieux soutenir toutes les communautés locales réductrices d’émissions de carbone, en quoi cela va t-il influer pour autant sur la politique énergétique nationale ? Peut-il contribuer à transformer des comportements à l’échelle locale, sans transformer des comportements au sein des politiques nationales ?

Mon sentiment, au fond, est que l’appel à projets est le plus souvent une sous-production du management public du siècle dernier, une vision entrepreneunariale basée sur la compétition, avec ses gagnants et ses perdants. Or je ne suis pas sûr que ces valeurs de compétition (entre les projets comme entre les territoires) nous permettent d’affronter les défis sociaux, économiques, technologiques et environnementaux actuels. Je ne fais pas simplement de cette question un débat entre les approches anglo-saxonnes basées sur le mérite et la compétition, et la culture républicaine et l’égalitarisme –quoique. Je ne jette pas non plus la pierre aux promoteurs de ces initiatives : j’y ai moi-même souvent participé, et j’en ai même initié. Mais je crois qu’il y a là le signe d’une crise de l’ingénierie et des modes d’intervention publiques. Il y a en apparence des effets extrêmement positifs dans ces démarches, mais ils masquent souvent d’autres effets plus pernicieux. Je propose seulement qu’une réflexion s’engage sur l’aptitude de ces démarches à répondre aux défis d’aujourd’hui, et qu’à côté des appels à projets puissent se développer d’autres types d’interventions, davantage articulés autour de la mise en réseau, de la collaboration, de la micro-expérimentation locale, de l’expérimentation collective et de "l’expérience partagée" -plus que du simple partage d’expériences. J’ai l’impression qu’à côté du "localisme de masse", il y a aujourd’hui de la place pour des formes "d’acupuncture territoriale"* pour transformer durablement les territoires.

* L’expression est de François Jégou, designer et directeur scientifique de Territoires en Résidences

Oct 21 2009

La maison des cultures professionnelles, un espace de transversalité dans l’action publique ?

Billet publié par Romain Thévenet dans la catégorie Divers
Tags: centre , Développement local

Juste en face de la gare de Vierzon, se dresse un ancien bâtiment industriel converti en lieu multi-disciplinaire : La Maison des Cultures Professionnelles.

A l’entrée, pas d’accueil, mais une série de petites cabanes

A l’origine, ce bâtiment accueillait l’usine CASE qui avait pris la suite de "la Société Française" et qui a fermé définitivement ses portes en 1995. C’est à cette époque que la Ville de Vierzon décide de créer un lieu où puissent se croiser les demandeurs d’emploi, des créateurs d’entreprise, des dirigeants d’entreprise, des personnels en formation, … Aujourd’hui différentes associations de développement territorial et d’accompagnement au public, cohabitent au sein de plusieurs préfabriqués dans cet immense hangar. Ce sont autant de bureaux qui accueillent un point information jeunesse, une mission locale, un point cyber, la communauté de communes avec différentes missions : communication, environnement… On peut également y trouver une pépinière d’entreprise, et encore plus étonnant, une collection de tracteurs anciens, entreposés dans le fond du hangar, attendant d’être installés dans un musée. Au total ce sont plus d’une soixante de personnes qui travaillent dans ce lieu étonnant.

D’emblée on est attiré par le mélange des genre. Le nom de "culture professionnelle" l’annonce déjà, mais la disposition des bureaux comme des maisons autour d’une rue centrale, renforce cette impression que tout est possible. Car, pour une fois, on peut vraiment identifier les différents bureaux en un coup d’œil juste en ce promenant dans cette "rue" centrale.

L’animatrice de l’espace numérique souligne pourtant qu’il n’y a pas vraiment d’échanges entre ces différents organismes. "De l’extérieur ça a l’air d’être un beau projet de tous nous mélanger, mais la cohabitation n’est pas toujours facile. Par exemple, quand les gars bricolent sur les tracteurs, et que nous, on travaille avec les enfants sur les ordinateurs, on n’arrive plus à se concentrer."

"Un tiers lieu ?"

Situé en face de la gare, ce bâtiment bénéficie pourtant d’un potentiel important, par exemple dans l’accueil de personnes en transition entre leur domicile et leur bureau. Des possibilités multiples se dessinent pour construire des projets interdisciplinaires : entre numérique, économique, environnemental, social, culturel… En écoutant quelques uns des "habitants" de ce presque "tiers lieu" se pose la question de la construction de ces projets interdisciplinaires. Comment faire de ce lieu une opportunité de croisement plutôt qu’une difficulté à vivre ensemble ? N’y aurait-il pas là une façon de répondre au besoin de "guichet unique" souvent invoqué par les Régions ?

Jun 16 2009

Les barrios tentent la voie du projet collaboratif, version 2.0

Billet publié par Anne Daubrée
Tags: Aménagement , Démocratie , Développement local , légalité , technologies de l’information

Comment mener un projet de politique publique dans des territoires où l’urbanisme et l’économie se sont développés de façon complètement anarchique ? Le 11 juin, à la bibliothèque francophone de Second Life, Sylvain Maire et Simon Sarazin, deux bénévoles français ont raconté « Colibri » le projet qu’ils mènent depuis deux ans dans les Barrios de Caracas, au Venezuela. Le projet Colibri est mené avec l’association Colombbus, qui implante des centres de formation aux technologies de l’information dans ces quartiers. Le principe : mettre en place une plate forme informatique collaborative de politique publique, où, par exemple, le plan cadastral ou le recensement se feraient avec les habitants, qui seuls, détiennent ces connaissances. « C’est un projet en prise directe avec la population et avec leurs représentants les plus proches les conseils de communes, qui sont des anciens, implantés dans le territoire » insistent Sylvain Maire et Simon Sarazin. Etape successive, Colibri deviendrait l’outil « qui permettrait aux structures locales de présenter leurs projets au ministère concerné, et obtenir les financements nécessaires ». Cela dit, de l’état des lieux à la réalisation, il y a un monde, reconnaît l’équipe de Colibri.

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Réunion au couleurs de Colibri, sur SL

Légalité et implication Les questions liées à la collecte des données personnelles, vu des barrios, semblent pour l’instant presque surréalistes, même si l’équipe de Colibri entend y prêter attention. « Le problème des barrios, c’est celui du silence qui s’abat sur eux ». Exemples : la police qui n’intervient pas, le flou sur la légalité …. Connaître le territoire, ce sera mettre à jour toute l’économie illégale qui y sévit. « Tout le monde sait qu’il y a une occupation illégale des sols. Il s’agira de les rendre visibles, pour rendre les parcelles légales pour ceux qui les occupent depuis longtemps. C’est tout l’intérêt d’avoir un cadastre ce que permet de faire Colibri, le gouvernement avait voulu le faire » soulignent Sylvain Maire et Simon Sarazin. Autre aspect – non négligeable » du projet, le développement de projets qui répondent réellement aux besoins des habitants, et l’implication de ces derniers, rassurés quant à la réalité des projets : Colibri « permet à la population de suivre et de vérifier l’avancée des projets, de se sentir impliquée » expliquent Sylvain Maire et Simon Sarazin. Colibri pourrait aussi servir à développer d’autres pratiques comme les systèmes d’échanges de services entre les habitants, suggèrent les participants à la réunion.

Un projet pour tous ? Pour l’instant, l’équipe cherche 40 000 euros, pour le déploiement de la plate-forme, ainsi que des compétences, notamment sur les mécanismes de la participation. Le gouvernement vénézuélien s’est montré « encourageant », mais n’a pas fourni de financements. La plate forme Colibri pourrait être adaptées à d’autres endroits, notamment en Amérique latine, d’après ses concepteurs. Il pourrait se révéler également extrêmement riche en enseignements pour les autres territoires, plus développés. Paradoxalement, la faiblesse de la structure publique dans ce pays pourrait permettre un déploiement maximal du potentiel de transparence et de participation des tics, donnant naissance à des formes de gouvernance inédites.

Avr 28 2009

Peut-on faire du neuf en matière de prospective territoriale ?

Billet publié par Stéphane Vincent
Tags: Citoyenneté , Créativité , Développement local , Environnement , Lycée , Nord Pas de Calais , prospective , Quotidien , social , solidarité , technologie , Ville

Bretagne 2032, Limousin 2027, France 2020... Nous avions très envie de nous frotter à la prospective territoriale, exercice pratiqué depuis longtemps par quelques dizaines de collectivités françaises de tous échelons. L’occasion nous en a été donnée en Nord-Pas de Calais : nous venons d’explorer avec la Région de nouvelles façons d’élaborer et d’enrichir un exercice de prospective territoriale, mais aussi d’en rendre compte en public. Ca se passait le 14 avril dernier à l’Hôtel de Région du Nord-Pas de Calais, à Lille. Retour sur un mois de préparatifs...

2040 : la vie de 6 ch’tis en images

Comment vulgariser les enseignements d’un travail de prospective et le rendre accessible au delà des cercles d’experts ? Rapidement s’est imposée l’idée de réinterpréter librement les pistes prospectives élaborées pendant un an par les 6 groupes thématiques du collège régional de prospective, l’instance créée par la Région. Pour chaque thème (société de la connaissance, enjeux environnementaux, citoyenneté, etc), nous avons imaginé un personnage queFélix Compère, designer et graphiste, a brillamment mis en images. Romain et moi avons rédigé les textes des voix off. L’enregistrement a été réalisé en une journée, à la Cantine, dans un studio improvisé avec quelques mètres de tissu, et un micro sur pied.

Félix Compère à la planche à dessin - Un studio d'enregistrement improvisé à la Cantine

Plusieurs membres de la Fing et quelques amis ont prêté leur voir ou leur visage. Les clips sont conçus à partir de photomontages animés, retouchés à la palette graphique. Du "bricolage de qualité", donc : il ne s’agissait pas de rivaliser avec les studios Pixar... mais au contraire de montrer qu’avec peu de moyens, chacun peut prendre part à l’exercice de la prospective.

Avant et après : Arnaud, conducteur de Dirigeable Express Régional en 2039

Il était également important que le fruit de ce travail paraisse suffisamment crédible (le contenu des clips, conçu sur mesure à partir des enseignements des groupes, est rigoureusement basé sur des faits scientifiques et/ou plausibles), mais que le ton permette aussi de faire passer des impressions difficiles à faire passer dans les rapports, ou des idées délicates à décrire : la ville sécuritaire, l’après-Sangatte et les grandes migrations climatiques à venir. Les 6 vidéos sont sur Youtube et sont visibles ici, sur cette interface originale dégotée par Loïc Hay, ou sur le site de la Fing.

Comment créer du dialogue au sein de l’hémicycle régional ?

Un autre test consistait à introduire des modalités de dialogue au sein du public lors de la soirée de présentation des travaux du collège, le 14 avril. Comment permettre aux cent participants du collège de s’exprimer à tout moment, de commenter librement les interventions, de suggérer des sources ? Pas facile, dans l’enceinte écrasante de l’hémicycle régional, de créer la convivialité nécessaire... Pour ce faire, nous avons légèrement détourné le principe du panneau de micro-blogging expérimenté par nos collègues Charles Nepote et Renaud Francou, du programme Identités Actives. D’abord, en distribuant aux participants des feuilles titrées "A mon avis", sur laquelle ils étaient invités à faire part de leurs remarques à tout instant de la présentation. D’abord timide, le mouvement s’est amplifié et un flux régulier de feuilles annotées sont remontées (commentaires, réactions, sources bibliographiques, questions...), et nous avons pu les distiller tout au long des présentations en les projetant sur un écran spécialement dédié.

Le making of de la prospective régionale

Enfin, nous avions convaincu l’équipe prospective de profiter de la soirée pour lancer un blog décrivant dorénavant en continu l’activité de la direction prospective, de ses travaux en cours, de ses publications, mais mobilisant également la vidéo et la photo. Un outil de "making of", en quelque sort, de l’action prospective de la Région. Un peu de calage est encore nécessaire, mais c’est en tout cas chose faite, la direction informatique ayant mis à disposition ses ressources à cet effet.

Quels enseignements ? A ce stade, les participants du collège régional semblent avoir apprécié les clips, en tant qu’objet à partir desquels ils pouvaient s’exprimer, se positionner, qu’ils pouvaient enrichir ou prendre à contre-pied. Le format a pu désarçonner quelques participants, mais l’équipe prospective semble convaincue qu’elle doit dorénavant être en capacité de travailler sur ce type de format, de mobiliser l’image, la vidéo, l’illustration. Le blog "journal de bord" est encore trop jeune, mais l’équipe semble motivée pour en faire un nouvel outil de travail. A suivre !

Avr 23 2009

Le développement local italien mise sur les individus

Billet publié par Anne Daubrée
Tags: Créativité , Développement local , Europe , Innovation , technologie

Projet numéro 1 : confier les touristes à des « anges gardiens », les habitants de Naples, ville qui séduit mais impressionne… Projet numéro 2 : proposer aux vacanciers navigants d’acheter dans un endroit convivial basilic et les autres aliments produits localement, lors d’une escale dans le port de la Spezia, puis repartir avec les recettes associées…

La base : des individus

Quelques 85 projets prennent aujourd’hui corps sur Kublai, un réseau social sur internet, mis sur pied par le Ministère pour le développement de l’économie italien, en mars 2008. L’objectif consiste à faire émerger les initiatives susceptibles de participer au développement local. Avec un parti pris : « nous nous adressons à des personnes » insiste Alberto Cottica, project manager de Kublai. Concrètement, « nous aidons les porteurs de projets à définir précisément leur idée, à identifier les ressources nécessaires, et à « avoir fait les comptes » même si le projet n’est pas forcément rentable au sens strictement économique, s’il comporte une valeur sociale, par exemple. Mais nous ne voulons pas les formater »complète-t-il. Une fois le projet bien défini, l’équipe de Kublai le présente auprès d’entités publiques ou privées qu’il pourrait intéresser. En revanche, pour éviter d’attirer des projets raclette à subvention, les financements directs ne sont pas prévus.

Kublai Une communauté et des experts

« La véritable richesse de Kublai tient dans la capacité auto-organisatrice du groupe qui s’est créé » d’après Federico Bo, un ingénieur informaticien. Lui même fait partie du « team » d’un projet et apporte des aides ponctuelles à quatre autres. Et ainsi de suite…De fait, une véritable communauté s’est constituée : 700 personnes constituent les unes pour les autres un vivier de compétences (informatique, créativité, design, artistes….). Ce système «  permet une accélération des collaborations entre les individus. Autrement, cela serait beaucoup plus compliqué » témoigne Federico Bo. S’y ajoute l’expertise du Ministère, qui informe, par exemple, sur les possibilités de financement des projets. Au total, deux personnes à plein temps animent le réseau, aidées d’une petite dizaine de membres de la communauté, dont les interventions ponctuelles et bénévoles, sont à présent rémunérées. Et les interactions passent par tous les canaux jugés utiles : la plateforme du réseau social elle même, Second life…

Les collectivités locales s’agrègent

C’est tout à fait volontairement le « laboratoire pour les politiques de développement », une microstructure du ministère pour le Développement économique, qui permet de décider et de financer des projets de manière souple, a choisi de baser le projet sur les initiatives des individus. Marco Magrassi, l’un des commanditaires du projet Kublai au sein du ministère, souligne les difficultés de travailler sur une logique de partage dans les administrations, et ajoute : « Maintenant que le projet Kublai est bien assis, nous élaborons des protocoles d’accord avec des collectivités locales qui veulent en bénéficier ». Des régions sont sur les rangs. La ville de Modena a déjà franchi le pas. Bref, avec un investissement de 300 000 euros sur un an, Kublai a réussi le pari de constituer une communauté foisonnante de projets, dispersée sur le territoire national. Aujourd’hui, les premiers projets sont entrain d’être présentés à de potentiels partenaires, à Milan et Naples. Seul souci, des zones géographiques restent vides de projets, notamment dans le sud de la péninsule. Or, parmi les objectifs du projet figure le développement du Mezzogiorno. «  Le réseau social se déploie de façon autonome. Nous ne le maitrisons pas. Nous allons essayer de le faire connaître dans ces endroits » admet Marco Magrassi. L’invention de nouveaux outils de politique publique ne se fait pas en un jour.

Avr 17 2009

Rencontre avec les animateurs des Pactes Locaux

Billet publié par Stéphane Vincent
Tag : Développement local

Rencontre très intéressante avec les animateurs du collectif des Pactes Locaux, qui vise à "dégager les principes et les méthodes d’un développement local mobilisateur suscitant des territoires vivants", avec quatre objectifs : Augmenter la cohésion sociale, la solidarité, la qualité de la vie démocratique ; Transformer la conception et l’exercice du pouvoir ; Révéler des capacités ; Contractualiser une concertation effective.

Comme me l’explique Martine Théveniaut, qui a pris contact avec moi, notre rencontre fait partie d’un exercice qu’affectionne particulièrement les membres du collectif : repérer des acteurs, et organiser des réunions informelles, dans toutes les régions. Notre conversation tournera d’ailleurs autour de nouvelles formes d’intervention locale et de l’innovation territoriale.

Petite présentation des participants :

Martine Theveniaut est déléguée générale des Pactes Locaux*, et participe au comité de pilotage de Lux’09, une manifestation internationale consacrée à l’économie sociale et solidaire et qui réunissait 700 personnes en avril dernier.

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France Joubert, ancien secrétaire régional de la CFDT Poitou-Charentes, est l’un des principaux créateurs des groupements d’employeurs (Ils sont 5000 en France et regroupent 35 000 salariés), créés en Poitou-Charentes et qui devraient connaître une nouvelle jeunesse avec la crise. Il préside le tout nouveau Centre Européen de Ressources des Groupements d’Employeurs.

Alain Laurent est consultant, spécialiste du tourisme responsable. Il intervient en France et dans le monde entier sur de nouveaux modèles de tourisme "durable".

Bruno Racine est l’un des animateurs des clubs "Partenaires pour Agir". Agissant à l’échelon interrégional, les Clubs « Partenaires pour Agir » sont ouverts aux représentants des collectivités territoriales, aux acteurs de l’entreprise, des réseaux associatifs, des réseaux d’expertises et de l’éducation, aux représentants de l’Etat, aux professionnels et militants du développement local … Pour eux, ils sont un outil d’aide à la décision et à l’action.

Judith Hitchman, enfin, est irlandaise, elle parcourt l’Europe pour découvrir de nouveaux modèles de développement local.

Avr 13 2009

Région Ile-de-France : les associations à la rencontre du numérique

Billet publié par Stéphane Vincent
Tags: Associations , Citoyenneté , Démocratie , Développement local , Ile-de-France , Paris , Quartier , solidarité , Ville , Web2.0

La Région Ile-de-France organisait en novembre dernier une journée dédiée au rôle nouveau des outils et médias numériques dans la vie des associations franciliennes. Près de 500 personnes y assistaient. Les actes viennent seulement d’être mis en ligne, mais cette attente est bien récompensée par de nombreux comptes-rendus, photos et vidéos de cette journée très dense.

L’atelier que j’animais portait sur l’irruption des outils numériques dans le débat public. Plusieurs témoignages (Bondy Blog, la Télé Libre, Christophe Grébert) convergeaient pour montrer à quel point l’autonomie des habitants et citoyens (la "capacitation" dont Philippe Aigrain se fait l’écho) pouvait aujourd’hui passer par la maîtrise du langage audiovisuel et numérique, la capacité à s’exprimer via un blog ou un podcast, et qu’il y avait là le terreau de nouveaux projets collectifs. L’un des rôles possibles pour la Région pouvait alors consister à encourager, démultiplier par tous moyens -en particulier à travers le tissu associatif- cette capacité des habitants franciliens, à bloguer, filmer leurs vie, leurs aspirations, leurs problèmes.

Les participants à cette table ronde : Dorothée Browaeys, Vivagora, qui a pour objectif de promouvoir une culture de débat sur les questions scientifiques et techniques ; Céline Braillon et Bruno Lestienne, Adels, lieu d’échange et de propositions pour le développement de la démocratie locale ; Nordine Nabili, directeur de l’agence Proxiprod et rédacteur en chef du Bondy Blog ; Olivier Blondeau, sociologue, étudie les usages de l’Internet et plus précisément, les usages politiques et militants du réseau ; John Paul Lepers, directeur de l’Information de La « TéléLibre », télévision citoyenne sur internet ; et Christophe Grebert, animateur du site "webcitoyen", qui vise à défendre le droit d’expression et à favoriser l’émergence du débat public dans les villes françaises.

A noter ce site, "Projets citoyens", créé dans le prolongement de cette journée par la Région Ile-de-France et destiné à mettre en réseau et capitaliser l’ensemble des efforts mis en oeuvre par les associations franciliennes.

Avr 6 2009

Courage, impertinence et hybridation des lieux : les clés de l’innovation publique par Luc Gwiazdzinski

Billet publié par Anne Daubrée
Tags: Développement local , Formation , Innovation , Politique publique

Logiques de réseau qui heurtent les logiques de territoire, désynchronisation des temps et éclatement des lieux … Luc Gwiazdzinski, géographe, pointe ces tendances lourdes en conséquences pour les politiques publiques. Maitre de conférence à l’Université Joseph Fournier de Grenoble, il est l’auteur de différents livres, comme « La Ville 24 heures sur 24 », ou encore « Les villes malléables », contribution à l’ouvrage « Futur 2.0 ». Impossible de citer toutes ses activités. Sortant du cadre de la recherche pure, Luc Gwiazdzinski a, par exemple, fondé en 2001 une « Maison du temps et de la mobilité », à Belfort. Comment doivent innover les politiques publiques pour s’adapter à cette nouvelle donne ? Premiers éléments de réponse de Luc Gwiazdzinski, en préparation du comité d’orientation de la 27 e région.

Du courage et un nouveau regard

«  Il y a du courage à avoir. L’innovation, c’est l’obligation de prendre des risques ». C’est d’abord en adoptant une posture nouvelle que les pouvoirs publics peuvent parvenir à piloter les changements sociétaux, pour Luc Gwiazdzinski. Car il faut faire du territoire « un lieu où l’on se rencontre ». Et il revient au politique de mettre en place les conditions de l’échange. « Aujourd’hui, il y a un manque d’enthousiasme parmi les acteurs du développement local. Il faut donner aux politiques publiques les moyens de se régénérer » estime Luc Gwiazdzinski. Car l’innovation passe par un regard nouveau, l’exploration de nouveaux champs. :« La question du temps est importante et pas seulement celle de l’espace. C’est à la mobilité qu’il faut s’intéresser, et non aux transports. Et il ne faut pas oublier le numérique… ». Une réforme du CNFPT , permettant aux agents de la fonction publique territoriale d’appréhender ces nouvelles logiques, faciliterait cette transition. Il s’agit également de se donner les moyens, en se dotant, au niveau régional, par exemple, d’une fonction recherche et développement, qui dispose de réels moyens de mener des expérimentations, d’agir.

Des plates-formes d’innovation

L’innovation ne passe pas seulement par un changement du regard, mais par une modification profonde de la gouvernance, par « la mise en place de processus d’intelligence collective ». Concrètement, il s’agirait de « plates formes d’innovations multi-scalaires, capables de croiser l’observation et la sensibilisation, la co-construction, et l’expérimentation, y compris en utilisant l’expertise citoyenne, et pas seulement celle technique » estime Luc Gwiazdzinski.. Le design serait mis à contribution pour rendre les projets attractifs, pour construire de véritables espaces de dialogue. Car, c’est un fil rouge dans les propos du géographe, l’innovation passe par le brassage. Il faut croiser le public et le privé, le central et le local, il faut laisser une place aux créatifs, artistes compris. Le géographe croit à l’importance des « lieux hybrides » et des « personnes », quel que soit leurs champs de compétence. « Dans les régions, il faut identifier les personnes qui ont envie de construire, dans tous les domaines, et bâtir un dispositif simple pour les accompagner, leur donner la possibilité de déployer leurs projets sur la durée. L’impertinence doit être valorisée » conseille-t-il. Si les territoires ont tout intérêt à échanger entre eux, le rôle de l’Etat n’en disparaît pas pour autant. Bien au contraire. La Diact devrait exercer un véritable rôle d’aménagement du territoire, notamment pour traiter le sujet de l’étalement urbain. Et elle pourrait mener une politique de labellisation de ces plates formes d’innovation, afin de systématiser les initiatives.

Avr 5 2009

Le territoire, en création permanente

Billet publié par Stéphane Vincent
Tags: Architecture , Créativité , Développement local , Innovation , prospective , rural

Petite balade du côté de la Plaine Saint-Denis ce samedi 4 avril. Je croise des gens qui convergent vers le stade de France (où Clermont va l’emporter de peu au rugby contre le Stade français, 21 à 19), et je passe de l’autre côté de la station RER ; je vais assister à l’après-midi de clôture d’un colloque sur la création et les territoires (Ethique et mythes de la création, du 2 au 4 avril) organisé dans le cadre de l’année européenne de l’innovation et de la créativité par la Maison des Sciences de l’Homme Paris Nord et par le Centre d’Histoire Culturelle des Sociétés Contemporaines.

La journée est animée par Léa Longeot (directrice de Didattica, que nous recevons le 21 avril à la Cantine) et par l’infatigable Jacky Denieul (Institut Atlantique d’Aménagement des Territoires).

Dans cette drôle de journée, dans un contexte un peu inhabituel pour moi, pleins de choses surprenantes et passionnantes.

Laboratoire communal, en Poitou Charentes.

Tout d’abord, je peux enfin mettre un visage sur Gabriel Lucas, directeur du Nombril du Monde, qui se tient tous les deux ans à Pougne-Hérisson, commune microscopique (mais Ô combien centrale, comme son nom l’indique !) des Deux-Sèvres. Il vient présenter le travail qu’il conduit dans le cadre de ce festival, né de la rencontre d’un artiste et d’une population il y a une vingtaine d’années. « Il faut le croire pour le voir », tel est l’adage du projet et un des fondements du projet artistique, considérant que, au delà des choses en elle-même, le plus important est le regard que l’on porte dessus.

(Au passage, toujours en Poitou Charentes mais sur un registre totalement différement, Christine Dion du service Economique de la Région Poitou Charentes, me rappelle que c’est aussi en Poitou Charentes, à Mouthiers sur Boëme, que deux frères industriels, font parler d’eux après avoir créé une webschool en interne, en partie pour maintenir le nombre de salariés, en partie pour l’aider à se former à des usages innovants sur internet. Jean-Michel Billaut rédigé un billet sur cette entreprise, Lippi.)

L’utopie est réalisée, elle se trouve en Picardie.

Il est toujours bon de s’entendre rappeler que rien n’est vraiment nouveau, et que les idées les plus audacieuses ont déjà été mises en oeuvre. Dans un brillant plaidoyer pour "modéliser la révolution", Emile Noël, président du festival des Hivernales et vice-président de l’Institut Charles Cros, a rapidement évoqué le projet du familistère de Guise, né du cerveau génial du patron des usines Gaudin. Insensé mais passionnant.

Ca bouge du côté des méthodes

Décidément, il se passe vraiment quelque chose du côté des méthodes et de l’ingénierie des projets publics. Hugues Bazin et Elise Macaire vont finir de m’en convaincre.

Hugues Bazin est chercheur indépendant en sciences sociales depuis 1993, diplômé de l’École des Hautes Études en Sciences Sociales en anthropologie et en sociologie. Les expressions qu’il emploie dans son travail de recherche action sur les territoires me rappelle furieusement nos premières expérimentations en résidence : il travaille sur des "parcours d’expériences", parle "d’espace réflexif", "nouvelle cartographie des lieux et des ressources humaines", "un autre rapport entre local et global, proximité et distance, public et privé, particulier et universel".

Dans sa volonté farouche de redonner la main aux habitants sur les questions architecturales et urbanistiques, Elise Macaire (Didattica) résume merveilleusement ce qu’elle nomme "l’écosophie" : "Des associations regroupant des architectes avec notamment des sociologues, des géographes, des urbanistes et des artistes (comédiens, plasticiens,…) mettent en avant des démarches alternatives au processus traditionnel d’élaboration du projet architectural ou urbain. Elles privilégient des interventions sur les petites échelles permettant une maîtrise plus importante des habitants sur le projet. Ces collectifs réalisent un idéal de pratique démocratique qui s’appuie à la fois sur une économie des savoirs fondée sur la transversalité comme méthode d’intervention et à la fois sur une écosophie, une sagesse de l’habiter prise dans des bricolages processuels et des espaces relationnels."

Sylvie Dallet, fondatrice de l’Institut Charles Cros, rappellera quelques invariants de l’approche créative : la culture du risque, le refus du mode binaire, l’expérience née de la rencontre, se changer en échangeant avec les autres...

Pour finir, visite de l’exposiition "Rroms : entre stéréotypes et connaissances", et chants en grec ancien... décidément, une drôle de journée...

Les surnoms donnés aux rroms dans le monde

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